Quand je pénètre dans l’appartement de Sammy Ghozlan à Netanya, je le trouve sur son ordinateur en train de lire un email. Dans cet email se trouve une photographie représentant la boutique fermée d’un opticien juif à Paris. Sur le rideau de fer du magasin, un graffiti tout frais représente une caricature en violet et noir d’un Juif au nez crochu dans le style Der Sturmer.

Pour moi c’est assez horrible mais Ghozlan, lui, ne semble pas aussi troublé que moi. Il m’explique avec lassitude que pour lui, c’est la routine. Banal. Juste un signe supplémentaire représentatif de notre époque.

Ancien commissaire dans la banlieue de Paris, Ghozlan a créé à sa retraite une liaison entre la police française et la communauté juive, le BNVCA (Bureau National de Vigilance Contre l’Antisémitisme), alertant les deux côtés en cas de menaces et d’attaques contre des Juifs.

Il a fait son alyah cet été mais il affirme qu’il retournera souvent en France et il dirige toujours le BNVCA.

J’ai voulu rencontrer Ghozlan après ma lecture d’un portrait qui lui était consacré dans l’édition d’août 2015 de Vanity Fair intitulé « Paris brûle ».

Ce portrait le décrivait comme un « Colombo sépharade » et comme un « Yves Montand amoché » et expliquait qu’il s’était bâti sa réputation de policier anti-terroriste en identifiant comme sympathisants palestiniens et non néo-nazis les terroristes qui avaient perpétré l’attentat contre la synagogue de la rue Copernic en 1980 au cours duquel quatre personnes avaient été tuées.

A la retraite, il a été « quasiment seul dans son combat pour protéger les Juifs des banlieues ».

En rencontrant Ghozlan, aujourd’hui âgé de 72 ans, une question me brûle les lèvres : sa décision d’émigrer en Israël indique-t-elle qu’il n’y a plus d’avenir pour les Juifs en France ?

La réponse qu’il me donne est révélatrice : « Ce n’est pas qu’il n’y a pas d’avenir pour les Juifs en France. Il n’y a pas d’avenir pour les Juifs dans la France qu’ils veulent », me dit-il.

La France n’est pas l’Allemagne des années 30 pour les Juifs, développe-t-il. Ce n’est pas le régime, ce n’est pas le gouvernement qui les persécute. C’est même plutôt l’inverse. Le gouvernement tente de les protéger. Mais ils sont quand même persécutés, à un point tel qu’il ne peuvent porter ni kippa ni Magen David à l’extérieur sous peine de se faire attaquer par des extrémistes islamiques.

Ils ne peuvent pas laisser d’objets de culte juif dans leurs voitures sous peine de voir leur véhicule incendié. C’est pourquoi le nombre record de 10 000 Juifs devrait émigrer en Israël avant la fin de cette année calendaire. Plus de 7 000 Juifs sont arrivés en 2014 et l’année 2016 promet un exode encore plus massif.

Salon de l'alyah à Paris (Crédit : Alain Azria)

Salon de l’alyah à Paris (Crédit : Alain Azria)

Nous avions l’habitude de nous lamenter qu’Israël soit ressuscité trop tard pour sauver les Juifs d’Europe de l’Holocauste.

Nous avions l’habitude d’exprimer notre soulagement qu’Israël puisse servir de refuge aux Juifs persécutés au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

Et nous avions l’habitude de croire, l’antisémitisme ayant été tellement marginalisé après les horreurs de la Deuxième Guerre mondiale, qu’Israël constituerait toujours une patrie de choix, et non une nécessité, pour les Juifs du monde moderne et libre. Sauf que l’antisémitisme est revenu et qu’Israël est maintenant considéré comme un refuge vital, encore une fois pour certaines communautés dans ce monde soi-disant libre, comptant de nombreux Juifs français parmi ceux qui se sentent opprimés.

En tant qu’ex-policier, Ghozlan, qui est interrogé sans surprise et sans inepties, est sérieux et précis dans le choix des mots qu’il utilise. L’histoire qu’il raconte, celle de la montée de la persécution de la troisième plus grande communauté juive au monde (après Israël et les Etats-Unis), est lugubre.

