2 candidats disqualifiés pour le projet de la plus grande usine de dessalement
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2 candidats disqualifiés pour le projet de la plus grande usine de dessalement

Le comité n'aurait pas dû accepter les candidatures de l'IDE d'Yitzhak Tshuva et de Hutchison Water, car la qualité de l'eau avait été truquée dans une autre de leurs usines

Un ouvrier de l'usine de désalinisation Sorek A au sud de Tel Aviv, le 1er novembre 2015 (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)
Un ouvrier de l'usine de désalinisation Sorek A au sud de Tel Aviv, le 1er novembre 2015 (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)

Cette semaine, un tribunal a annulé la décision d’un comité gouvernemental destinée à autoriser les propriétaires d’une usine de dessalement existante, dont les employés ont falsifié des données sur la qualité de l’eau, de construire ce qui sera la plus grande station de dessalement d’Israël et l’une des plus grandes au monde.

Le juge Arnon Drael, du tribunal des affaires administratives de Jérusalem, a accepté une requête prétendant que le comité d’appel d’offres – mis en place conjointement par les ministères des Finances et de l’Énergie pour répondre aux appels d’offres en matière de dessalement – avait agi avec un manque de raison extrême en permettant à IDE Technologies et Hutchison Water, séparément, de passer à l’étape finale de l’appel d’offres pour la construction et l’exploitation de l’usine de dessalement de Sorek B malgré la fraude découverte à Sorek A. Le comité devra maintenant reconsidérer la question dans son ensemble.

L’IDE et Hutchison possédaient auparavant conjointement Sorek A.

Drael a également critiqué implicitement le comité d’appel d’offres pour s’être appuyé sur les conclusions d’une enquête du ministère de l’Énergie sur le trucage des chiffres, suggérant qu’il pourrait vouloir examiner plus en profondeur l’implication ou non des directeurs et actionnaires de l’usine de Sorek A dans cette ruse.

Le rapport du comité d’enquête, publié en septembre, a révélé que Sorek A, la plus grande usine de dessalement du pays à ce jour, avait permis que les niveaux de chlorure – le principal ingrédient du sel – dépassent quatre fois ce qui était spécifié dans son contrat de franchise, afin d’économiser 12 millions de shekels, (3 millions d’euros) avant la révélation de cette affaire.

L’usine de dessalement de Sorek A, située à environ 15 kilomètres au sud de Tel Aviv. L’usine est devenue opérationnelle en octobre 2013 avec une capacité de traitement d’eau de mer de 624 000 m³/jour, ce qui en fait la plus grande usine de dessalement du monde. Le 1er novembre 2015. (Yossi Zamir/FLASH90)

La plainte de lundi a été déposée par un troisième candidat pour Sorek B, qui n’est plus en lice, 4A Desalination. Il regroupe Allied Infrastructures, Afcon Holdings et Acciona Agua SA, un acteur majeur du dessalement international de l’eau.

4A Desalination avait demandé une audience d’urgence étant donné que la phase finale de l’appel d’offres était en cours, l’IDE et Hutchison préparant des offres concurrentes, sur la base desquelles le gouvernement choisirait le gagnant.

Les requérants soutenaient que la prétention de l’IDE et de Hutchison Water selon laquelle leur expérience à Sorek A était suffisante pour satisfaire aux conditions minimales de l’appel d’offres de Sorek B n’était pas raisonnable.

L’homme d’affaires israélien Yitzhak Tshuva prend la parole à la Conférence de l’énergie de Tel Aviv, le 27 février 2018 (Crédit : Flash90 )

IDE Technologies, détenue conjointement et à parts égales par ALFA Partners et Delek Group de Yitzhak Tshuva, détenait la franchise pour construire et exploiter Sorek A avec Hutchison Water. L’an dernier, IDE a vendu ses actions de Sorek A à Dan Capital Investments and Infrastructures Ltd, la société d’infrastructure de la compagnie d’autobus Dan, afin de respecter les règles antitrust et de pouvoir participer à l’appel d’offres pour financer, construire et exploiter Sorek B pendant 25 ans.

IDE et Hutchison Water détiennent toujours 50 % des parts de chacune des usines de dessalement de Hadera et Ashkelon.

Le moins cher devrait gagner

Le bureau du procureur du district de Jérusalem, qui représente le comité d’appel d’offres, a soumis un avis à la cour avertissant que parce que les offres de l’IDE et de Hutchson étaient beaucoup moins chères que celles du troisième concurrent, la victoire de 4A Desalination pourrait entraîner des coûts de l’eau plus élevés et nuire à l’intérêt public. Elle a également soutenu que le comité d’enquête avait exonéré les conseils d’administration de l’IDE et de Hutchison Water de toute responsabilité pour la fraude parce qu’aucun des deux n’avait été informé de ce qui se passait.

Photo d’illustration de la structure interne d’une usine israélienne de dessalement. (Crédit : Ben Sales/JTA)

La commission d’enquête, présidée par Udi Adiri, directeur général du ministère de l’Energie, avait constaté que les manigances de Sorek A avaient été « réalisées en pleine connaissance de cause de la direction de l’usine ».

Dans son rapport, le comité Adiri a appelé à une « application efficace et dissuasive » et à une « sanction financière importante » dans le cas de Sorek A, qui est passible d’amendes estimées à 46 millions de shekels (11,5 millions d’euros) en vertu de ses contrats avec l’Etat.

Par ailleurs, l’enquête du ministère a également pointé du doigt l’usine de Palmachim – dont les propriétaires ne sont pas liés à l’IDE ou à Hutchison Water – où il y a eu « des dizaines de cas » où les niveaux de chlorure ont dépassé les limites d’environ 20 %, un excès dissimulé derrière des rapports truqués. La commission a recommandé de renvoyer l’affaire de Palmachim aux « autorités d’exécution autorisées » pour enquête criminelle.

Le rapport reproche également à l’État de ne pas prendre suffisamment au sérieux ses propres responsabilités en tant que régulateur. Il n’avait pas eu recours à des outils tels que des contrôles aléatoires de la qualité de l’eau et des contrôles plus approfondis, et les fonctionnaires s’étaient « appuyés plus que nécessaire » sur la crédibilité des rapports des usines de dessalement, ne comparant pas les données fournies par ces usines avec celles provenant d’autres sources.

Palmachim et Sorek A sont toutes deux situées au sud de Tel Aviv, sur la côte méditerranéenne. Sorek B sera construite à côté de Sorek A.

Des visiteurs remplissent leurs verres avec de l’eau de mer traitée dans une usine de dessalement près de Hadera, en Israël.(Crédit : Shay Levy / Flash90)

Aujourd’hui, environ 585 millions de mètres cubes (205 millions de tonnes) d’eau dessalée par an (mcm/an) sont produits par cinq usines en Israël – environ 80 % de l’eau potable du pays. Sorek A fournit 150 mcm/pa, Hadera 127, Ashkelon 118, Palmachim 90 et Ashdod 100. Sorek B dessalera à terme 200 mcm/pa. D’autres usines sont également prévues dans l’ouest de la Galilée.

Hutchison Water fait également partie d’un consortium singapourien qui souhaite faire une offre pour un grand projet visant à acheminer l’eau de la mer Rouge vers une usine de dessalement en Jordanie et à acheminer le sous-produit salin vers la mer Morte pour enrayer son assèchement.

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