Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a demandé aux députés de son parti de ne pas parler ouvertement d’annexer des parties de la Cisjordanie ou de construire plus d’implantations, en raison de la possibilité que le président américain sortant Barack Obama prenne de nouvelles mesures contre Israël.

Netanyahu a tenu ces propos pendant une réunion avec les ministres du Likud avant une réunion spéciale du conseil de sécurité, convoqué vendredi après le vote par le Conseil de sécurité des Nations unies d’une résolution condamnant les implantations israéliennes.

Netanyahu est furieux contre la Maison Blanche puisque la motion a été votée car Washington n’y a pas apposé son veto, et accuse Obama d’avoir proposé et promu la mesure, malgré le fait que tous les autres membres du Conseil de sécurité ont voté oui et que les Etats-Unis ont été le seul pays à s’abstenir.

Pendant une réunion à huis-clos avec les ministres du Likud, Netanyahu leur a demandé de faire profil bas jusqu’à ce que le président élu Donald Trump, qui est vu comme plus favorable à la construction dans les implantations israéliennes, ne prenne le pouvoir le mois prochain.

« Ne vous exprimez pas maintenant sur l’annexion de territoire et la construction dans les implantations, parce qu’il pourrait y avoir une autre mesure internationale [contre Israël] avant le changement d’administration américaine le 20 janvier », a déclaré Netanyahu selon le site d’informations Ynet.

« Le sujet est toujours chaud, et nous n’avons pas fini d’en entendre parler », a-t-il déclaré selon Haaretz.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président américain Barack Obama à New York, le 21 septembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président américain Barack Obama à New York, le 21 septembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Après la réunion avec Netanyahu, le nouveau ministre de la Coopération régionale Tzachi Hanegbi a déclaré qu’Israël ne devrait pas prendre de mesures unilatérales, comme l’annexion.

« Ce serait une grande erreur de prendre des mesures unilatérales, parce que c’est exactement ce à quoi nous nous opposons », a-t-il déclaré à la radio militaire.

Israël a affirmé à maintes reprises qu’un accord avec les Palestiniens ne pouvait être conclu que dans le cadre de négociations directes entre les deux parties.

« Nous nous opposons aux mesures unilatérales, nous disons que nos mains sont tendues vers un accord avec nos voisins et que donc toute mesure qui comprend la création de faits sur le terrain ou la détermination unilatérale du statut de la Judée et de la Samarie n’est pas bonne », a déclaré Hanegbi en parlant de la Cisjordanie.

Mais de l’autre côté de la ville, au mur Occidental, le lieu le plus saint du judaïsme jugé occupé illégalement par la résolution 2334 du Conseil de sécurité des Nations unies, le ministre de l’Education, Naftali Bennett, a fustigé la mesure et a promis de faire progresser des projets pour introduire une législation potentiellement explosive pour étendre la souveraineté israélienne à une grande implantation proche de Jérusalem.

Naftali Bennett, président du parti HaBayit HaYehudi, demande l'annexion de parties de la Cisjordanie après le vote de la résolution 2334 du Conseil de sécurité des Nations unies devant le mur Occidental de la Vieille Ville de Jérusalem, le 25 décembre 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Naftali Bennett, président du parti HaBayit HaYehudi, demande l’annexion de parties de la Cisjordanie après le vote de la résolution 2334 du Conseil de sécurité des Nations unies devant le mur Occidental de la Vieille Ville de Jérusalem, le 25 décembre 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

« Il est temps de choisir parmi cette alternative : le renoncement à notre terre, ou la souveraineté, a déclaré Bennett. Nous avons essayé de renoncer à notre terre, cela n’a pas marché ; il est temps pour la souveraineté. Dans un futur proche, nous prendrons des mesures pour appliquer la loi israélienne à Maale Adumim et au reste de la Judée et de la Samarie. Il est temps pour Israël de décider. »

Bennett, qui dirige le parti de droite HaBayit HaYehudi, propose depuis longtemps qu’Israël étende sa souveraineté à de grandes parties de la Cisjordanie, affirmant qu’un état palestinien dans cette zone menacerait l’existence d’Israël.

S’adressant dimanche à la radio militaire, Bennett a déclaré que la résolution du Conseil de sécurité, votée vendredi après l’abstention des Etats-Unis, était un cri de ralliement et une récompense aux terroristes qui veulent nuire à Israël et que Jérusalem devait répondre, proposant que la Knesset vote l’extension de la souveraineté à l’implantation de Maale Adumim, située à l’est de la capitale.

« La voie de la gauche a échoué, il est à présent temps d’essayer notre solution, la souveraineté ; prendre le maximum de territoires avec le minimum de Palestiniens », a-t-il déclaré.

La plupart des experts voient la politique d’extension de souveraineté israélienne, comme cela a été fait sur le plateau du Golan et à Jérusalem Est par des mesures largement non reconnues par la communauté internationale, comme équivalente à l’annexion.

