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Un livre de prières du XVe siècle pillé par les nazis va être mis aux enchères

Le Mahzor des Rothschild de Vienne, achevé 5 ans avant la destruction de la communauté de la vile et restitué aux héritiers en 2023, sera mis aux enchères ; il est estimé entre 5 et 7 millions de $

Le Mahzor des Rothschild de Vienne, achevé en 1415, sera mis aux enchères le 5 février 2026. (Autorisation : Sotheby's)
Le Mahzor des Rothschild de Vienne, achevé en 1415, sera mis aux enchères le 5 février 2026. (Autorisation : Sotheby's)

Un rare recueil de prières enluminé datant du XVe siècle, qui a été témoin de certains des chapitres les plus dramatiques de l’Histoire juive européenne, sera mis aux enchères jeudi à New York ; il devrait atteindre jusqu’à 7 millions de dollars, a estimé la maison de vente aux enchères Sotheby’s.

Cet ouvrage connu sous le nom de Mahzor de Vienne des Rothschild devrait, en raison de ses exceptionnelles illustrations et de son importance historique, figurer parmi les manuscrits hébraïques les plus chers jamais vendus aux enchères.

C’est au XIXe siècle que la famille Rothschild a acquis ce volume achevé à Vienne en 1415. Confisqué par les nazis après l’annexion de l’Autriche, en 1938, l’ouvrage est ensuite resté à la Bibliothèque nationale autrichienne pendant des décennies, avant d’être finalement restitué aux héritiers de ses propriétaires en 2023.

Les couleurs minérales qui ornent ce livre de prières sont toujours aussi éclatantes, avec des bleus lapis profonds, des verts cuivrés chatoyants et des rouges cinabre, ainsi que des panneaux d’or polis pour les premiers mots.

Parmi les illustrations, des figures humaines et animales fantastiques, réalisées dans un style gothique. La taille importante et la sophistication de l’ouvrage ont conduit les experts à l’identifier comme un mahzor, ou livre de prières pour les fêtes, utilisé par un chantre au milieu de la synagogue pour diriger les prières communautaires pendant les offices de Rosh HaShanah et de Yom Kippour.

Lorsque ce recueil avait été créé, Vienne et une grande partie du reste de l’Europe se remettaient encore de l’épidémie de peste bubonique qui avait décimé près de la moitié du continent quelque 65 ans auparavant. Quelques années après la rédaction de ce livre, la communauté juive de la ville s’était vue condamnée à être exterminée ou expulsée par les souverains Habsbourg de Vienne.

« Ce n’est pas uniquement sa beauté qui rend ce mahzor si rare. C’est aussi sa place dans l’Histoire », a indiqué Chaim Neria, conservateur de la collection Haim et Hanna Solomon d’oeuvres judaïques à la Bibliothèque nationale d’Israël, dans un message adressé au Times of Israel. « Presque aucun mahzorim ashkénaze enluminé n’a survécu aux décennies qui ont suivi la dévastation causée par la peste noire. »

« Plus bouleversant encore, ce manuscrit préserve les coutumes liturgiques qui étaient celles de la communauté juive de Vienne quelques années seulement avant que celle-ci ne soit effectivement détruite, victime des persécutions de 1420-1421 », a-t-il ajouté. « En ce sens, ce mahzor n’est pas seulement un bel objet. C’est un témoin rare, survivant d’un monde réduit au silence. »

Le nom du scribe, Moïse, fils de Menachem, figure également dans le mahzor.

« Le scribe, Moïse, fils de Menachem, était extrêmement habile. Il lui a probablement fallu près d’un an pour écrire plus de 202 folios, c’est-à-dire environ 400 pages d’un texte superbement calligraphié », a expliqué Sharon Liberman Mintz, spécialiste internationale senior des oeuvres judaïques chez Sotheby’s, dans une présentation vidéo.

Les experts ignorent ce qu’il était advenu du livre après que la communauté viennoise a été décimée et expulsée.

C’est plus de 400 ans plus tard, à Nuremberg, en Allemagne, que l’ouvrage avait refait surface. Salomon Mayer von Rothschild, fondateur de la branche viennoise de la célèbre famille de banquiers juifs, l’avait acheté pour son fils, Anselm Salomon von Rothschild, en 1842.

Transmis de génération en génération, l’ouvrage avait été volé par les nazis lorsqu’ils avaient pillé le palais Rothschild, à Vienne, dérobant également tous les autres biens de la résidence, notamment les œuvres d’art et les livres.

Une partie des biens pillés avait ensuite été transférée à la Bibliothèque nationale autrichienne, où elle était restée des décennies durant, sans jamais être inventoriée ni marquée comme confisquée. Après des années de travail, les chercheurs sont enfin parvenus à identifier le livre comme appartenant à la famille Rothschild à la fin des années 1990.

L’ouvrage est resté entre les mains de la bibliothèque. Il a toutefois été prêté au Musée juif de Vienne en 2021, et présenté au public pour la première fois.

Ce n’est qu’en 2023, suite à une recommandation du Comité consultatif autrichien pour la restitution des œuvres d’art, qu’il a été restitué aux héritiers de ses derniers propriétaires, Alphonse et Clarice von Rothschild. Tous deux se trouvaient en Angleterre lorsque les nazis ont pillé leur maison et les ont dépouillés de leurs biens.

« Si les torts du passé ne pourront jamais être réparés, la restitution de ce mahzor revêt une signification profonde pour notre famille, constituant à la fois une reconnaissance de l’histoire et une mesure d’apaisement d’une douleur qui a traversé les générations », ont fait savoir les héritiers dans un communiqué diffusé par Sotheby’s.

Selon Mintz, ce livre « n’est pas seulement un chef-d’œuvre de l’enluminure médiévale. Il est également le symbole d’une extraordinaire persévérance historique. Son périple de six siècles reflète l’histoire, plus vaste, de la résilience juive ».

Le Mahzor de Luzzatto, qui s’est vendu pour 8,3 millions de dollars en 2021. (Crédit : Capture d’écran/Sotheby’s)

La maison de vente aux enchères a dit s’attendre à ce que le mahzor soit vendu entre 5 et 7 millions de dollars.

En 2021, un autre livre de prières illustré datant du Moyen Âge, le Mahzor de Luzzatto, a été vendu à un acheteur privé anonyme pour 8,3 millions de dollars. Un prix qui dépassait largement l’estimation préalable de Sotheby’s – de 4 à 6 millions de dollars – et qui aura marqué un nouveau record pour un manuscrit hébraïque illustré. En 2015, un Talmud du XVIe siècle a été vendu 9 millions de dollars aux enchères, un record pour un objet judaïque.

Neria a exprimé l’espoir que l’acquéreur du mahzor en fera don à un musée ou à une autre collection plutôt que de le garder pour lui seul.

« De mon point de vue, ce mahzor n’est pas un simple objet esthétique ou savant. Il représente une voix fragile mais éloquente de l’Histoire juive, une voix qui mérite d’être préservée, étudiée et rendue accessible au public dans le cadre institutionnel le plus responsable », a souligné Neria. « J’espère sincèrement qu’un moyen se présentera, pour que ce mahzor revienne entre les mains du peuple juif, et pour qu’il ne reste pas caché dans une collection privée. »

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