Il explique que l’oppression actuelle des Juifs de France a réellement commencé en 2000, au début de la deuxième intifada, quand la télévision française a braqué les projecteurs sur une séquence montrant de manière ostentatoire que les troupes israéliennes avaient abattu Mohammad al-Dura, un adolescent de Gaza.

La fusillade où était Mohammed Al-Dura (Crédit : YouTube)

La fusillade où était Mohammed Al-Dura (Crédit : YouTube)

Israël avait reconnu cette accusation avant de la rejeter violemment.

Cet événement a marqué le début de ce que Ghozlan appelle une série d’attaques contre les Juifs dans lesquelles la police française était mal équipée pour se battre au début, puis trop peu encline à se battre par la suite.

A l’origine, la police pensait que la nouvelle vague d’attaques du nouveau millénaire contre des synagogues ou les assauts physiques contre des juifs étaient imputable à l’extrême droite – alors même que les victimes décrivaient leurs assaillants comme des Nord-Africains.

La police a même affirmé être paralysée par les lois françaises selon lesquelles une blessure physique était requise pour qu’une attaque soit qualifiée de « crime haineux ».

« Les policiers disaient alors que si une synagogue étaient incendiée mais que personne n’était blessé, ‘c’est un acte criminel, pas un crime haineux’ ».

Au milieu de l’inquiétude qui grandissait au sein de la communauté, Ghozlan raconte que des dirigeants, journalistes et autres personnalités juives sont venus le trouver, lui demandant qui était responsable de cette nouvelle vague de violence car la police leur répondait qu’elle l’ignorait.

C’est ainsi que j’ai « mis en place une hotline en activité 24h/24 et 7j/7 pour signaler les attaques. J’ai émis des formulaires que les victimes pouvaient remplir. J’ai trouvé des représentants juifs dans les communautés voisines de Paris et j’ai fait en sorte d’être le lien entre les communautés et la police ».

Son organisation, le BNVCA (Bureau National de Vigilance Contre l’Antisémitisme), existe depuis bientôt plus de 15 ans. Elle informe les journalistes, la police et des milliers d’autres personnes figurant sur sa liste de diffusion des centaines d’attaques antisémites (851 en 2014) perpétrées contre des synagogues, des écoles, dans les transports en commun et dans les rues.

Propagation depuis la banlieue

Au début, les dirigeants des petites communautés juives autour de Paris mettaient l’accent sur des newsletters qui émanaient des maires locaux et qui encourageaient la violence antisémite, dit-il.

« Dans plusieurs cas, il s’agit de villes dirigées par des maires communistes », explique Ghozlan, « et la newsletter du maire comportait toujours une section consacrée à la Palestine – plus particulièrement aux morts en Palestine » dans laquelle le contenu était sournoisement déformé et orienté contre Israël.

Les conseils locaux de ces villes organisaient souvent des « voyages en Palestine – une visite des villages palestiniens », qui ne faisaient que renforcer leur sentiment anti-Israël une fois de retour à la maison, dit-il.

« Alors que l’Europe se bat contre le terrorisme », proteste-t-il, « il y a des maires de gauche qui font l’apologie des terroristes et nomment des rues en leur honneur ». En effet, Ghozlan dirige un groupe qui dont le but est de contrer les décisions des conseils locaux qui veulent nommer des rues en hommage à des terroristes.

Au cours de ces dernières années, dit-il, des Algériens, des Marocains et d’autres immigrés sont allés s’installer dans ces banlieues parisiennes où les Juifs avaient longtemps vécu.

« Nous avons commencé à voir des synagogues attaquées fréquemment – à coups de jets de bouteilles et de pierres. Une fille a été passée à tabac quand on a remarqué une Magen David sous sa chemise. Des enfants juifs ont été attaqués physiquement et verbalement sur le chemin de l’école ».

A l’origine concentrées dans la région parisienne, les attaques se sont progressivement répandues, selon Ghozlan « à Marseille, Toulouse, Strasbourg, dans le quartier juif de Lyon… ».

