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Après 5 ans d’attente, un Juif converti américain devient enfin citoyen israélien

David Ben Moshe, né David Bonett, a déposé sa première demande de citoyenneté en 2018 et a depuis bataillé avec l'univers inflexible de la bureaucratie israélienne

Judah Ari Gross est le correspondant du Times of Israël pour les sujets religieux et les affaires de la Diaspora.

David Ben Moshe tenant son visa d'immigrant nouvellement reçu, dans l'un des bureaux de l'Autorité de la Population et de l’Immigration, le 12 janvier 2023. (Crédit : David Ben Moshe)
David Ben Moshe tenant son visa d'immigrant nouvellement reçu, dans l'un des bureaux de l'Autorité de la Population et de l’Immigration, le 12 janvier 2023. (Crédit : David Ben Moshe)

David Ben Moshe, un Afro-Américain converti au judaïsme, a obtenu la citoyenneté israélienne jeudi, mettant fin à une lutte de cinq ans contre la bureaucratie, l’inefficacité et une supposée bigoterie.

« Je me sens incroyablement bien aujourd’hui », a déclaré Ben Moshe au Times of Israel, juste après avoir reçu les documents officiels confirmant son statut de nouvel immigrant – oleh hadash.

« J’ai souffert d’avoir été puni et traîné dans un processus injuste pendant cinq ans. Mais, c’est enfin terminé. Et maintenant, je peux commencer à construire ma vie en Israël avec ma femme, mes deux enfants et – beezrat Hashem [avec l’aide de Dieu] – nous aurons d’autres enfants », a-t-il déclaré.

Ben Moshe, né David Bonett, a été élevé dans un foyer chrétien de l’État du Maryland. Jeune homme, il a été impliqué dans un trafic de drogue à Baltimore. En 2010, il a été reconnu coupable et condamné à 30 mois de prison pour trafic de drogue et d’armes à feu. Pendant son séjour en prison, il s’est intéressé au judaïsme, après avoir vu un autre détenu étudier un texte en hébreu.

Lorsqu’il a été libéré, il s’est adressé à un rabbin orthodoxe de Baltimore, le rabbin Etan Mintz de la synagogue Bneï Israel, pour demander à se convertir. Il a achevé sa conversion – et obtenu une licence à l’université de Towson – en 2017. Peu après, il est venu en Israël pour étudier à l’Institut Pardes de Jérusalem, un programme éducatif pluraliste. Il y a rencontré Tamar Gesser, qui deviendra plus tard sa femme.

« J’ai trouvé Hachem en prison », a-t-il déclaré, en utilisant un terme en hébreu pour désigner Dieu. « Devenir juif a littéralement changé ma vie pour le mieux. »

David Ben Moshe, son épouse Tamar et leurs deux enfants. (Crédit : David Ben Moshe)

Ben Moshe, 35 ans, a d’abord demandé la citoyenneté israélienne en mai 2018 mais a été refoulé, l’Autorité de la Population et de l’Immigration ayant cité son casier judiciaire ainsi que des questions techniques concernant sa conversion. (Pour son mariage en 2018, sa conversion avait été validée par le Grand-Rabbinat d’Israël, qui a tendance à être beaucoup plus strict sur ces questions que le ministère de l’Intérieur, ce qui rend les objections du bureau d’autant plus incompréhensibles).

Depuis lors, il vit en Israël avec des visas d’étudiant et de travail, qu’il doit renouveler chaque année, ce qui le laisse parfois dans un flou kafkaïen alors que ses appels auprès du ministère de l’Intérieur suivent leur cours dans le système. Cette situation l’a privé des soins de santé fournis par l’État, a rendu difficile l’enregistrement officiel de son mariage, et l’a laissé se battre bec et ongles contre une bureaucratie inflexible. Ben Moshe dit que certains fonctionnaires du ministère lui ont dit qu’il n’avait pas « l’air d’un converti » et que son judaïsme avait été remis en question.

En signe de protestation, Ben Moshe a entamé l’année dernière une grève de la faim. Avec l’aide du groupe de défense des droits religieux orthodoxes ITIM, Ben Moshe a fini par négocier un accord avec le ministère de l’Intérieur, qui a accepté en janvier 2022 de lui accorder la citoyenneté le 1er janvier 2023, en ajoutant une année tampon supplémentaire pour prouver qu’il n’avait pas repris d’activité criminelle.

La semaine dernière, David Ben Moshe a pris rendez-vous pour demander la citoyenneté au bureau de l’Autorité de la Population et de l’Immigration de Beer Sheva, où il vit désormais, le jeudi à 8 heures du matin, pour se heurter une fois de plus à une bureaucratie exaspérante et inefficace.

David Ben Moshe, à droite, avec son épouse Tamar et leurs deux enfants lors d’une randonnée en Israël. (Crédit : David Ben Moshe)

« J’y suis allé accompagné de mon avocat. Quand nous avons essayé d’entrer, ils nous ont dit que ‘nous nous étions trompés de rendez-vous, et que nous devions venir la semaine d’après' », a raconté Ben Moshe.

