Dimanche soir, lors d’une conférence prestigieuse, Benjamin Netanyahu a prononcé un discours que l’on peut considérer essentiellement comme étant son discours de « Bar-Ilan 3 » – une déclaration sur la politique étrangère qui met en lumière la politique du gouvernement au sujet du conflit avec les Palestiniens.

Mais alors que les autres intervenants à la conférence ont avancé des idées pour sortir de l’impasse où stagne le processus de paix, le Premier ministre, rappelant son engagement à une solution à deux Etats, a annoncé une série de mesures qui rendraient cette solution encore plus difficile à atteindre.

La conférence, tenue par l’Institut d’études de sécurité nationale et intitulée « En l’absence de progrès vers un accord de statut final : Options pour Israël », a été le lieu idéal pour Netanyahu de fixer une nouvelle vision pour l’avenir maintenant que les pourparlers de paix, négociés par les Américains, se sont effondrés et qu’un gouvernement palestinien d’union nationale a été mis en place.

Il a profité de l’occasion pour annoncer la construction d’une barrière de sécurité sur la frontière d’Israël avec la Jordanie, et pour insister que l’armée conserve la responsabilité de la sécurité globale de l’ensemble de la Cisjordanie pour l’avenir.

Au lieu d’expliquer comment il entend mettre en œuvre son premier discours de Bar-Ilan de 2009, dans lequel il prévoyait la création d’un Etat palestinien, il a alimenté les espoirs de l’aile droite : il n’y aura jamais d’Etat palestinien entre le fleuve et la mer.

Avant que Netanyahu ne prenne la parole au prestigieux groupe de réflexion à Tel Aviv, le directeur général à la retraite Amos Yadlin, ancien chef du renseignement militaire, a présenté son plan B, à mettre en œuvre dans le cas probable où les dirigeants israéliens et palestiniens ne parviennent pas à surmonter leurs différences et signer un accord de paix.

Il a appelé à un « redéploiement » israélien – en d’autres termes, un retrait unilatéral de la majorité de la Cisjordanie qui pourrait, si le conflit n’a pas pris fin, faciliter au moins une réalité à deux Etats qui laisserait présager le scénario de l’Etat binational.

Si Jérusalem constate qu’il n’a pas de partenaire palestinien avec qui signer un accord, « Israël devra lancer un programme à long terme visant à dessiner indépendamment les frontières d’Israël, en coordination avec ses alliés », a suggéré Yadlin.

« Ce programme sera le signal de la volonté de l’Etat de renoncer à la souveraineté sur 80 à 90 ¨% de la Cisjordanie, une volonté qui sera également exercée sur le terrain ». Yadlin recommande que les nouvelles frontières d’Israël soient pas basées sur la barrière de sécurité en Cisjordanie, mais la vallée du Jourdain et toute la ville de Jérusalem doit rester sous la souveraineté israélienne.

« Israël a besoin d’avoir un plan alternatif, parce que nous ne voulons pas rester dans le statu quo », a poursuivi Yadlin. Il ne craint pas l’état actuel des choses en Israël et en Cisjordanie autant que les autres dans la communauté internationale, a-t-il précisé.

Mais, a-t-il averti, « s’il est géré imprudemment », le statu quo nuira à Israël sur le long terme, conduisant à une dé-légitimation, des boycotts, des difficultés économiques et, éventuellement, une solution à un Etat qui signifierait la fin du caractère juif et démocratique d’Israël.

« Comme nous l’avons toujours fait dans l’histoire du sionisme, nous devons prendre l’initiative, de passer à une politique volontariste, d’arrêter de gagner du temps et de commencer à adopter une politique qui nous avantage», a affirmé Yadlin. Un « redéploiement » israélien ne serait pas un cadeau pour les Palestiniens, indique l’analyste militaire, mais servirait au final les intérêts d’Israël.

Il est sûr que l’idée que les Israéliens doivent prendre leur destin en main et se retirer unilatéralement de grandes parties de la Cisjordanie a gagné du terrain depuis des mois maintenant. Il a de nombreux partisans, y compris d’anciens proches conseillers de Netanyahou tels que Yoaz Hendel et Michael Oren.

Yadlin a lui-même mentionné son Plan B à plusieurs reprises dans le passé, mais jamais dans un lieu aussi important : une conférence d’une demi-journée à laquelle le Premier ministre a assisté en tant qu’intervenant principal.