C’était il y a dix ans, se souvient-il, que le grand rabbin de France avait conseillé aux Juifs de ne pas porter leurs kippot (calottes) en public.

« Et cela n’a fait qu’empirer ces dernières années » – avec des incidents faisant les Unes de journaux dans le monde entier comme la tuerie de l’école juive de Toulouse en 2012 et l’attaque de l’Hyper Cacher de Paris cette année, en alternance avec des attaques de moindre envergure : des coups de feu tirés contre des synagogues, des attaques au couteau, des cambriolages violents de maisons juives.

« Si des personnes laissent des objets de culte religieux dans leur voiture – une kippa, des tefillin – leur véhicule sera attaqué », déplore Ghozlan.

« Les habitants de maisons juives retrouvent des croix gammées sur leurs boîtes aux lettres. De la poudre blanche envoyée dans des enveloppes ». Cette caricature de style Der Sturmer sur le rideau de fer de l’opticien juif.

Il constate aussi une poussée dans un activisme anti-Israël retentissant, comme par exemple chez les activistes du BDS (Boycott Divestment Sanctions), un mouvement qui pousse au boycott des produits israéliens dans les supermarchés « qui presse des oranges en clamant ‘Voilà le sang des Palestiniens’ ».

Mais il est catégorique : « Les Arabes et les Africains en France ne seraient pas si effrontés dans leurs attaques contre des cibles juives s’ils ne se sentaient pas encouragés par les mouvements politiques (d’extrême gauche) et l’opinion française qui les incite à se comporter ainsi ».

Selon lui, les immigrés musulmans n’auraient pas osé défier les interdictions de la police pendant des manifestations ou les efforts de la police pour disperser les autres si l’extrême gauche ne les avait pas encouragés à agir de la sorte.

Il pense en particulier à deux incidents graves survenus en juillet 2014. Le premier quand des centaines d’émeutiers ont attaqué des cibles juives dans le quartier parisien de la rue de la Roquette, assiégeant des centaines de Juifs prisonniers d’une synagogue.

Rassemblement à Paris alors que les autorités françaises l'avait interdit - 26 juillet 2014 (Crédit : AFP)

Rassemblement à Paris alors que les autorités françaises l’avait interdit – 26 juillet 2014 (Crédit : AFP)

Le deuxième quand, deux semaines plus tard au cours d’une grande manifestation place de la République, des milliers d’individus ont brandi des drapeaux palestiniens, du Hamas et de l’Etat islamique en scandant « Mort aux Juifs ».

Pour l’opinion majoritaire française, Ghozlan accuse les medias français de dépeindre un tableau qu’il qualifie de profondément inexact de la situation qui se déroule entre Israël et les Palestiniens.

Cela ne fait que renforcer l’hostilité que les Français ont envers Israël et, par extension, l’hostilité envers la communauté juive, car elle soutient Israël.

Les médias français représentent Israël « comme un occupant et un agresseur qui tire sur les villages palestiniens et bombarde la bande de Gaza », explique-t-il catégoriquement. «

Les médias français restent silencieux quand c’est Gaza qui attaque Israël », par exemple. « Israël est donc perçu comme le mal. Les individus français ordinaires voient Israël comme le méchant. C’est le message qui leur est répété et qu’ils ont assimilé ».

Maintenant en France, il va jusqu’à dire qu’ « Israël et les Israéliens sont considérés comme détestables ». Dans la tête d’une « personne française anti-israélienne », dit-il,
« Israël est perçu comme un nazi. « Alors peu importe ce que fait Israël, que ce soit des inventions ou d’autres bonnes choses, Israël restera un nazi ».

Ghozlan affirme même que « la population française ne prête pas attention quand des Juifs se font attaquer. S’il n’y avait pas eu d’attaque contre (les bureaux du magazine satirique) Charlie Hebdo (au cours de laquelle 12 personnes ont été tuées, dont des Juifs), l’attaque de l’Hyper Cacher (un supermarché cacher, deux jours plus tard, au cours de laquelle quatre personnes ont été tuées) n’aurait pas eu un retentissement aussi important en France ».

