WASHINGTON – Une publicité diffusée par la campagne de Donald Trump avant l’élection présidentielle américaine le mois dernier présente des ressemblances flagrantes avec un spot à caractère antisémite publié par un groupe nationaliste blanc quelques jours plus tôt.

Richard Spencer, l’idéologue du mouvement de la droite alternative, a déclaré que la publicité de la campagne Trump avait pu être inspirée par celle qui avait été créée par le National Policy Institute (NPI) et diffusée quelques jours auparavant.

« Je pense que c’était une publicité très puissante, a déclaré Spencer au Times of Israël. Elle me rappelle une vidéo que nous avions en fait diffusée quelques jours auparavant. Je me demande si nous les avons inspirés. »

Spencer, qui a récemment été filmé en train de saluer en allemand la victoire de Trump pendant que d’autres personnes réalisaient des saluts nazis, est devenu pour beaucoup le personnage le plus important du mouvement dit de la « droite alternative », qui a été renforcé par la victoire de Trump, dans un contexte de hausse des crimes racistes contre les juifs et d’autres minorités.

Alors que le président élu a désavoué Spencer et son think tank, le NPI, la dernière publicité de la campagne Trump, diffusée le 6 novembre, a été critiquée pour sa tonalité antisémite et son implication de l’existence d’une vaste conspiration juive internationale de soutien à Hillary Clinton, la rivale démocrate de Trump.

Le candidat républicain aux élections présidentielles américaines Donald Trump à West Palm Beach, en Floride, le 13 octobre 2016. (Crédit : Joe Raedle/Getty Images/AFP)

Le candidat républicain aux élections présidentielles américaines Donald Trump à West Palm Beach, en Floride, le 13 octobre 2016. (Crédit : Joe Raedle/Getty Images/AFP)

Cinq jours avant la diffusion de la publicité de Trump, intitulée « L’argument de Donald Trump pour l’Amérique », le NPI de Spencer avait publié une vidéo étrangement similaire dans le contenu, le ton, la structure et le style à celle du futur président.

Les deux vidéos comprennent des extraits sonores d’un discours donné par Trump en octobre à West Palm Beach, en Floride, qui avait été critiqué par la Ligue anti-diffamation (ADL) pour sa « rhétorique et ses métaphores qui ont historiquement été utilisées contre les juifs et alimentent encore l’antisémitisme. »

Les deux vidéos superposent aux extraits sonores, qui évoquent la puissance des « intérêts mondiaux particuliers », des images de juifs connus.

De plus, chaque publicité utilise une musique de fond similaire et des effets sur des visages de personnes regardant directement la caméra pendant qu’elle zoome sur eux afin d’obtenir un effet dramatique.

Le discours original de Trump a été éreinté pour sa ressemblance frappante avec le célèbre pamphlet antisémite du 19e siècle des « Protocoles des Sages de Sion », qui a promulgué une théorie du complot dans laquelle une cabale juive des élites financières mondiales contrôle les affaires internationales.

Bien que chacune des vidéos utilise des extraits différents du même discours de Trump, elles ont toutes les deux sélectionné des thèmes similaires et la phrase des « intérêts mondiaux particuliers ».

La vidéo de Spencer

La vidéo de Spencer, que le NPI a publiée le 1er novembre, comprend des répliques du discours de Trump comme « cette élection déterminera si nous sommes une nation libre, ou si nous n’avons que l’illusion d’une démocratie et sommes en fait contrôlés par une petite poignée d’intérêts mondiaux particuliers, qui truquent le système. »

Elle comprend aussi « l’establishment et ses facilitateurs des médias exercent le contrôle de cette nation par des moyens qui sont très bien connus. »

Pendant que ces répliques sont diffusées, différentes images de juifs connus, israéliens et américains, avec le président américain Barack Obama ou le couple Clinton sont présentées.

L’ancien président et Premier ministre israélien est montré assis avec l’ancien président des Etats-Unis George W. Bush et le magnat des médias juif américain Sheldon Adelson, le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la Maison Blanche avec Obama et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas.

L’ancien maire de New York, Michael Bloomberg, est vu en train de poser avec Hillary et Chelsea Clinton, le créateur de Facebook Mark Zuckerberg avec Obama, le milliardaire Haïm Saban avec Obama, Bill et Hillary Clinton pendant les funérailles de l’ancien Premier ministre israélien Yitzhak Rabin en 1995, ou avec Sumner Redstone, milliardaire juif qui était autrefois le directeur exécutif de la chaîne américaine CBS.