Entre la présentation de Yadlin et le discours de Netanyahu, un panel comprenant des législateurs israéliens de premier plan de divers partis ont examiné la possibilité d’un retrait israélien, et ses alternatives, se demandant si le Premier ministre ne devrait pas relever le défi et offrir quelque chose de nouveau pour l’avenir des relations israélo-palestiniennes.

Mais Yadlin et les autres qui espéraient que Netanyahu affirme qu’Israël avait besoin de façonner de manière proactive ses propres frontières ont été déçus.

Le Premier ministre a parlé pendant 25 minutes, et a fait les unes en appelant à un Kurdistan indépendant, mais il y avait à peine un mot sur ​​la façon dont Israël pourrait se rapprocher de la mise en œuvre de la solution à deux Etats qu’il a lui-même décrit dans le passé comme étant un point politique stratégique.

Déclarant que « les forces fanatiques de l’Islam» – sous la forme de militants sunnites de l’EIIL en Irak et la Syrie, ainsi qu’en Iran – « frappent déjà à notre porte », et le Premier ministre a appelé à la construction d’une « barrière de sécurité sur notre frontière orientale, et de construire progressivement d’Eilat pour fusionner avec la barrière de sécurité que nous avons construite au cours des deux dernières années dans le plateau du Golan ».

Ce plan suggère implicitement que le Jourdain deviendrait la frontière orientale d’Israël, et il laisse peu de place pour un Etat palestinien indépendant, a reconnu un haut responsable israélien dans une conversation privée. Que cela soit voulu ou pas, ériger une clôture de frontière signale toujours l’intention de l’État de dessiner une frontière définitive, a déclaré le responsable.

Cela ne va certainement pas rapprocher Israël à une solution négociée à deux États, puisque les Palestiniens ont insisté sur le fait que même si les dispositions de sécurité à court terme gardent la vallée du Jourdain hors de leurs mains pour un temps limité, ils s’attendent à obtenir le contrôle de la frontière avec la Jordanie.

Un autre haut fonctionnaire du gouvernement a toutefois rejeté cette évaluation : « La frontière politique entre nous et les Palestiniens sera déterminée dans la salle de négociation. Mais ce que le Premier ministre a clairement indiqué hier soir, c’est qu’Israël aura une présence de sécurité sur le Jourdain ».

Les plans de Jérusalem pour construire la clôture le long de la frontière d’Israël avec le royaume hachémite ne sont pas nouveaux et ont été discutés avec les Américains pendant les pourparlers de paix qui ce sont récemment arrêtés, a ajouté le responsable.

Lors de son discours dimanche, M. Netanyahu a interprété son premier discours de Bar Ilan, où il a accepté, en principe, un Etat palestinien démilitarisé qui reconnaît Israël comme un Etat-nation du peuple juif. (Il a fait un second discours de Bar-Ilan en octobre dernier).

« Qu’est-ce que ‘démilitariser’ veut dire ? », a-t-il demandé dimanche. Répondant à sa propre question, il explique qu’ «à la lumière de ce qui se passe dans notre environnement», seul Israël peut être responsable de la sécurité dans l’ensemble de la Cisjordanie, pour s’assurer que le terrorisme s’arrête au Jourdain et non pas à la périphérie de Tel-Aviv. « Il doit être clair que dans tout accord futur avec les Palestiniens, Israël devra garder le contrôle militaire sur le territoire jusqu’au fleuve du Jourdain pour un très long moment ».

Les médias israéliens ne prêtent pas beaucoup d’attention à cette partie du discours de Netanyahu, car sa déclaration sur les Kurdes semble beaucoup plus intéressante. Mais les israéliens de droite qui lisent entre les lignes ont trouvé des raisons de se réjouir des mots du premier ministre.

« Deux des affirmations de Netanyahu hier, une fois combiné, sont très importantes », a déclaré Dani Dayan, l’envoyé étranger en chef du Conseil de Yesha du mouvement des implantations et un partisan à une solution à un Etat. Tout d’abord, quand il a parlé de la nécessité d’une clôture, le Premier ministre a mentionné la rivière du Jourdain comme de la « frontière orientale d’Israël ».

Deuxièmement, a souligné Dayan, Netanyahu a affirmé que seule l’armée israélienne peut assurer la sécurité en Cisjordanie, et que seul la présence d’Israël empêche l’Autorité palestinienne de s’effondrer.

« La combinaison des deux », affirme Dayan, « démontre que Netanyahu ne croit pas que la création d’un Etat palestinien soit possible dans les circonstances actuelles, et n’est pas loin de rétracter son discours de Bar Ilan ».