« La population française ne prête pas attention quand des Juifs se font attaquer. S’il n’y avait pas eu d’attaque contre Charlie Hebdo, l’attaque de l’Hyper Cacher n’aurait pas eu un retentissement aussi important en France »

Sammy Ghozlan

Continuant sur cette affirmation, Ghozlan remarque que, quand la communauté juive a subi une série d’attaques antisémites dans les années 80 – notamment le bombardement de la rue Copernic et le meurtre de six personnes lors d’une attaque terroriste en 1982 au restaurant Goldenberg de la rue des rosiers – l’opinion majoritaire française avait fait preuve d’une grande solidarité.

« C’était parce que ces attaques semblaient avoir été perpétrées par l’extrême droite et, qu’elles devaient, par conséquent être condamnées. Aujourd’hui, la solidarité envers les Juifs est moindre car les juifs ne détestent pas Israël, parce que les Juifs sont perçus comme des partisans d’Israël ».

Quand je demande à Ghozlan s’il est temps pour les Juifs de France – qui ne sont plus qu’un demi-million environ – de partir, il me donne une série de réponses qui ne sont pas vraiment définitives.

Il remarque qu’ « en France, souvenez-vous, pendant la Deuxième Guerre mondiale, les Juifs étaient rassemblés et trahis. Il en reste encore un souvenir ».

Il dit que « ça ne sera pas les années 40 mais je pense que ça devient encore pire ».

Il observe que ceux des communautés juives ciblées issues des banlieues parisiennes ont « émigré en masse » et « se sont regroupées dans les 16e et 17e arrondissements » de la ville, dans ce qu’il appelle « une sorte de ghettoïsation ».

Il fait remarquer que les Juifs de France doivent maintenant vivre « sous protection tout le temps : les écoles et les synagogues sont sous protection militaire » et il dit que ce n’est pas tenable.

Un soldat français posté devant une synagogue parisienne le 12 janvier 2015 (Crédit : JOEL SAGET / AFP)

Un soldat français posté devant une synagogue parisienne le 12 janvier 2015 (Crédit : JOEL SAGET / AFP)

« Aujourd’hui, un enfant qui fête sa bar mitsvah en France ne connaît rien d’autre que l’antisémitisme », regrette-t-il.

« Et c’est la même chose en Belgique, en Espagne et en Italie. Et maintenant, avec les migrants arabo-musulmans, vous verrez qu’il y aura encore plus d’islamisme et que ça va devenir encore pire ».

Cela annonce-t-il d’autres attaques comme celles de l’Hyper Cacher ? « Oui, et le gouvernement le sait », affirme Ghozlan avec insistance. «

Les services de renseignement ont échoué ». Les attaques comme celles de l’Hyper Cacher ont été menées par des suspects qui étaient connus des autorités et qui n’avaient pourtant pas été interceptés. Et de nouveaux terroristes potentiels surgissent tout le temps, avertit-il.

« Ceux qui mènent ce genre d’attaques sont considérés comme des héros de l’islam. De nombreux criminels sortent de prison et veulent faire acte de ‘pénitence islamique’ », explique-t-il. « Certains avaient l’habitude de demander à mon ami, un imam, si tuer des Juifs leur permettrait d’accéder au paradis ».

Dans un contraste total avec les années 30 en Allemagne où le régime était l’oppresseur, le gouvernement français fait « un effort considérable » pour protéger les Juifs, remarque-t-il, « Mais les attaques vont parfois au-delà de l’antisémitisme », affirme-t-il.

Les Juifs sont aussi ciblés par ceux qui veulent porter atteinte à la France.
« Aujourd’hui, la France possède des forces déployées au Mali, en Afghanistan et en Syrie », explique-t-il.

« Souvent, ces attaques sont vraiment menées contre l’État mais on favorise des cibles juives car elles provoquent un retentissement plus conséquent. Quand ces attaques veulent s’en prendre à l’État, elles savent que si un Juif est ciblé, c’est l’Etat qui est touché ».

Dans ce contexte actuel sombre, Ghozlan est certain que les chiffres record d’immigration en Israël seront supérieurs l’année prochaine et encore l’année suivante.

