Une Israélienne, accusée de fraude aux options binaires, inculpée aux États-Unis
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Une Israélienne, accusée de fraude aux options binaires, inculpée aux États-Unis

La PDG de Yukom Communications est accusée d’avoir trompé des investisseurs dans le monde entier à travers les sites internet Bigoption.com et BinaryBook.com

Simona Weinglass est journaliste d'investigation au Times of Israël

Lee Elbaz (Crédit : LinkedIn)
Lee Elbaz (Crédit : LinkedIn)

Lee Elbaz, l’ancienne PDG de l’entreprise israélienne d’options binaires Yukom Communications, a été inculpée par un grand jury fédéral américain le 22 mars pour une possible implication dans un projet d’ »escroquerie d’investisseurs aux Etats-Unis et dans le monde ».

Elbaz, âgée de 36 ans, est accusée dans le District du Maryland avec un chef d’inculpation de tentative de commettre une fraude informatique et trois autres chefs d’inculpation de fraude informatique, selon un communiqué de presse du ministère de la Justice. Chacun des quatre chefs d’inculpation peut être puni par une peine maximum de 20 années de prison.

Selon l’acte d’accusation, Yukom a fourni des services de « rétention » d’investisseurs pour les sites internet d’options binaires BinaryBook et BigOption. L’acte d’accusation stipule également qu’Elbaz, avec ses complices et des subordonnés, a trompé les investisseurs en affirmant, de manière mensongère, que l’entreprise faisait des profits quand l’investisseur faisait des profits, alors qu’en réalité, c’est l’inverse qui était vrai.

Elbaz et ses complices auraient également menti au sujet du retour sur investissement de BinaryBook et BigOption. Ils auraient utilisé des pseudonymes et auraient déclaré qu’ils appellaient de Londres alors qu’ils appellaient d’Israël.

Les procureurs généraux Ankush Khardori et Tracee Plowell du Service des fraudes de la division criminelle du Ministère américain de la Justice sont en charge de l’affaire.

Négociation de peine ?

Selon un expert contacté par le Times of Israël, l’acte d’inculpation est « mince » et cet élément peut suggérer qu’Elbaz mène peut-être des négociations avec l’accusation.

« Ma lecture personnelle de l’affaire est que des négociations sont en cours pour un accord », a déclaré Haggai Carmon, un avocat israélien qui représente les victimes de fraudes aux options binaires.

« Il n’y a rien dans l’acte d’accusation sur les fraudes sécuritaires ou la restitution. Même comme il est, l’acte d’accusation peut potentiellement conduire à plus de 10 ans de prison. Ce qui est plus important, dans un acte d’accusation avec des éléments de fraude, l’accusé s’engage, dans un accord, à témoigner contre ses complices ».

La page d’accueil de BinaryBook.com (Crédit : capture d’écran)

Carmon a souligné qu’il s’agit uniquement de son interprétation personnelle de l’acte d’accusation et qu’il ne connaît pas réellement ce cas particulier.

Elbaz a été arrêtée par le FBI en septembre quand elle est arrivée à l’aéroport JFK pour rendre visite à des amis aux Etats-Unis.

Au lieu des vacances prévues, elle a passé les derniers mois en résidence surveillée au domicile de sa tante à San Francisco. Elbaz porte un bracelet à la cheville ; elle est uniquement autorisée à quitter la maison de sa tante pour une heure d’exercice chaque jour.

Lors de l’audition en vue d’une détention le 20 septembre 2017, Jonathan Lopez, l’avocat d’Elbaz, a défendu sa cliente affirmant que Yukom Communications est une activité légitime.

« Ils en font beaucoup dans cette plainte pour faire penser que c’est une sorte d’escroquerie à la lotterie. Cela n’a rien à voir. C’est une activité légitime, un type d’activité légal en Israël et ici ».

Lors d’une visite en Israël en janvier de cette année, le FBI a interrogé le patron d’Elbaz, Yossi Herzog, qui est le propriétaire de Yukom Communications.

Une photo Facebook de Lee Elbaz prise lors de son assignation à résidence à San Francisco en janvier 2018 (Capture d’écran : Facebook)

L’industrie israélienne des options binaires, qui a participé à escroquer des milliards de dollars à des victimes dans le monde entier au cours de la dernière décennie, a finalement été déclarée illégale par la Knesset en octobre, dans le sillage d’enquêtes menées par le Times of Israël à partir de mars 2016. L’interdiction entrera en vigueur le 26 janvier.

