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Interview

Ariel Stachel, acteur « Arabe juif » adresse un message sur l’antisémitisme à Zohran Mamdani

Lauréat d'un Tony Award, l'artiste explore sur scène et en ligne l’antisémitisme et la complexité de son identité juive yéménite, ashkénaze et israélo-américaine

Ariel Stachel est l’auteur et la vedette de « Out of Character », un spectacle solo présenté au Unicorn Theater du Berkshire Theatre Group à Stockbridge, dans le Massachusetts, jusqu’au 26 juillet 2025. (Crédit : Clean Carlough/JTA)
Ariel Stachel est l’auteur et la vedette de « Out of Character », un spectacle solo présenté au Unicorn Theater du Berkshire Theatre Group à Stockbridge, dans le Massachusetts, jusqu’au 26 juillet 2025. (Crédit : Clean Carlough/JTA)

STOCKBRIDGE, Massachusetts (JTA) – Au moment fort de son spectacle solo Out of Character, l’acteur Ariel Stachel se décrit comme « un acteur yéménite, israélien, ashkénaze, juif, américain et anxieux ».

C’est cette identité complexe qui l’a propulsé sur le devant de la scène, notamment après avoir remporté un Tony Award pour son rôle de trompettiste égyptien dans The Band’s Visit, une comédie musicale à succès de 2018 située dans une ville isolée d’Israël. Cette identité a aussi fait l’objet de critiques, parfois bienvenues selon lui. Plusieurs critiques et collègues acteurs ont estimé qu’un Juif ne devrait pas incarner un Arabe. Stachel raconte avoir été renvoyé en 2021 d’une autre comédie musicale, The Visitor, après avoir contesté la manière dont son personnage syrien était représenté.

Aujourd’hui, il puise dans ses identités multiples pour nourrir une série de représentations d’un mois dans le Berkshire, troisième version d’un spectacle qu’il espère voir un jour monté à Broadway. Il s’exprime également sur son compte Instagram très actif, où il prend clairement position sur l’antisémitisme et l’invisibilité des Juifs non blancs.

Fin juin, il a rassemblé ces thématiques dans une vidéo adressée à Zohran Mamdani, candidat démocrate à la mairie de New York, qui, selon de nombreux Juifs et leurs alliés, ne comprend pas pourquoi les Juifs se sentent menacés par la rhétorique anti-Israël de plus en plus virulente depuis le 7 octobre.

« Zohran, je suis comme toi. J’ai 33 ans, je suis une personne de couleur, j’adore New York, et la plupart des gens ne savent pas prononcer mon nom », explique Stachel (dont le nom rime avec « satchel »). Il dit à Mamdani qu’il se réjouit à l’idée que New York puisse bientôt avoir son premier maire musulman, mais évoque aussi le sentiment d’exclusion et de rejet qu’il ressent en tant que Juif dont le père est israélien.

« Ce qui est inquiétant, c’est que dans certains milieux, l’antisémitisme n’est pas perçu comme une forme de haine, mais présenté comme une quête de justice », explique-t-il. « Les attaques contre les Juifs ne sont pas condamnées, elles sont célébrées, considérées comme une réponse légitime à un gouvernement situé à des milliers de kilomètres. »

Il appelle Mamdani à « dénoncer explicitement tous ses partisans qui sont ouvertement antisémites » et à « créer une coalition de Juifs et de musulmans de toutes origines, de toutes couleurs de peau, qui croient en un New York appartenant à chacun, sans exception ».

La vidéo a recueilli plus de 56 000 likes et 7 000 commentaires.

Dans une interview accordée après une représentation de Out of Character au Unicorn Theatre du Berkshire Theatre Group, Stachel a déclaré ne pas avoir reçu de réponse du bureau de Mamdani. Il estime néanmoins que ses propres origines – il se qualifie lui-même « d’Arabe juif », bien que ce terme déconcerte à la fois certains Juifs et certains Arabes – lui confèrent une perspective particulière, que les Juifs « perçus comme blancs » ne peuvent toujours faire valoir dans le contexte actuel, marqué par une polarisation des discours sur la race et l’identité.