« Les jeunes familles veulent partir. De plus en plus, elles mettent leurs enfants dans des écoles juives pour des raisons de sécurité.

Reproduction photo of 8-year-old Miriam Monsonego, daughter of school headmaster Rabbi Yaacov Monsonego, who was killed in a shooting attack at the Ozar Hatorah School in Toulouse, France, early Monday morning. (photo credit: Flash90)

Miriam Monsonego, fille du Rabbin Yaacov Monsonego, tués par MOhamed Merah à l’école juive de Toulouse Ozar Hatorah. (Crédit : Flash90)

Mais après Toulouse » – où un rabbin, deux de ses enfants et un troisième enfant ont été assassinés en 2012 par un tireur islamique – « elles ont trop peur de mettre leurs enfants dans des écoles juives. Le fait même que leurs jeunes enfants voient qu’ils sont protégés par des soldats et des militaires est très dérangeant pour eux ».

Ghozlan pose alors la question rhétorique suivante : Pourquoi les quatre victimes de l’Hyper Cacher ont-elles été enterrées en Israël. « Pourquoi ? Parce que les familles ne voulaient pas que leurs tombes soient profanées ».

Une fuite ? Pas exactement

Sammy Ghozlan affirme avoir décidé de quitter la France, d’une part, parce que certains de ses enfants et petits-enfants se sont installés en Israël. Mais il déclare « Je suis très Français ».

Vanity Fair rapporte qu’il a effectué son service militaire dans l’armée de l’air française.
« Je regarde la télévision française, je suis sans arrêt en relation avec mon équipe qui lutte contre l’antisémitisme en France et je retourne souvent en France », me confie-t-il.

Il oppose ce changement tardif de pays à ce qui était évidemment sa propre expérience formatrice, fuyant l’Algérie pour la France quand il était un enfant en âge d’aller à l’université en 1962 : son père, un chef de sécurité d’hôpital, a emmené sa mère, sa sœur et Sammy à l’aéroport. C’était une question d’heures.

Le père de Sammy avait reçu des menaces qui semblaient provenir d’un incident survenu à l’école de Sammy : Sammy avait été jugé responsable d’un certain nombre d’Arabes sympathisants du mouvement révolutionnaire du FLN, le Front National de Libération.

Le FLN avait été suspendu et de violentes menaces avaient été émises. « L’homme qui a remplacé mon père à l’hôpital a été abattu d’une balle dans la tête immédiatement après. Ils n’ont pas tué la bonne personne », explique Ghozlan. « Le FLN a également tué mon oncle, le mari de ma tante, après notre départ ».

Partir en Israël n’a pas été synonyme de fuite pour lui.

« Je peux rentrer en France si je le souhaite », fait-il remarquer. Il reconnaît cependant : « Mes activités en France ont fait de moi une cible. Ma voiture a été incendiée près de mon domicile (près de Paris en 2010). La police a enquêté. En a fait des tonnes. A intercepté des coups de téléphone. N’a attrapé personne ».

Ghozlan explique qu’il se demande « comment les juifs de France perçoivent mon départ, ce que cela représente pour eux. Certains m’ont reproché de les abandonner alors que la lutte contre l’antisémitisme requiert un important travail… D’autres m’ont remercié pour ce que j’ai fait. J’ai dit ce qu’ils ne sont pas prêts à dire. Je n’ignore aucune attaque, de la plus grande à la plus petite ».

Alors, que devraient tirer comme leçon les Juifs de son départ ? « Je l’ignore », admet-il. « Je ne suis pas très optimiste. Tant que les politiciens et les journalistes continueront à décrire Israël sous cet angle très négatif, les problèmes ne s’atténueront pas. C’est tellement triste ».

A présent, Ghozlan réfléchit à voix haute plutôt que d’attendre de nouvelles questions. « Je me suis demandé », dit-il en soupirant, « s’il vaut mieux être une personne qui dit ‘Suivez-moi’ ou une personne qui quitte un navire en plein naufrage ».

Je réplique : Et donc ?

« Je me pose encore la question ».

Ricky Ben-David a contribué à ce reportage.