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Un Juif israélien sur trois pourrait renoncer à des soins psys à cause des préjugés

Le ministre de la Santé a lancé une campagne sans précédent pour lutter contre la stigmatisation - mais il faut d'abord régler les problèmes du système, selon les experts

Tova Tamana, une Israélienne de 28 ans atteinte de schizophrénie, évoque son parcours dans une nouvelle campagne gouvernementale visant à mettre un terme aux stigmatisations face aux pathologies mentales. (Capture d'écran : Ministère israélien de la Santé)
Tova Tamana, une Israélienne de 28 ans atteinte de schizophrénie, évoque son parcours dans une nouvelle campagne gouvernementale visant à mettre un terme aux stigmatisations face aux pathologies mentales. (Capture d'écran : Ministère israélien de la Santé)

Presque un Juif israélien sur trois reconnaît n’avoir pas la certitude de recourir à des soins psychologiques en cas de nécessité en raison de l’embarras, de la honte et de la crainte d’une stigmatisation, a fait savoir une nouvelle étude.

Le sondage, commandité par le ministère de la Santé, a interrogé des adultes en leur demandant s’ils feraient appel à un soutien psychologique s’ils en avaient réellement besoin. 30 % des Israéliens sollicités ont répondu qu’ils ne le feraient pas en raison d’une stigmatisation perçue.

Cette statistique est au centre d’une nouvelle campagne nationale qui veut lutter contre les préjugés associés aux maladies psychiques. Cette campagne, qui s’appuie sur des vidéos et sur des messages sur Internet, est intitulée : « Nous n’avons pas honte, n’ayez pas honte pour nous. »

« Le système de soins doit non seulement accorder la priorité à la santé mentale mais il doit aussi s’attaquer à l’importante stigmatisation qui y est rattachée », a commenté le directeur-général du ministère de la Santé, le professeur Nachman Ash. « C’est une campagne sans précédent, d’une grande sensibilité, qui a été réalisée en coopération totale avec les organisations qui aident les personnes rencontrant des difficultés psychiques. »

Hila Hadas, à la tête de l’Association israélienne de Santé mentale qui a participé à l’élaboration de la campagne, a déclaré au Times of Israel que « le premier obstacle des personnes qui souffrent d’une pathologie mentale est l’obstacle de la honte ».

« Même si une personne sur quatre aura des problèmes psychiques au cours de sa vie, il faudra des années à certains pour reconnaître ce qui est au cœur du problème. L’importance de cette campagne réside, avant tout, dans l’encouragement, en encourageant toutes celles et tous ceux qui se trouvent autour de nous à ne pas éviter de parler de leurs problèmes. »

Sur les vidéos (en hébreu), plusieurs personnes évoquent brièvement les difficultés qu’elles ont pu traverser à cause d’une pathologie mentale. Parmi ces témoignages, celui de Tova Tamana, âgée de 28 ans, qui travaille dans les assurances. Elle explique espérer que les nombreuses personnes qu’elle connaît ne seront pas surpris en apprenant, dans le cadre de la campagne, qu’elle souffre de schizophrénie. Elle note que la maladie est un « défi » significatif dans sa vie mais que sa maladie ne la définit pas pour autant elle-même.

Il y a de courts aperçus dans les vies des personnes qui témoignent, pour promouvoir la compréhension. L’une d’entre elles, Omri Meridor, gérant d’une entreprise âgé de 51 ans, déclare vivre avec sa bipolarité – qu’il désigne sous son ancien nom, la maniaco-dépression – et explique que pour lui, quelque chose d’aussi simple que de quitter sa maison peut nécessiter jusqu’à une heure et demi de préparation mentale.

La campagne vise à rassurer toutes celles et tous ceux qui pourraient tirer un bénéfice d’un soutien psychologique et aussi à changer les attitudes de la société plus largement. Environ 70 % des personnes interrogées ont déclaré qu’elles auraient des difficultés à accepter un candidat atteint d’une maladie psychique dans le cadre professionnel.

Omri Meridor, 51 ans, évoque sa maladie psychique dans une nouvelle campagne appelant le public à opter pour des attitudes plus ouvertes face aux pathologies mentales. (Crédit : Ministère israélien de la Santé)

Toutefois, certains experts estiment que la campagne est malvenue dans la mesure où un changement profond, au sein de la société israélienne, ne sera pas possible sans amélioration des infrastructures pour la prise en charge des pathologies mentales.

« Israël a vraiment besoin d’une campagne comme celle-là mais il est nécessaire, avant tout, de procéder à de grands changements dans le système de la psychiatrie », a commenté la professeure Carmit Katz, de l’école de travail social de l’université de Tel Aviv, auprès du Times of Israel. « Mettre aujourd’hui en exergue les attitudes du public alors que, maintenant, c’est le système lui-même qui doit être modifié, c’est commettre une erreur. »

Elle a indiqué que le système de prise en charge des maladies psychiques manquait aujourd’hui de capacité à rapidement venir en aide à celles et ceux qui en ont besoin et de l’esprit de leadership nécessaire pour aider le public à contrer les préjugés.

Le ministère de la Santé a indiqué que cette campagne entrait dans le cadre de changements plus large, mais il n’a pas promis de réexamen global du système de la psychiatrie que Katz et d’autres ont appelé de leurs vœux.

Le docteur Tal Bergman, chef des Services de santé mentale au sein du ministère de la Santé, a indiqué que la campagne « est la première d’une série d’initiatives à prendre de manière à ce que la psychiatrie devienne une haute priorité publique ».

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