« Je reconnais bénéficier dans ce pays d’un privilège intersectionnel, en ce sens que je suis également perçu comme une personne de couleur. Et dans la culture actuelle, tout le monde s’accorde à dire que les personnes de couleur sont opprimées », explique Stachel. « J’ai donc tenté de trouver un équilibre délicat, en disant : ‘Écoutez, je défends tous les Juifs, et j’utiliserai ma voix, en tant que personne de couleur, pour m’exprimer et obliger les gens à écouter ceux qu’ils considèrent comme des Juifs blancs.’ »

Selon lui, Mamdani a la responsabilité d’aider ses partisans à mieux comprendre la complexité des identités juive et israélienne.

« Je pense que nous sommes un peuple multiculturel, et c’est une autre raison pour laquelle je me décris comme un Arabe juif », dit-il. « Nous sommes beaucoup de choses à la fois. Nous formons une tribu unique, mais très vaste. Et si je ne prends pas la parole, ce n’est pas que personne d’autre ne le fera, mais j’ai un peu plus de capital symbolique – en tant que Juif de couleur – et j’ai l’intention d’en faire usage pour défendre les miens. »

Ariel Stachel pose dans la salle de presse avec le prix du meilleur acteur dans une comédie musicale pour « The Band’s Visit » lors de la 72e cérémonie des Tony Awards au Radio City Music Hall, le dimanche 10 juin 2018, à New York. (Crédit : Evan Agostini/Invision/AP)

Out of Character, qu’il a commencé à écrire en 2018, dépeint les efforts souvent tortueux de Stachel pour réconcilier les différentes facettes de son identité, tout en luttant contre des troubles anxieux diagnostiqués dans son enfance. Le spectacle débute la nuit où il remporte le Tony Award du meilleur second rôle, lorsqu’au lieu de célébrer, il s’est réfugié dans les toilettes pour hommes pour échapper à la foule d’admirateurs. Il se termine quelques mois après le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas dans le sud d’Israël le 7 octobre 2023, un événement après lequel Stachel s’est senti obligé de prendre la parole pour défendre les victimes des attaques et dénoncer les manifestations anti-Israël qui dégénéraient trop souvent en antisémitisme.

Entre ces deux événements, il revisite ses tentatives parfois maladroites, drôles ou douloureuses de construire son identité dans un monde qui ne savait pas comment situer un enfant juif ne correspondant pas au stéréotype ashkénaze. Après les attentats du 11 septembre 2001, il est la cible de moqueries à caractère anti-arabe. Au lycée, il tente de se faire passer pour noir. Pendant des années, il prétend que son père, un Juif yéménite à l’accent israélien prononcé et à la barbe rappelant celle d’Oussama ben Laden, n’est pas son véritable père.

« Beaucoup de mes difficultés pendant mon enfance étaient liées à mon apparence physique », explique-t-il. « Si je n’avais pas grandi dans une famille de penseurs et de physiciens ashkénazes [côté maternel], aurais-je écrit cette pièce ? Peut-être pas, mais là, c’est une autre histoire. »

Étudiant à l’université de New York, il a rejoint MENASA, un groupe d’acteurs originaires du Moyen-Orient, d’Afrique du Nord et d’Asie du Sud. Il y décrit des réunions animées, au cours desquelles les membres débattent avec ferveur de qui jouera quels rôles, surtout après avoir appris que les producteurs de The Band’s Visit recherchaient des acteurs « de couleur » pour incarner les personnages égyptiens.

Stachel raconte que ces discussions ont continué pendant le processus d’audition, lorsque son agent lui a confié que, malgré ses origines israéliennes, il ne serait pas envisagé pour jouer un personnage juif. Une décision qu’il juge « inexacte d’un point de vue dramaturgique », soulignant que la majorité des Juifs vivant dans des villes périphériques comme celle dépeinte dans la pièce sont probablement originaires d’Afrique du Nord ou de pays musulmans.

