Une lettre antisémite de Wagner au français Schuré aux enchères à Jérusalem
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Une lettre antisémite de Wagner au français Schuré aux enchères à Jérusalem

"L'assimilation juive dans la société française empêche de voir "l'influence corrosive de l'esprit juif sur la culture moderne," écrit le compositeur au philosophe

Meron Eren, co-fondateur et propriétaire de la maison d'enchères Kedem, tient une lettre du compositeur antisémite allemand Richard Wagner à Jérusalem le 16 avril 2018. (Crédit : Menahem Kahana / AFP)
Meron Eren, co-fondateur et propriétaire de la maison d'enchères Kedem, tient une lettre du compositeur antisémite allemand Richard Wagner à Jérusalem le 16 avril 2018. (Crédit : Menahem Kahana / AFP)

Une lettre de Richard Wagner à un intellectuel français mettant en garde contre « l’influence » juive dans le domaine culturel sera vendue aux enchères mardi en Israël, où les représentations publiques des œuvres du compositeur antisémite sont boycottées.

Wagner (1813-1883) dont les œuvres imprégnées de nationalisme ont été adoptées au XXe siècle par le IIIe Reich, était le compositeur favori de Hitler.

Datée du 25 avril 1869, sa lettre au philosophe, poète et critique Edouard Schuré (qui avait rédigé un article sur Wagner dans la Revue des Deux Mondes, un événement qui annonce l’arrivée du wagnérisme en France. Leur relation s’achèvera quand Schuré écrit en 1876 : « Wagner, qui avec son génie colossal a tous les défauts des Allemands au centuple degré, plus les siens qui sont légion, Wagner qui est insolent comme un manant, vindicatif comme une harpie et méchant comme un démon, avait déjà tout fait pour se rendre impossible en France. »), traite de la réception de son pamphlet Judaïsme dans la musique, initialement publié en 1850 sous un pseudonyme.

« Le Français connaît très peu de choses sur les juifs », écrit Wagner à son ami, habitant dans la ville suisse de Lucerne, affirmant que l’assimilation juive dans la société française empêche de voir « l’influence corrosive de l’esprit juif sur la culture moderne ».

L’héritage musical et artistique de Wagner est imprégné d’antisémitisme, de misogynie et d’idées pré-nazies de pureté raciale, même si le compositeur est décédé en 1883, bien avant l’avènement du nazisme.

Edouard Schuré (Crédit : Domaine public)

Il n’y a pas de loi en Israël interdisant de jouer Wagner, mais les formations musicales s’en abstiennent.

Meron Eren, co-fondateur et propriétaire de la maison d’enchères Kedem, a indiqué à l’AFP que c’était la première fois qu’il vendait un objet ayant appartenu à Wagner.

« Si Wagner savait qu’un juif barbu à Jérusalem faisait des affaires avec sa lettre, il se retournerait dans sa tombe », a-t-il souligné.

Wagner cristallise les derniers restes du boycott israélien des produits allemands, qui n’a plus cours depuis de nombreuses années, souligne Jonathan Livny, directeur de la Israel Wagner Society, qui tente de faire réhabiliter la musique du compositeur.

« Les Israéliens conduisent des Volkswagens, les (véhicules) Mercedes sont un symbole de statut social (…) Les trains et les sous-marins israéliens sont fabriqués en Allemagne », souligne-t-il.

« C’est facile de boycotter Wagner parce que la plupart des gens n’écoutent pas sa musique », ajoute-t-il.

Ruth Hacohen, professeur de musicologie à l’université hébraïque de Jérusalem et auteure du livre The Music Libel against the Jews, estime que la lettre montre la volonté de Wagner de voir ses opinions antisémites acceptées par le public.

La lettre reflète le « tournant » dans l’antisémitisme européen qui a permis à Wagner de publier Le judaïsme dans la musique sous son nom, et de parler de l' »essence » des Juifs, qui ne pouvait disparaître, même parmi ceux assimilés à la société européenne chrétienne, explique-t-elle.

Une lettre du compositeur antisémite allemand Richard Wagner mises aux enchères à Jérusalem, le 16 avril 2018. (Crédit : Menahem Kahana / AFP)
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