Israël en guerre - Jour 256

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Le Carnet du journaliste

A Ramallah, des Palestiniens prudents après la reconnaissance de leur état par 3 pays

Les résidents se réjouissent de cette avancée diplomatique mais insistent sur la nécessité d'exercer des pressions sur Israël en vue d'une solution à deux États, que ce soit de la part des États-Unis, des pays arabes ou des tribunaux internationaux

Une vue de la place Basher al-Barghouthi à Ramallah, le 23 mai 2024. (Crédit : Gianluca Pacchiani/Times of Israel)
Une vue de la place Basher al-Barghouthi à Ramallah, le 23 mai 2024. (Crédit : Gianluca Pacchiani/Times of Israel)

RAMALLAH — Nous sommes jeudi. Au lendemain du jour où la Norvège, l’Espagne et l’Irlande ont annoncé leur reconnaissance de l’état de Palestine. Certains résidents de Ramallah reconnaissent que cette avancée – aussi modeste soit-elle – est positive et qu’elle ne peut qu’aider à réaliser leur objectif : celui d’avoir enfin droit à leur propre État indépendant.

« C’est ce qu’Israël ne veut pas », déplore Nidal Foqaha, directeur de la Coalition pour la Paix Palestinienne, une organisation partenaire de l’Initiative de Genève, dont le siège est à Tel Aviv. Il note la réaction de l’État juif à cette annonce, avec le rappel des ambassadeurs israéliens qui étaient stationnés à Oslo, à Dublin et à Madrid – ce qui indique que le pays a été profondément touché par cette nouvelle pression diplomatique.

« En fin de compte, ces reconnaissances ne rendront pas la réalité de demain totalement différente », dit Foqaha, installé dans son bureau de Ramallah, au Times of Israel . « Mais nous avons besoin d’un plus grand nombre de reconnaissances de la part des pays du monde, et ce, afin de trouver un arrangement qui mettra un terme au conflit israélo-palestinien ».

La vague qui a été déclenchée par les trois pays européens, la semaine dernière, entraînera probablement un effet domino. D’autres États-membres de l’Union européenne – avec parmi eux la Slovénie, Malte, la Belgique – ont annoncé qu’ils pourraient leur emboîter le pas dans un avenir proche. Foqaha prédit, pour sa part, qu’ils seront aussi rejoints par des pays d’Extrême-Orient, comme le Japon et la Corée du sud, et il estime qu’un large front diplomatique qui se formerait en soutien à un état palestinien aurait un impact sur la politique américaine.

Néanmoins, les Palestiniens rencontrés dans la rue semblent être divisés concernant l’impact à long-terme de l’initiative diplomatique prise par les trois pays, mercredi. Leurs témoignages sont rapportés ici sous couvert d’anonymat.

Un chauffeur de taxi évoque ainsi une avancée « immense », affirmant qu’Israël et les États-Unis continuent à dépeindre les Palestiniens comme des terroristes « alors qu’en réalité, nous sommes des êtres humains qui adorons la vie ».

Toutefois, dit-il, un réel changement ne pourra se concrétiser que lorsque les États-Unis feront la démarche de reconnaître un état palestinien, laissant entendre que l’État juif ne répond qu’aux pressions exercées sur Washington.

« Israël est fondamentalement un état américain », affirme-t-il.

Nidal Foqaha, directeur de la Coalition pour la Paix Palestinienne, une organisation partenaire de l’Initiative de Genève, dont le siège est à Tel Aviv et co-président la Coalition pour la Solution à deux États dans son bureau de Ramallah, le 23 mai 2024. (Crédit : Gianluca Pacchiani/Times of Israel)

Des coûts réduits et des bénéfices plus élevés

Foqaha, l’activiste, est le co-président de la Coalition pour la Solution à deux États, une alliance constituée de 22 organisations israéliennes et palestiniennes issues de la société civile. Il indique que les pressions diplomatiques qui sont actuellement exercées sur Israël sont une opportunité à saisir et il note que l’action sur le front diplomatique présente « des coûts réduits et des bénéfices plus élevés » pour les Palestiniens par rapport au prix qui serait à payer dans le cadre d’une action militaire.

« De telles initiatives diplomatiques sont une alternative viable à ce que les extrémistes proposent aujourd’hui ici, en Cisjordanie, ou dans la bande de Gaza », explique-t-il, « alors que le gouvernement israélien s’efforce d’imposer une réalité, en Cisjordanie et à Gaza, qui détruira toutes les chances d’une solution à deux états à l’avenir ».

Foqaha déclare que l’idée même de chercher des soutiens en faveur de la reconnaissance diplomatique a gagné du terrain au sein de la population palestinienne, en l’absence de négociations directes entre Jérusalem et Ramallah et face également à l’absence de volonté, du côté israélien, de faire des concessions quelles qu’elles soient à l’Autorité palestinienne.

« N’oublions pas que sans la reconnaissance des pays du monde, en 1948, il est probable que l’État d’Israël ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui », fait remarquer Foqaha.