L'implantation israélienne de Maale Adumim, en Cisjordanie, le 25 février 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

L’implantation israélienne de Maale Adumim, en Cisjordanie, le 25 février 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« La solution est de faire ce que nous avons fait à Jérusalem et sur le plateau du Golan, et d’y étendre la souveraineté israélienne, a déclaré Bennett. Nous prévoyons de porter bientôt un projet de loi ‘Maale Adumim d’abord’ à la Knesset », a-t-il déclaré en citant l’une des plus grandes implantations.

Dimanche, il a ensuite déclaré que le processus d’extension de souveraineté à Maale Adumim et à la zone C de la Cisjordanie, qui représente 60 % de ce territoire, commencerait bientôt.

La résolution 2334 affirme que les implantations de Cisjordanie et les quartiers juifs de Jérusalem Est n’ont « pas de validité juridique et constituent une violation flagrante du droit international et un obstacle majeur à la mise en place d’une solution à deux états et à une paix juste, durable et complète. »

Bennett, qui dirige un parti dont la majorité de la base électorale est composée du mouvement des implantations, s’est présenté aux élections avec un programme d’annexion de facto de parties de la Cisjordanie sous contrôle militaire et civil israélien dans le cadre des accords d’Oslo, et d’extension d’un type de semi-autonomie aux Palestiniens du reste du territoire.

La taille et l’emplacement de Maale Adumim la rende particulièrement importante pour les Israéliens et les Palestiniens. Beaucoup d’Israéliens perçoivent l’implantation, qui compte 40 000 habitants, comme une banlieue de Jérusalem et considèrent qu’elle est importante pour la défense orientale de la capitale. Pour les Palestiniens, sa présence rend la perspective d’un état palestinien continu en Cisjordanie et à Jérusalem Est presque impossible.

Yuli Edelstein, président de la Knesset, lors d'un événement au parlement israélien, le 12 juillet 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Yuli Edelstein, président de la Knesset, lors d’un événement au parlement israélien, le 12 juillet 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

En juillet, Yuli Edelstein, le président de la Knesset, avait déclaré qu’il soutenait l’extension de la souveraineté à Maale Adumim. Une législation a déjà été présentée à la Knesset, mais elle n’avait pas été soutenue.

Israël contrôle la Cisjordanie depuis qu’elle a conquis le territoire pendant la guerre des Six Jours en 1967, mais n’a jamais annexé aucun territoire en-dehors de l’extension de sa souveraineté à Jérusalem Est. Il a ensuite appliqué la loi israélienne au plateau du Golan, conquis à la Syrie.

Dans un contexte de colère israélienne après la résolution et l’absence de veto des Etats-Unis, les appels de Bennett ont commencé à rassembler un certain soutien.

Samedi soir, le ministre de la Sécurité intérieure Gilad Erdan, qui appartient au Likud, le parti de Netanyahu, a également appelé Israël à annexer les blocs d’implantations.

« Nous devrions faire un effort pour cesser tous les financements des Nations unies. Nous devrions annoncer l’annexion immédiate des blocs d’implantations… Nous devrions reprendre la construction sur tout le territoire », a déclaré Erdan.

Le ministre de la Sécurité intérieure Gilad Erdan pendant une conférence sur le renforcement de la relation entre le peuple juif et le mont du Temple, à la Knesset, le 7 novembre 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Le ministre de la Sécurité intérieure Gilad Erdan pendant une conférence sur le renforcement de la relation entre le peuple juif et le mont du Temple, à la Knesset, le 7 novembre 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Il s’agissait d’un rare appel à l’annexion de la part d’un important responsable du parti de Netanyahu, même si Erdan a déjà soutenu une telle mesure.

Ses propos ont été diffusés alors que la Deuxième chaîne annonçait que le Premier ministre pourrait annoncer de nouvelles constructions à l’est de la Ligne verte quand il réunirait son cabinet pour sa réunion hebdomadaire dimanche matin.

Parallèlement, une initiative controversée pour légaliser les avant-postes de Cisjordanie, qui avait précédemment été repoussée pour être votée après la prise de fonction du président américain élu Donald Trump le 20 janvier, a été « remise sur la table » après l’absence de veto américain au Conseil de sécurité vendredi.

Craignant des répercussions de l’administration américaine, le vote final du projet de loi dit de régulation, qui légaliserait quelques 4 000 logements construits en Cisjordanie sur des terrains palestiniens privés, avait été repoussé jusqu’au départ de la Maison Blanche d’Obama, avait confirmé la semaine dernière le président de la coalition, David Bitan.

Mais avec cette abstention américaine, « nous avons fini de jouer gentiment », a déclaré samedi soir au Times of Israël une source interne à la coalition. « C’est de nouveau sur la table », a-t-il déclaré au sujet du projet de loi, indiquant qu’il pourrait être présenté en plénière dans les prochaines semaines.

Bennett avait déjà déclaré que le projet de loi de régulation état un premier pas vers l’annexion de la Cisjordanie.