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Accusation de « sionisme » : Des auteurs français n’iront pas à un festival au Liban

Eric-Emmanuel Schmitt, Tahar Ben Jelloun, Pascal Bruckner et Pierre Assouline ont décidé de ne pas participer à Beyrouth Livres après les propos du ministre libanais de la Culture

Le Salon du livre francophone de Beyrouth. (Crédit : facebook.com/SalondulivrefrancophoneBeyrouth)
Le Salon du livre francophone de Beyrouth. (Crédit : facebook.com/SalondulivrefrancophoneBeyrouth)

Des auteurs français de renom ont renoncé à participer à un festival littéraire organisé par la France au Liban qui s’ouvre mercredi, à la suite d’accusations de « sionisme », mais l’événement est maintenu, ont annoncé les organisateurs.

Une centaine d’auteurs francophones du monde entier prennent part à Beyrouth Livres, une manifestation culturelle inédite au cours de laquelle les quatre finalistes du prix Goncourt 2022 doivent être annoncés depuis la capitale libanaise.

Mais quatre membres du prestigieux Goncourt (Eric-Emmanuel Schmitt, Tahar Ben Jelloun, Pascal Bruckner et Pierre Assouline) ont décidé de ne pas participer à cet événement, selon la même source.

« Certains auteurs se sont désistés en raison de la situation sécuritaire dans le pays, et d’autres pour des raisons personnelles », ont indiqué les organisateurs.

Le ministre libanais de la Culture, Mohammad Mourtada, proche du mouvement chiite Amal, avait accusé le 8 octobre certains auteurs participant au festival, sans les nommer, de soutenir « le sionisme », avant de retirer son communiqué des réseaux sociaux.

M. Mourtada, dont la formation est alliée au puissant mouvement terroriste du Hezbollah, pro-iranien, ennemi juré d’Israël, n’avait pas précisé à quels auteurs il faisait allusion. Mais il avait affirmé qu’il « ne permettrait pas à des sionistes de venir parmi nous et de répandre le venin du sionisme au Liban ».

Des combattants du Hezbollah brandissent le drapeau de leur groupe devant une statue du général iranien Qassem Soleimani et lui prêtent serment d’allégeance, lors d’une cérémonie marquant le deuxième anniversaire de son assassinat, dans la banlieue sud de Beyrouth, au Liban, le 4 janvier. 2022. (Crédit : AP Photo/Hussein Malla)

L’écrivain français d’origine libanaise Sélim Nassib a annoncé dans un communiqué qu’il renonçait également à participer au festival, affirmant que les propos du ministre l’avaient « profondément dégoûté ».

M. Nassib devait présenter son dernier roman, Le Tumulte, dont le héros est né à Beyrouth dans une famille juive.

Mercredi, le quotidien Al-Akhbar, proche du Hezbollah, a publié un article se félicitant du désistement des auteurs, sous le titre : « Beyrouth tient tête aux sionistes. »

« Le ministère de la Culture nous a assurés de son soutien complet pour l’organisation de ce festival qui a pour but de remettre en valeur le rôle de Beyrouth comme capitale culturelle », a déclaré à l’AFP Sabine Sciortino, directrice de l’Institut français du Liban qui organise l’événement.

« La programmation ambitieuse du festival se maintient », a-t-elle souligné. « L’académie Goncourt nous a assuré qu’elle allait honorer l’engagement pris, le président Didier Decoin se déplacera à Beyrouth pour annoncer les finalistes du prix », le 25 octobre.

Le Liban et Israël sont techniquement en état de guerre et des campagnes ciblent régulièrement des auteurs accusés de « normalisation ». En 2016, le prestigieux auteur franco-libanais Amin Maalouf, lauréat du prix Goncourt, avait été la cible d’une campagne au Liban pour avoir accordé une interview à un média israélien.

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