« Il y a un nombre de plus en plus grand de Palestiniens qui croient dans le rôle qui est susceptible d’être tenu par la communauté internationale, qui croient dans la voie diplomatique – que ce soit celle de la Cour pénale internationale, de la Cour internationale de Justice ou des Nations unies – et qui croient dans ces reconnaissances individuelles qui produisent des avancées », ajoute-t-il, faisant référence aux poursuites intentées contre les dirigeants israéliens à la CPI ou à la requête déposée par l’Afrique du sud devant la Cour mondiale, une requête où Pretoria accuse Jérusalem de génocide dans le cadre de la guerre à Gaza.

Un membre des forces de sécurité palestiniennes pose derrière le tombeau du leader palestinien défunt Yasser Arafat au musée Yasser Arafat de Ramallah, le 23 mai 2024. (Crédit : Gianluca Pacchiani/Times of Israel)

Le manque de confiance des deux côtés

Foqaha maintient que les Palestiniens n’ont aucune confiance dans les négociations menées avec le gouvernement israélien qui, selon lui, a tenté « de les mener à la faillite » par le biais des décisions prises par le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, lorsqu’il a cessé de transférer les fonds collectés par Israël pour le compte de l’Autorité palestinienne au titre des taxes. « C’est notre argent, ce n’est pas le leur », s’exclame-t-il.

« Le gouvernement israélien actuel veut transposer le modèle de la bande de Gaza à la Cisjordanie. Plus il y aura des incursions, de la pauvreté et du chômage, plus les résidents d’implantation seront présents en Cisjordanie, plus il y aura de réactions de la part des Palestiniens. Plus il y aura d’extrémisme », explique Foqaha.

Un résident de Ramallah estime, de son côté, que rien ne changera dans les territoires palestiniens après la reconnaissance par la Norvège, l’Irlande et l’Espagne d’un état palestinien – mais il ajoute que cette initiative pourrait faire évoluer la situation à l’étranger de manière significative, les pays demandant de manière croissante à Israël de rendre des comptes pour ses politiques à la tribune des forums et dans les tribunaux internationaux.

« Mais les vraies pressions doivent être exercées par les États arabes », ajoute l’homme. « Un si grand nombre d’entre eux ont tissé des liens avec Israël, ouvertement ou plus discrètement, et n’ont rien demandé en retour. »

« Israël a pris l’habitude de tout obtenir sans devoir faire de concession », estime-t-il.

Le président américain de l’époque, Donald Trump, au centre, avec, de gauche à droite, le ministre des Affaires étrangères de Bahreïn, Khalid ben Ahmed al-Khalifa, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, Trump et le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, Abdallah ben Zayed al-Nahyan, lors de la cérémonie de signature des Accords d’Abraham sur la pelouse sud de la Maison Blanche, le 15 septembre 2020, à Washington. (Crédit : Alex Brandon/AP)

Un autre homme qui vit entre Ramallah et Jérusalem déclare, lui aussi, qu’il considère cette initiative diplomatique comme relativement mineure tant que continueront « l’occupation » de la Cisjordanie et la guerre à Gaza.

« Le réel problème est l’injustice », explique l’homme. « Je n’ai pas de problème avec les Juifs », continue-t-il, faisant remarquer qu’il travaille avec des Israéliens à Jérusalem, « mais le réel problème, ce sont les sionistes extrémistes qui volent les terres des Palestiniens, qui les harcèlent et qui détruisent leur gagne-pain ».

Il ne voit pas de solution diplomatique possible émanant de la communauté internationale – disant avec fatalisme que le sort qui sera réservé à son peuple est entre les mains « de notre seigneur ».

Le jeune gérant d’un restaurant populaire, dans le quartier branché de Ramallah, déclare que la décision qui a été prise par les trois pays européens est « un moyen de pression exercé sur Israël en faveur de l’arrêt de la guerre » et il pense qu’elle ouvrira la voie à la reconnaissance d’un état palestinien de la part de tous les pays de l’Union européenne, ce qui amènera Israël à s’inquiéter « de sa mauvaise réputation ».

« Nous, les Palestiniens, nous avons consenti à de nombreux sacrifices à Gaza ou à Jénine », poursuit l’homme qui fait référence ici à l’opération militaire israélienne qui a eu lieu au début de la semaine dans cette ville du nord de la Cisjordanie, un raid qui aurait fait douze morts – de nombreux morts qui, selon les organisations terroristes, appartenaient à leurs rangs. « Espérons que les Israéliens changeront d’attitude à notre égard. Espérons que l’Espagne, la Norvège et l’Irlande amèneront d’autres populations à nous reconnaître également ».

Un restaurant du quartier chic de Ramallah, Al-Tireh, le 23 mai 2024. (Crédit : Gianluca Pacchiani/Times of Israel)

Foqaha, l’activiste pour la paix, partage le même désir que le manager de ce restaurant, faisant part de son espoir que les pressions internationales nuiront, à terme, à l’image d’Israël à l’international.

« Ce sont aux Israéliens de prendre une décision. S’ils veulent rappeler leur représentation [l’ambassadeur] dans tous les pays qui reconnaissent l’état de Palestine, ils n’auront plus aucune représentation nulle part à un moment donné », indique Foqaha.

« Vous savez, le monde est en train de changer. Et la réalité, aujourd’hui, s’agissant de la manière dont le monde regarde les Palestiniens, c’est qu’il voit que nous existons et que nous méritons notre état, » déclare-t-il.

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