Un universitaire suspendu pour antisémitisme est finalement déprogrammé à Poitiers
Invité à une conférence sur Marc Bloch, Julien Théry a été retiré du programme après des protestations liées à ses publications et à sa suspension par l’université Lyon 2

L’université de Poitiers a finalement annulé une conférence à laquelle devait participer Julien Théry, un enseignant-chercheur suspendu par son établissement pour des publications à caractère antisémite, après que cette invitation a suscité de vives réactions.
Le département d’Histoire de l’université avait invité le médiéviste à participer, le 12 février, à un événement consacré à la question « Pourquoi panthéoniser Marc Bloch ? », portant sur la vie, l’œuvre et l’engagement de l’historien français, au Panthéon.
Mais l’annonce de la participation de Théry a rapidement provoqué une polémique. L’historien avait en effet été suspendu par l’université Lumière Lyon 2 après avoir publié, en septembre 2025, des propos antisémites sur son compte Facebook. Il y appelait notamment à « boycotter en toutes circonstances » une liste d’une vingtaine de personnalités qu’il qualifiait de « génocidaires ».
Parmi celles-ci figuraient l’animateur Arthur, le philosophe Bernard-Henri Lévy ainsi que les acteurs Charlotte Gainsbourg et Philippe Torreton.
La Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) avait dénoncé cette invitation sur le réseau social X, estimant que « les propos et les actes de Julien Théry, ayant suscité des réactions très vives, constituent des troubles à l’ordre public ».
L’organisation a ajouté que « la liberté académique n’autorise pas tout » et a estimé « qu’il eut été décent de s’abstenir d’une telle invitation » tant que la situation de l’universitaire n’était pas clarifiée. Elle a également rappelé que la suspension de l’enseignant intervenait après plusieurs années de prises de position controversées et qu’une enquête judiciaire préliminaire serait en cours.
L’université Lumière Lyon 2 avait condamné « avec la plus grande fermeté » les propos de l’enseignant et annoncé, le 3 décembre, sa suspension à titre conservatoire après un signalement transmis au procureur de la République de Lyon. L’établissement évoquait alors une nouvelle publication sur les réseaux sociaux dont « la teneur des propos et du visuel n’est pas compatible avec les valeurs de la République et de l’Université ».
En décembre également, UNI Lyon, une organisation étudiante lyonnaise, a remis en circulation un montage relayé par Julien Théry sur son compte X en janvier 2024, montrant une caricature d’un personnage présenté avec des symboles juifs, dont une étoile jaune et un drapeau israélien, volant l’argent d’une jeune femme brandissant un drapeau palestinien. L’image a été dénoncée par ses détracteurs comme reprenant des clichés antisémites. Le président du groupe Les républicains à l’Assemblée nationale, Laurent Wauquiez, avait alors qualifié cette publication de « nouveau dérapage ».
Selon la Licra, l’université de Poitiers était informée de cette situation lorsqu’elle a lancé son invitation, tout en présentant malgré tout Julien Théry sous son titre de professeur des universités.
Finalement, le département d’Histoire de l’université de Poitiers a annoncé mardi l’annulation de la conférence sur son site internet, évoquant « des pressions des autorités compétentes » ainsi « qu’un contentieux administratif concernant la réservation de la salle ».
La Licra a toutefois estimé que cette explication éludait le fond de la polémique, écrivant sur X : « Fuyant ses responsabilités et la question de l’antisémitisme, le département d’Histoire de l’Université de Poitiers nous délivre ce morceau d’anthologie. »
Julien Théry a de son côté dénoncé la décision de Lyon 2, accusée selon lui d’avoir « cédé aux pressions plutôt que de défendre la liberté d’expression », évoquant une confusion entre « juifs et sionistes » et dénonçant une « offensive maccarthyste visant l’université ».







