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120 artistes dénoncent le boycott d’un festival à cause du financement israélien

Citant le rockeur Nick Cave, ils écrivent que "le boycott culturel d'Israël est lâche et honteux" ; 30 artistes se sont retirés parce qu'Israël sponsorise l'un des spectacles

Illustration : des feux d'artifice remplissent le ciel de l'Opéra de Sydney le 31 décembre 2021. (David Gray / AFP)
Illustration : des feux d'artifice remplissent le ciel de l'Opéra de Sydney le 31 décembre 2021. (David Gray / AFP)

Plus de 120 personnalités de l’industrie du spectacle ont signé une lettre ouverte contre le boycott d’un important festival culturel qui a débuté jeudi à Sydney, en Australie, après le retrait de 30 groupes et d’individus en raison d’un accord de parrainage conclu avec l’ambassade d’Israël.

Les signatures ont été apposées en bas de page d’une lettre ouverte publiée jeudi par la Communauté créative pour la paix. Les signataires y déclarent « que le mouvement de boycott culturel du festival de Sydney est un affront à la fois aux Palestiniens et aux Israéliens qui travaillent à faire avancer la paix par le compromis, l’échange et la reconnaissance mutuelle ».

« Bien que nous puissions tous avoir des opinions différentes sur le conflit israélo-palestinien et le meilleur chemin vers la paix, nous sommes tous d’accord pour dire qu’un boycott culturel n’est pas la solution », poursuit la lettre.

Elle cite des commentaires faits par le rockeur australien Nick Cave en 2018, dans lesquels il a déclaré : « Le boycott culturel d’Israël est lâche et honteux. »

« Israël est une démocratie réelle, vivante, qui fonctionne – oui, avec des députés arabes – et donc s’engager avec les Israéliens, qui votent, peut être plus utile que de faire fuir les artistes ou de fermer les moyens d’engagement. »

Nack Cave ne figure pas parmi les signataires de la nouvelle lettre.

Nick Cave a captivé son public de Tel Aviv, le 19 novembre 2017. (Autorisation d’Orit Pnini)

En début de semaine, 30 groupes, artistes individuels, compagnies et autres ont annulé leur participation ou ont refusé tout parrainage au Festival de Sydney 2022. Leur décision a été prise pour protester contre le financement d’un spectacle de danse par l’ambassade d’Israël en Australie.

« J’aime le festival et j’aime raconter des blagues, mais défendre les droits de l’homme et s’opposer à un système d’apartheid est plus important », a écrit le comédien australien Tom Ballard sur Twitter mardi pour annoncer qu’il se retirait.

« L’ambassade d’Israël collabore avec les institutions culturelles occidentales pour dépeindre Israël comme une démocratie libérale d’un côté tout en appliquant une occupation brutale et un apartheid de l’autre. C’est terminé », avait tweeté la veille le chanteur Marcus Whale pour annoncer lui aussi son retrait.

Dans un communiqué, les acteurs de la célèbre pièce « Sept méthodes pour tuer Kylie Jenner » ont eux expliqué se retirer « en solidarité avec la cause palestinienne » et les droits de tous les peuples indigènes à la « souveraineté et à la libération », qualifiant Israël de « colonie de peuplement oppressive ».

Ils ont également accusé les organisateurs du festival de ne pas avoir fourni un « espace culturellement sûr pour tous les artistes, les employés et le public ».

L’ambassade d’Israël en Australie a apporté 20 000 dollars australiens (soit 13 000 euros) à la création du spectacle de danse « Decadance », inspiré du travail du chorégraphe israélien Ohad Naharin et de la compagnie de danse de Tel Aviv, « Batsheva ».

Il a été présenté par la Compagnie de danse de Sydney le 6 janvier à l’Opéra de Sydney, comme prévu, et doit se poursuivre jusqu’au 9 janvier.

Sur le site web du festival, l’ambassade figure en tant que « partenaire vedette » en raison du parrainage.

Les artistes se sont retirés en réponse aux appels au boycott lancés par des groupes d’activistes arabes, pro-palestiniens et autres, a rapporté le Guardian mardi. Certains de ceux qui se sont retirés ont accusé Israël d’être un État d’apartheid envers les Palestiniens.

Des artistes au Festival de Sydney, en Australie, le 14 janvier 2021. (Crédit : Rick Rycroft/AP)

Certains acteurs du festival ont déclaré qu’ils y participeraient, mais à titre indépendant, et ont refusé d’être parrainés par le festival de Sydney – à l’image du Belvoir St Theatre qui a décidé de présenter son spectacle mais sans accepter de financement direct du festival.

Malgré tout, dans une déclaration publié mardi, le conseil d’administration du festival de Sydney a déclaré maintenir le spectacle parrainé par Israël et a exprimé « son respect pour le droit de tous les groupes de protester et de soulever des préoccupations ».

« Tous les accords de financement pour le festival actuel – y compris pour ‘Decadance’ – seront honorés, et les représentations auront lieu », a-t-il ajouté. « Dans le même temps, le conseil d’administration a également déterminé qu’il allait revoir ses pratiques en ce qui concerne le financement provenant de gouvernements étrangers ou de parties liées. »

Le Mouvement pour la justice palestinienne de Sydney a affirmé en décembre que le financement de l’ambassade israélienne avait été convenu en mai et a appelé au boycott, accusant le festival de contribuer « à la normalisation d’un État d’apartheid ».

Illustration : Un homme tient une pancarte lors d’un rassemblement en faveur du mouvement BDS à Albany New York, le 15 juin 2016. (Crédit : AP/Mike Groll)

Interrogé par le Guardian, l’ambassade avait alors répondu qu’Israël était « fier de soutenir et de participer à cet important festival qui présente des artistes et des spectacles de premier plan du monde entier ».

« La culture est un pont vers la coexistence, la coopération et le rapprochement et devrait être laissée en dehors de l’arène politique », a déclaré l’ambassade.

La Mouvement pour la justice palestinienne de Sydney a appelé à une manifestation qui devait se tenir en face de l’opéra de Sydney jeudi.

Le mouvement pro-palestinien Boycott, Désinvestissement et Sanctions dit vouloir mettre fin au contrôle par Israël des terres prises lors de la guerre des Six Jours en 1967 et à ce qu’il décrit comme une discrimination à l’encontre de la minorité arabe d’Israël. Il réclame également un « droit de retour » pour des millions de réfugiés palestiniens et leurs descendants sur les terres ancestrales qu’ils ont fui ou dont ils ont été expulsés lors de la guerre de 1948, pendant la création d’Israël.

Les responsables israéliens rejettent avec véhémence les accusations d’apartheid, et Israël et d’autres opposants à la campagne BDS affirment que celle-ci encourage l’antisémitisme et vise à délégitimer, voire à détruire Israël en tant qu’État juif.

Stuart Winer a contribué à la rédaction de cet article.

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