Ariel Stachel est l’auteur et la vedette de « Out of Character », un spectacle solo présenté au Unicorn Theater du Berkshire Theatre Group à Stockbridge, dans le Massachusetts, jusqu’au 26 juillet 2025. (Crédit : Clean Carlough/JTA)

Après avoir été acclamé pour son interprétation de Haled, un coureur de jupons, Stachel est choisi pour jouer dans The Visitor, une pièce inspirée du film de 2008 sur la sévérité des politiques d’immigration américaines après le 11 septembre. La production avait été annoncée en pleine période de débats sur la race et la représentation à la suite du meurtre de George Floyd. Des critiques avaient été émises sur le fait que la pièce serait centrée sur un homme blanc, et la presse spécialisée avait rapporté que Stachel était mécontent du traitement de son personnage, un immigré syrien disparu dans un centre de détention de l’ICE.

À l’époque, le Public Theater et Stachel avaient annoncé s’être séparés « d’un commun accord ». Dans Out of Character, l’acteur parle clairement d’un licenciement. « C’était la deuxième fois que j’incarnais un personnage arabe, et j’ai estimé que le rôle n’était pas abordé avec délicatesse ni authenticité. J’ai réagi d’une manière qui n’a pas plu à tout le monde », a expliqué Stachel en début de semaine.

Depuis, il est apparu régulièrement dans Law & Order : Special Victims Unit et joué dans le thriller Don’t Worry Darling d’Olivia Wilde, sorti en 2022, où il a rencontré sa fiancée, l’actrice Kiki Layne.

Avec Out of Character, dans lequel il incarne une quarantaine de personnages, Stachel espère faire son retour à Broadway. « Cette pièce, c’est ma carrière en ce moment », confie-t-il.

Le spectacle lui donne aussi la liberté de s’exprimer publiquement d’une manière qu’il aurait peut-être évitée en dehors de la scène, notamment depuis le 7 octobre. Il raconte avoir écrit une grande partie de la pièce au Qahwah House, un café yéménite de Brooklyn, où « ils me considèrent comme un frère », dit-il.

Depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas, cependant, « je ne me sentais pas vraiment à l’aise de dire que j’étais juif, et ça ne me plaît pas. Je me sens donc un peu plus libre de m’exprimer sur scène ou dans une tribune publique que dans mes échanges personnels, parce que le contrat sur scène ou sur les réseaux sociaux est à peu près le suivant : ‘Vous allez m’écouter. Je n’ai pas vraiment besoin de voir votre réaction après ce que je dis, mais j’ai besoin de le dire.’ »

Ce n’est pas la première fois qu’il parvient à dire sur scène ce qu’il n’ose pas exprimer dans ses échanges personnels. Dans le spectacle, il rejoue un exercice de théâtre suivi à l’université de New York, où un professeur avait mis les étudiants au défi d’exprimer leur vérité la plus profonde. Stachel avait alors chanté Lekha Eli (« À toi, mon Dieu »), un chant traditionnel juif yéménite dont les paroles en hébreu et la mélodie d’inspiration arabe incarnent sa propre identité hybride.

Rachel Prather, Etai Benson et Ariel Stachel dans la reprise, à Broadway, de ‘The Band’s Visit.’ (Crédit : Matthew Murphy)

Lorsqu’on lui demande s’il hésite à mettre en avant son identité juive à un moment où certains artistes et écrivains juifs se sentent marginalisés et surveillés, Stachel a répondu que « cela ne le préoccupe pas »

« J’ai passé tellement de temps à me taire et à compartimenter mon identité que je me fiche littéralement de perdre des rôles. Je pense que cette pièce pourrait être pour moi un tremplin vers une plus grande implication politique », affirme-t-il.

Il ajoute que les réactions à sa vidéo adressée à Mamdani ont été globalement positives quant à sa volonté de rapprocher les communautés, même si certains lui ont reproché de se qualifier « d’Arabe », d’autres de soutenir le sionisme, et d’autres encore ont exprimé leur désillusion face à l’idée que Mamdani puisse un jour écouter des Juifs inquiets comme lui.

« Les réactions à cette vidéo de Mamdani sont vraiment très fortes », affirme Stachel. « Je ne sais donc pas où cela va me mener, mais je sais simplement que cela me semble juste et vrai, et je vais poursuivre dans cette voie. »

Out of Character, écrit et interprété par Ariel Stachel et mis en scène par Tony Taccone, est à l’affiche du Unicorn Theatre à Stockbridge, dans le Massachusetts, jusqu’au samedi 26 juillet.

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