La comédienne Jeanne Moreau, icône du cinéma français, est morte à Paris à l’âge de 89 ans, a-t-on appris lundi auprès de son agent.

L’actrice à la beauté sensuelle et à l’inimitable voix grave, qui a fasciné les plus grands réalisateurs au cours d’une carrière de 65 ans, a été retrouvée décédée à son domicile parisien, a précisé à l’AFP Jeanne d’Hauteserre, maire du 8e arrondissement, confirmant une information du magazine Closer.

Elle a été retrouvée par sa femme de ménage tôt lundi matin à sa prise de service, selon plusieurs sources.

Née le 23 janvier 1928 à Paris d’un père restaurateur et d’une mère danseuse anglaise, l’inoubliable interprète de « Tourbillon » dans « Jules et Jim », de François Truffaut, a tourné dans plus de 130 films.

L’actrice qui a fasciné Welles (« Une histoire immortelle »), Bunuel (« Journal d’une femme de chambre »), Antonioni (« La notte ») ou Losey (« Eva »), avait reçu en 1992 le César de la meilleure actrice pour « La vieille qui marchait dans la mer », un film réalisé par Laurent Heynemann.

Lauréate du prix d’interprétation féminine 1960 à Cannes (pour « Moderato Cantabile » de Peter Brook), elle fut la seule comédienne à avoir présidé deux fois le jury de ce Festival (en 1975 et 1995). Elle y a aussi été plusieurs fois maîtresse de cérémonie.

En 2012, le Nouvel Obs organise une rencontre avec Stéphane Hessel (Ancient résistant et fervent activiste de longue date de la cause palestinienne, il avait notamment appelé au boycott des produits israéliens) et Jeanne Moreau. C’est la romance de la mère de Stéphane Hessel avec Franz Hessel et Roché qui a inspiré à François Truffaut l’histoire du triangle amoureux de Jules et Jim où Jeanne Moreau tient le rôle principal.

A l’occasion de sa rencontre avec l’auteur d’Indignez-vous, nouvellement auréolé du succès de son petit livre, elle évoque son enfance durant l’Occupation et comment elle décide un jour de porter l’étoile jaune en soutien à ses camarades d’école.

« Pendant la guerre, au collège à Paris, je m’apercevais qu’il y avait des petites qui ne venaient plus ou d’autres qui revenaient avec des étoiles de David, raconte-elle en 2012. J’avais des amies, on nous appelait ‘les trois mousquetaires’ parce que nous étions quatre. La mère de l’une d’elles était couturière. On lui a demandé de nous faire des étoiles jaunes qu’on a cousues sur nos blouses. Mon père a été convoqué à l’école, cela a fait un drame. Il m’a donnée une claque énorme. Je lui ai demandé : ‘On est juifs ou tu détestes les juifs ?’ Il ne m’a jamais répondu. Alors je me suis dit : ‘Peut-être que je suis juive.’» Voilà un souvenir de l’Occupation. Mais j’avais déjà le désir d’être comédienne, et cette passion m’a permis de tout supporter ».

En 2008, dans Plus tard tu comprendras Jeanne Moreau interpréte une grand-mère mutique dont les parents ont été déportés.

Ce film de l’Israélien Amos Gtaï est « adapté du livre éponyme et autobiographique publié par Jérôme Clément, le président de la chaîne franco-allemande Arte » expliquait alors le journal La Presse. Il se déroule à Paris, en 1987, pendant le procès du dignitaire nazi Klaus Barbie qui a lieu à Lyon. Face à la volonté de son fils de connaître la vérité sur cette période, le personage qu’interprète Jeanne Moreau décide de sortir de son silence sur son lit de mort, et de se confier enfin sur les années sombres qu’elle a traversées.

On vit Jeanne Moreau durant toutes ses dernières années de sa vie se consacrer à des actions de solidarité, notamment envers les sans-papiers.