Après avoir plaidé sa cause devant deux responsables et un employé du bureau, à 9h30, il a été autorisé à entrer dans le bureau de l’Autorité de la Population et de l’Immigration, mais il a dû attendre encore une heure et demie car son rendez-vous de 8 heures était passé depuis longtemps.

Une fois qu’il s’est enfin assis, l’employé a rapporté son dossier, qui, après presque cinq ans, faisait « environ 10 cm d’épaisseur », et lui a dit qu’il devait à nouveau remplir une longue demande d’immigration, bien qu’il l’ait déjà fait à maintes reprises, dans le passé.

Son avocat et lui-même se sont levés pour partir, prévoyant qu’il faudrait au moins plusieurs jours, voire des semaines, pour recevoir une réponse, mais ils ont été agréablement surpris d’apprendre que ce serait beaucoup plus rapide que prévu.

« ‘Cela prendra une demi-heure ou une heure. Nous allons l’envoyer au siège de suite’, nous ont-ils dit », a raconté Ben Moshe.

« Nous nous sommes assis pour attendre. Je lisais l’autobiographie de Martin Luther King, Jr. lorsqu’ils sont venus nous voir et nous ont dit que ‘le siège les avait contactés et que j’avais été approuvé' », a-t-il continué.

Pour l’instant, Ben Moshe a un document de citoyenneté temporaire – un visa d’immigrant apposé dans son passeport américain. D’ici une semaine ou deux, il devrait recevoir sa carte d’identité permanente – ou teoudat zehout.

Ben Moshe a déclaré cette semaine qu’il était encore sous le choc de la bonne nouvelle.

« Je suis toujours… Je ne sais toujours pas comment réagir », a-t-il dit. « C’est comme si tout mon monde avait changé. J’aime tellement Israël. Je veux faire partie de l’État juif. »

Le rabbin Seth Farber, directeur de l’ITIM, a déclaré que le cas de Ben Moshe était incroyable, tant son parcours personnel que la longue bataille juridique pour sa citoyenneté, mais que le résultat était « glorieux ».

« L’histoire de David défie l’imagination, mais c’est finalement une histoire de repentir et de rédemption », a déclaré Farber au Times of Israel. « Au cours des années où l’ITIM a représenté David, il y a eu beaucoup de hauts et de bas, mais nous n’avons jamais perdu la foi que justice serait rendue et que l’État d’Israël embrasserait pleinement David et sa famille. »

Le rabbin Seth Farber, directeur de l’ITIM. (Autorisation)

Farber, dont le travail l’amène souvent à se heurter au ministère de l’Intérieur, a déclaré qu’il était lui aussi encore émerveillé par le fait que le gouvernement ait tenu sa promesse d’accorder la citoyenneté à Ben Moshe cette année.

« Je ne sais même pas quoi faire maintenant qu’ils ont dit oui. Je suis heureux de leur reconnaître le mérite », a-t-il déclaré, en faisant l’éloge de Ronit Elian, cheffe de la division des visas de l’Autorité de la Population et de l’Immigration.

« L’ITIM continuera à défendre les intérêts des plus de 4 000 personnes qui se tournent vers nous chaque année et à œuvrer pour qu’Israël soit plus respectueux et plus sensible aux besoins du peuple juif », a-t-il ajouté.

Le rabbin Dov Lipman, dont l’organisation Yad LeOlim a également aidé Ben Moshe en arrière-plan, a également salué la bonne nouvelle.

« Je suis très heureux pour David. Le processus a été très difficile, mais sa foi n’a jamais faibli. À Yad LeOlim, nous avons fait tout notre possible pour influencer les ministres et les autorités gouvernementales concernés et nous continuerons à le faire pour tous les candidats à l’immigration qui rencontrent des difficultés dans leur processus d’alyah », a-t-il déclaré.

L’une des premières actions de Ben Moshe en tant que citoyen israélien sera de quitter le pays. Lui et sa famille prévoient de se rendre aux Etats-Unis pour une tournée de conférences, a-t-il dit, où il rencontrera différentes communautés – juives et afro-américaines – pour discuter d’Israël, de l’antisémitisme et des liens entre Noirs et Juifs.

« Mon projet est de construire ma vie en Eretz Yisrael (la Terre d’Israël) et de continuer à donner au peuple juif. J’ai d’ailleurs prévu un voyage le mois prochain. Nous irons aux États-Unis pour parler d’Israël, pour dire aux gens que, oui, c’est un pays imparfait – je suis le premier à dire ce qu’il fait de mal – mais ce n’est pas parce que notre gouvernement fait parfois de mauvaises choses que ce n’est pas un endroit où il fait bon vivre. Ça reste un endroit extraordinaire », a-t-il déclaré.

« Et je parlerai des relations entre Noirs et Juifs ; j’essaierai de tisser des liens entre les deux communautés dont je fais partie. »

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