Victime du blocus des Houthis, le port endetté d’Eilat cherche de l’aide
Sans aide du ministère de l'Économie, le port pourrait fermer dès dimanche ; l'activité a chuté de plus de 90 % en raison des attaques des rebelles yéménites soutenus par l'Iran sur les navires en mer Rouge
Sharon Wrobel est journaliste spécialisée dans les technologies pour le Times of Israel.

Le port d’Eilat, dans le sud du pays, a lancé un appel au gouvernement pour qu’il l’aide à éviter une fermeture imminente. Ce port maritime endetté est en effet au bord de l’effondrement financier, en raison de la perturbation des routes commerciales maritimes due aux attaques continues des Houthis yéménites soutenus par l’Iran visant des navires en mer Rouge.
Le port d’Eilat, porte d’entrée sud d’Israël, est confronté à d’importantes difficultés financières. Il a vu ses activités chuter de plus de 90 % depuis que les Houthis ont commencé à attaquer les navires, un mois après le déclenchement de la guerre contre le groupe terroriste du Hamas, en octobre 2023.
Le port fait face à d’énormes dépenses mensuelles- taxes municipales et masse salariale – ainsi qu’à une dette qui s’est accumulée au cours des 20 derniers mois, alors que sa principale source de revenus a été drastiquement réduite. Il est désormais menacé de fermeture dès dimanche, ce qui met en péril 170 emplois.
« Le port d’Eilat possède une importance stratégique nationale pour Israël. Il constitue la porte d’entrée sud du pays sur la mer Rouge pour le commerce maritime avec l’Extrême-Orient, l’Inde et l’Australie, ainsi qu’un point d’ancrage économique important pour la ville et ses habitants », a déclaré le PDG du port d’Eilat, Gideon Golber, au Times of Israel. « La fermeture d’un port maritime israélien stratégique serait un énorme succès international pour les Houthis, un succès qu’aucun de nos ennemis n’a jamais obtenu. »
Inversement, assister au « déchargement de navires d’Extrême-Orient au port d’Eilat donnerait une image de victoire sur les Houthis », a indiqué Golber.
Au cours des 20 derniers mois, a souligné Golber, la direction du port a continué à payer les salaires de ses employés, malgré le manque de revenus. Les employés du port gagnent entre 14 000 et 70 000 shekels par mois.
Alors que la majeure partie du commerce maritime israélien transite par les ports de Haïfa et d’Ashdod, sur la Méditerranée, Eilat constitue un point d’entrée majeur pour certaines importations en provenance d’Asie de l’Est, notamment pour les véhicules chinois. Environ 50 % des importations de véhicules entrent par le port d’Eilat. Le port offre également une ouverture sur l’Extrême-Orient pour les exportations de phosphate et de potasse, principalement assurées par Israeli Chemicals Limited (ICL).
Depuis près de deux ans, les navires faisant escale au port d’Eilat sont confrontés à la menace plus large d’être visés par le groupe terroriste houthi en traversant la mer Rouge. Depuis le déclenchement de la guerre contre le groupe terroriste du Hamas, les Houthis ont également tiré des missiles balistiques et des drones sur la ville d’Eilat. Beaucoup ont été interceptés ou ont raté leurs cibles. Nombre de navires ont donc rejoint les ports d’Ashdod et de Haïfa pour décharger leur marchandise.
Les bateaux en provenance d’Extrême-Orient à destination d’Israël et de l’Europe ont adopté une route plus longue, contournant la pointe sud de l’Afrique et le Cap de Bonne-Espérance, allongeant de deux à quatre semaines la durée d’expédition des marchandises et augmentant les coûts par navire.
« À compter du moment où les Houthis ont saisi le cargo NYK [en novembre 2023] et bloqué la route maritime autour du détroit de Bab al-Mandab – un goulot d’étranglement vital pour le commerce mondial à l’entrée de la mer Rouge -, l’activité du port d’Eilat a été presque mise à l’arrêt », a expliqué Golber. « Jusqu’à présent, toutes les mesures prises par les États-Unis et Israël pour résoudre la situation ont échoué. »
Dans le cadre d’un effort national, le port fonctionne actuellement pour fournir des services à la marine israélienne mais, en raison de dettes importantes, notamment envers la municipalité d’Eilat, la décision a été prise de le fermer la semaine prochaine, a rapporté Golber.
« Cette fermeture interviendrait alors que nous n’avons même pas encore reçu l’aide minimale de 15 millions de shekels promise au port par le gouvernement », a-t-il déploré.
La direction du port s’est adressée jeudi au ministre de l’Economie Nir Barkat, pour lui demander d’étudier une proposition nationale de solution qui permettrait au port de continuer à fonctionner, via des accords entre les importateurs de voitures d’Extrême-Orient, la direction d’Eilat et le gouvernement.
La direction du port souhaite que Barkat émette un ordre temporaire contraignant les importateurs de véhicules d’Extrême-Orient à opérer via le port maritime d’Eilat, comme c’était le cas jusqu’en 2016.
De plus, selon le plan proposé, les navires arrivant d’Extrême-Orient emprunteront le canal de Suez, au lieu du détroit de Bab al-Mandab, pour contourner le blocus des Houthis. Le coût du passage d’un navire par le canal de Suez s’élève à environ 800 000 dollars, des frais à partager entre les importateurs, le port d’Eilat et le gouvernement.
« Le plan prévoit 3 à 4 navires par mois. Le coût du maintien d’une continuité de fonctionnement de ce port stratégique et de la levée du blocus naval sur Israël ne demanderont à l’État que quelque 1,5 million de dollars par mois », a précisé l’administration portuaire. « Cela permettra de garder tous les employés du port, et de continuer à servir la marine israélienne. »
Les terroristes houthis au Yémen ciblent des navires par ‘solidarité’ avouée avec les Palestiniens de Gaza, où Israël mène une guerre contre le Hamas depuis l’attaque sans précédent du 7 octobre 2023 lancée par l’organisation terroriste, au cours de laquelle quelque 1 200 personnes, pour la plupart des civils, ont été tuées et 251 autres ont été prises en otage.







