Une partie du Mur occidental s’érode 100 fois plus vite que les autres. Cette érosion ébranle potentiellement la stabilité du site saint antique juif, selon une nouvelle étude. Cette étude indique qu’il pourrait s’écrouler dans une centaine d’années.

Le Mur occidental est le seul vestige de l’enceinte du Temple juif dans la Vieille Ville de Jérusalem, vieille de plus de 2 000 ans. La structure, un mur de soutien du mont du Temple, est le lieu le plus saint où les Juifs sont autorisés à prier. Le mont du Temple, qui se trouve au-dessus, est interdit [aux Juifs] pour des raisons sécuritaires et religieuses.

Cette érosion, nouvellement découverte, peut créer des fissures plus larges pour les visiteurs qui insèrent des prières dans le mur mais cette étude est une mauvaise nouvelle pour ceux qui espéraient que le mur tienne debout pendant encore 2 000 ans.

Ce genre de risque se mesure en décennie et les scientifiques ne prévoient pas de vrais dangers avant des centaines d’années. Mais ils pensent qu’il est possible que le mur s’effondre soudainement.

Les pierres qui s’érodent plus rapidement sont faites de calcaire aux grains fins qui s’effritent plus facilement lorsqu’elles ont été en contact avec l’eau, selon l’étude.

« L’eau de pluie rentre dans la pierre et cause sa désintégration. C’est similaire à ce qui se passe lorsqu’on met un cube de sucre dans le
café », explique Dr Simon Emmanuel, un spécialiste des sciences de la terre qui s’est spécialisé dans l’interaction entre la pierre et l’eau. Il a conduit l’étude avec une étudiante doctorante en sciences de la terre à l’université de Jérusalem, Yael Levenson. « Les pierres faites de cristaux fins s’effritent plus facilement ».

Les découvertes de l’étude, publiées dans le journal Geology de juillet, peuvent servir de référence pour préserver le mur, affirment les chercheurs – peut-être en les recouvrant d’un produit absorbant.

Bâti en même temps que le Second Temple par Hérode le Grand, roi de Judée placé sur le trône par les Romains, les vestiges du Mur occidental atteignent maintenant sept étages de pierres au-dessus du sol. Les pierres au-dessus de ces étages sont plus récentes.

Ces pierres datant de l’ère d’Hérode reçoivent les prières de millions de pèlerins religieux tous les ans. Beaucoup d’entre eux suivent la tradition et insèrent des notes dans ces petits creux. En 2014, les personnalités célèbres comme le pape François, certains membres des Rolling Stones, Justin Timberlake et la pop star Justin Bieber ont suivi la tradition. Mais ceux qui visitent les lieux peuvent se rendre compte que certaines pierres sont plus abîmées que d’autres.

Pour mesurer les différences, les chercheurs israéliens ont utilisé un balayage au laser du mur pour créer une carte en 3D de sa surface. Sur la carte, ils ont comparé quatre pierres extrêmement abîmées à leurs voisines bien conservées. Les pierres bien préservées se sont à peine érodées – ce qui est prouvé par l’observation des rebords originaux finement ciselés – tandis que les pierres abîmées ont rétréci de presque 12 cm par endroit.

Les chercheurs n’ont pu prélever d’échantillons du Mur pour des raisons évidentes mais ils ont pu bénéficier de la grande quantité de recherches qui ont été menées sur le site. On pense que les pierres abîmées proviennent d’une ancienne carrière de calcaire composée de petits cristaux alors que les pierres bien conservées viendraient d’une autre carrière de calcaire où les cristaux seraient plus larges.

Les chercheurs ont prélevé des échantillons près des anciennes carrières qui se situent près de Jérusalem. Ils ont utilisé un puissant microscope à force atomique pour voir comment les différentes pierres se désintégraient quand elles rentraient en contact avec de l’eau. Ils ont découvert que les pierres à fines graines perdaient rapidement de petites particules à la surface. Ce qui pourrait expliquer l’érosion des pierres du Mur occidental.

L’expérience sert à simuler la manière dont l’eau interagit avec le calcaire.

Les chercheurs affirment que le taux d’érosion qu’ils ont calculé ne mette pas en danger le Mur pour au moins des centaines d’années, mais ils considèrent qu’il est possible qu’une érosion catastrophique puisse survenir à tout moment.

« Il semblerait qu’Hérode se soit fait avoir par des entrepreneurs peu scrupuleux », plaisante Emmanuel. « C’était un constructeur ambitieux et il y avait une grande demande pour le calcaire à l’époque. Ils ont sûrement tenté de faire des économies ».

Le processus d’érosion accélérée découvert par l’étude, qui inclut des forces chimiques et mécaniques, n’a pas été documenté avant. Alors que les conséquences sur les grosses pierres de la force physique étaient connues, les chercheurs ont démontré pour la première fois que l’eau agit dans le façonnement de la pierre même à l’échelle du micron.

Ces découvertes permettraient de développer des techniques de préservations plus efficaces, expliquent-ils. Ils affirment qu’il est possible de créer, notamment, des matériaux qui permettraient de ralentir l’érosion en liant les cristaux dans la pierre. Ces techniques d’ingénierie pourront non seulement s’appliquer au Mur occidental mais aussi à d’autres sites religieux et historiques antiques en Israël et dans le monde.