Cette vidéo de une minute et 21 secondes, intitulée « Donald Trump : ce n’est que le début », utilise d’autres parties de son discours qui suggéraient que ceux qui défient le contrôle des éminences grises sur le pays subiront une diffamation de la presse.

« Quiconque défie leur contrôle est jugé ‘sexiste’, ‘raciste’, ‘xénophobe’, et moralement déformé, avait déclaré Trump. Ils attaqueront. Ils vous assassineront. Ils chercheront à détruire votre carrière et votre famille. Ils chercheront à tout détruire de vous, notamment votre réputation. »

Ces extraits sont juxtaposés avec une myriade de titres de grands médias et d’autres sources, comme un communiqué de l’ADL, la Ligue anti-diffamation, qui critiquait le livre controversé de John Mearsheimer et Stephen Walt, The Israel Lobby and US Foreign Policy (Le lobby israélien et la politique étrangère américaine).

La vidéo de Trump

La vidéo de Trump, que sa campagne a diffusée le 6 novembre, utilise des extraits différents mais liés de son discours de West Palm Beach.

Un enregistrement du discours est entrelacé d’images de George Soros, investisseur philanthrope, Janet Yellen, qui dirige la Réserve fédérale des Etats-Unis, et Lloyd Blankfein, PDG de Goldman Sachs, qui sont tous juifs, et apparaissent à l’écran alors que Trump dénonce les « leviers du pouvoir à Washington » et les « intérêts mondiaux particuliers ».

« La seule chose qui peut arrêter cette machine corrompue, c’est vous », dit Trump.

La vidéo montre aussi le couple Clinton, le président Obama, le Congrès, des dirigeants étrangers et les Nations unies. Tous sont juxtaposés avec des photos d’Américains ordinaires, que Trump appelle à se soulever.

L’équipe Trump n’a pas répondu à une demande de réactions.

Trump et la droite alternative

Pendant toute la campagne, Trump a obtenu le soutien du mouvement de la droite alternative, un ensemble de suprématistes blancs, de nationalistes blancs et de néonazis. Un récent rapport de l’ADL a montré une hausse spectaculaire du harcèlement antisémite par des individus se présentant comme des soutiens de Trump appartenant à la droite alternative pendant la campagne électorale.

Spencer est crédité de l’invention du terme de « droite alternative ». Il est devenu connu dans le monde entier quand il a été filmé le 19 novembre dernier en train de chanter « Heil à Trump, Heil à notre peuple, Heil à la victoire ! » sous les applaudissements d’un public électrisé, dont une partie a répondu par des saluts nazis.

Stephen Bannon, à droite, dans le hall de la Trump Tower à New York, le 11 novembre 2016. (Crédit : Drew Angerer/Getty Images via JTA)

Stephen Bannon, à droite, dans le hall de la Trump Tower à New York, le 11 novembre 2016. (Crédit : Drew Angerer/Getty Images via JTA)

Le président élu Trump a récemment angoissé la communauté juive et d’autres quand il a annoncé que Stephen Bannon, l’ancien dirigeant de Breitbart News, serait son stratège en chef à la Maison Blanche.

En tant que président exécutif de Breitbart News depuis 2012, Bannon a promu un agenda nationaliste et a transformé le site internet en ce qu’il a lui-même appelé la « plate-forme de la droite alternative ».

Pendant un entretien avec le New York Times, Trump avait défendu la nomination de Bannon et suggéré que son nouvel employé n’était pas associé avec ce mouvement.

« Je connais Steve Bannon depuis longtemps, avait-il déclaré. Si je pensais qu’il était raciste, ou qu’il appartenait à la droite alternative, je n’aurais même pas pensé à l’embaucher. »

Pendant le même entretien, il avait été interrogé sur la conférence pendant laquelle Spencer s’était exprimé. Le futur président avait déclaré qu’il ne voulait pas « dynamiser le groupe » et l’avait désavoué.

« Ce n’est pas un groupe que je veux dynamiser, avait-il déclaré, et s’ils sont dynamisés, je veux étudier et trouver pourquoi. »