Des sources ont déclaré au Times of Israël que certaines entreprises d’options binaires ont simplement changé le produit qu’elles vendent en crypto monnaies et en ICO, et continuent à escroquer des clients avec des scripts et des techniques similaires.

Même si la police israélienne coopère avec l’enquête du FBI, elle n’a pas fait beaucoup d’actions, au cours des dernières années, pour arrêter la fraude, qui a impliqué plusieurs milliers d’agents travaillent pour plus de 100 entreprises sur une période de dix ans.

La mise en examen d’Elbaz correspond à la première affaire de poursuite judiciaire d’une personne accusée de fraude aux options binaires en provenance d’Israël. Même si l’on estime l’industrie largement frauduleuse basée en Israël est impliquée dans le vol de milliards de dollars, personne n’a encore été condamné, en Israël, pour une fraude aux options binaires.

Lee Elbaz est également accusée dans une plainte déposée en Israël par un citoyen irlandais, Alan O’Flynn, contre Bigoption et Yukom Communications Ltd.

« Les salaires des employés sont le double ou le triple de la moyenne du marché et certains des employés les plus experts gagnent des dizaines de milliers de shekels par mois, selon des publicités pour l’entreprise », peut-on lire dans le texte de la plainte, qui a été déposé par les avocats israéliens Nir Friedman et Yossy Haezrachy.

« Ils ne travaillent pas dans le domaine de la haute technologie, poursuit-on dans la plainte, ils ne produisent rien, n’importent ni n’exportent aucun produit. En résumé, leur travail consiste à transférer l’argent des poches de résidents étrangers aux poches de Yukom ».

« Ils opèrent sous couvert du secret, sans régulation, et leurs actions ressemblent à celles des syndicats du crime international. Une fois que le client a perdu tout son argent, il n’y a pas de traces qui mènent à Yukom, à ses employés ou à Israël ».

Selon la plainte, en mars 2016, Alan O’Flynn a vu une pub sur internet pour BigOption. La publicité semblait très professionnelle et mentionnait que BigOption avait remporté plusieurs prix dans l’industrie. Yukom serait, selon la plainte, l’opérateur de facto de BigOption.

A en croire la plainte, les vendeurs de Yukom, qui se présentaient comme des vendeurs professionnels expérimentés, ont dit à O’Flynn que 80 % de leurs investisseurs gagnaient de l’argent et que les 20 % qui n’en gagnaient pas étaient des investisseurs à court terme, qui ne comprenaient pas comment investir de l’argent.

En 2014, Elbaz a recruté des employés pour le site d’options binaires TitanTrade.com (capture d’écran : Facebook)

O’Flynn a ouvert un compte avec un investissement initial de 250 livres britanniques et on lui a rapidement présenté sa conseillère, Lindsay Cole. En suivant ses conseils, O’Flynn a perdu 179 000 livres en moins de deux mois. Le plaignant affirme que Lindsay Cole est en réalité une jeune femme appelée Liora Welles. Yukom reconnaît que Welles était bien son employée, mais pas qu’elle utilisait le pseudonyme de Lindsay Cole.

Dans leur stratégie de défense, les accusés Elbaz et Yukom ont demandé à mettre un terme à l’affaire à cause d’un manque de connexité d’intérêts entre le plaignant et les accusés.

« BigOption est une personne juridique séparée que Yukom ne possède pas, ni aucun de ses représentants, ont écrits les avocats de la défense. Elle opère indépendamment de Yukom comme on peut le voir sur la page internet. Sur sa page internet, il était écrit que Bigoption était possédée par le Groupe Time Line d’Edimbourg, un partenaire limité écossais.

La défense a ensuite fait valoir l’argument que les options binaires sont un instrument financier légal dans le monde entier et que le plaignant a librement choisi d’investir dans les options binaires. Il savait que c’était risqué et a continué à mettre de l’argent même après avoir perdu un montant important, expliquait la défense.

Lee Elbaz a recruté des employés pour le site d’options binaires Titan Trade, suggérant qu’elle travaillait aussi là-bas.

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