Westhoffen : « pas possible que personne ne voie jamais rien, » dit Maurice Dahan
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Westhoffen : « pas possible que personne ne voie jamais rien, » dit Maurice Dahan

"L’omerta n’a pas sa place en Alsace", a déclaré le président du Consistoire israélite du Bas-Rhin; un "office de lutte contre la haine" va être créé, a annoncé Christophe Castaner

Le ministre français de l'Intérieur, Christophe Castaner (C) et le président du Conseil national des Archives françaises, Jean-Louis Debre (2ndD), visitent le cimetière juif de Westhoffen, le 4 décembre 2019, dans l'est de la France, où 107 tombes ont été découvertes vandalisées avec des croix gammées et des inscriptions antisémites. (Crédit : Patrick HERTZOG / AFP)
Le ministre français de l'Intérieur, Christophe Castaner (C) et le président du Conseil national des Archives françaises, Jean-Louis Debre (2ndD), visitent le cimetière juif de Westhoffen, le 4 décembre 2019, dans l'est de la France, où 107 tombes ont été découvertes vandalisées avec des croix gammées et des inscriptions antisémites. (Crédit : Patrick HERTZOG / AFP)

Le président du Consistoire israélite du Bas-Rhin, Maurice Dahan, a appelé mercredi « les gens qui savent quelque chose » à parler, estimant que « l’omerta n’a pas sa place en Alsace », après la profanation du cimetière juif de Westhoffen.

« Ce n’est pas possible que personne ne voie jamais rien. Nous ne pouvons plus continuer d’accepter que les gens se taisent, que ceux qui voient quelque chose ne parlent pas. L’omerta n’a pas sa place en Alsace », a-t-il déclaré sur France Bleu Alsace.

« Je ne sais pas pourquoi personne ne voit jamais rien, n’entend jamais rien. Je ne parle pas de complicité, je parle d’un éveil, d’une demande d’éveil de conscience à la vigilance. Ce n’est pas possible qu’un chien n’ait pas aboyé quand ce malfrat commettait son exaction. On est au cœur de Westhoffen [1 600 habitants], il y a des terrasses, des balcons qui donnent sur le cimetière, » a déclaré Maurice Dahan, qui affirme avoir été contre l’installation de caméras. « Pendant longtemps, je me suis opposé à la mise en place de caméras de vidéosurveillance dans les cimetières parce que je me disais que si on doit surveiller les morts, on touche le fond. Il va falloir rajouter des caméras dans les cimetières, parce que ces gens là veulent atteindre les juifs par leur mémoire et par leurs défunts. Je veux qu’ils sachent qu’il n’y arriveront pas. On restera debout et on les pourchassera aussi longtemps que possible, on fera tout pour que les gendarmes les retrouvent, » a-t-il expliqué.

« J’appelle à la vigilance citoyenne (…) on est à un point culminant de ce qui pourrait faire basculer la France dans une guerre civile », a ajouté M. Dahan, alors que le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, était attendu mercredi en fin de matinée à Westhoffen pour un cérémonie de recueillement.

Le cimetière de Westhoffen « est au milieu de maisons, comment peut-on croire que personne n’a rien vu ? », s’est-il encore interrogé. « Je ne parle pas de complicités mais de conscience à la vigilance ».

L’Alsace est confrontée depuis plusieurs mois à une multiplication de graffitis et dégradations à caractère antisémite et/ou raciste.

Avant Westhoffen, 96 tombes du cimetière juif de Quatzenheim, situé à une dizaine de kilomètres, avaient été couvertes de tags antisémites le 19 février. Auparavant, le 11 décembre 2018, le cimetière israélite de Herrlisheim, au nord-est de Strasbourg, avait également été visé. Le ou les auteurs de ces profanations n’ont pas encore été interpellés.

Le ministre français de l’Intérieur Christophe Castaner a annoncé mercredi la création au sein de la gendarmerie d’un « office national de lutte contre la haine », lors d’une visite du cimetière juif alsacien de Westhoffen (nord-est) où 107 tombes juives ont été profanées.

« J’ai décidé ce matin, en lien avec le directeur général de la gendarmerie nationale, de créer auprès de lui (…) un office national de lutte contre la haine », a-t-il déclaré, accompagné de l’ancien président du Conseil constitutionnel Jean-Louis Debré, dont plusieurs aïeux sont inhumés dans ce cimetière.

« Je n’oublie pas qu’une dizaine de membres de ma famille ne sont jamais revenus d’Auschwitz », a confié, très ému, Jean-Louis Debré qui a porté la kippa tout au long de cette cérémonie de recueillement.

Eprouvant une « très grande tristesse » et « une très grande colère » mais aussi de la « détermination », l’ancien ministre a lancé un appel : « Luttons contre la haine, toutes les haines, la France et l’Alsace ce n’est pas ça ».

Cet office « sera chargé de coordonner pour la gendarmerie nationale à la fois l’enquête (sur cette profanation) pour que tous les moyens soient mobilisés, mais aussi l’ensemble des enquêtes sur les actes antisémites, anti-musulmans, anti-chrétiens que nous connaissons sur notre territoire en zone gendarmerie », a poursuivi le ministre de l’Intérieur.

« Il sera chargé aussi d’accompagner l’ensemble des acteurs de tous les territoires et de faire le lien avec la police, la justice, pour que les auteurs de ces actes ignobles soient condamnés », a-t-il dit.

Avec la profanation du cimetière de Westhoffen (Bas-Rhin), « c’est la République qui est profanée », a souligné Christophe Castaner après avoir longuement parcouru les allées de ce cimetière juif du XVIe siècle, dont plus d’une centaine de tombes ont été retrouvées mardi maculées de croix gammées, tracées à la peinture noire.

Outre les sépultures de la famille Debré, ce cimetière abrite aussi celles des familles de Karl Marx ou de l’ancien président du Conseil socialiste Léon Blum.

Malgré des plans de lutte et un arsenal législatif important, la France, où vit la plus grande communauté juive d’Europe, est en effet confrontée à une résurgence des actes antisémites : 541 faits antisémites y ont été recensés en 2018, soit une poussée de 74 % des menaces et violences visant des juifs, selon les statistiques du ministère de l’Intérieur.

En revanche, les faits anti-musulmans ont atteint leur plus faible niveau depuis 2010 avec une centaine répertoriés, tandis que les actes à caractère raciste et xénophobe – hors actes anti-musulmans et antisémites – ont eux continué de décroître (d’un peu plus de 4 % après près de 15 % en 2017).

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