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Au nord d’Israël, les secouristes du MDA enchaînent les gardes sous les roquettes du Hezbollah

Druzes, chrétiens et juifs, les bénévoles du Magen David Adom soignent les blessés 24 h près de la frontière libanaise, et prient pour que cette guerre soit la dernière

Des personnes blessées lors d’une frappe de missile du Hezbollah sur Kiryat Shmona arrivent à l’hôpital Ziv à Safed, dans le nord d’Israël, le 23 mars 2026. (Crédit : David Cohen/Flash90)
Des personnes blessées lors d’une frappe de missile du Hezbollah sur Kiryat Shmona arrivent à l’hôpital Ziv à Safed, dans le nord d’Israël, le 23 mars 2026. (Crédit : David Cohen/Flash90)

JTA – Lorsque les sirènes retentissent de nouveau dans la ville de Kiryat Shmona, dans le nord du pays, Ala Ghassan, stagiaire secouriste au Magen David Adom (MDA), jette un regard inquiet vers le ciel.

Le temps de vérifier qu’aucun missile n’est en vue, Ghassan, vêtu d’un gilet pare-balles et d’un casque du MDA, se précipite vers l’abri situé au sous-sol de la station.

La veille, le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah s’est coordonné avec la République islamique d’Iran pour lancer une attaque contre le nord d’Israël, tirant plus de 200 missiles en l’espace de quelques heures seulement. Depuis que le Hezbollah s’est joint au conflit le 2 mars, il a lancé plus de 3 500 roquettes, missiles et drones sur Israël. Plusieurs Israéliens ont été tués, dont une femme qui était sur le point de se marier mercredi et un homme à Nahariya jeudi.

L’attaque sur la région frontalière a déclenché une vive colère chez certains dirigeants locaux, qui ont exigé que le gouvernement israélien élabore une meilleure stratégie pour protéger les habitants. Mais à l’intérieur de l’abri, Ghassan, âgé de 21 ans et en poste depuis quelques semaines seulement, concentre toute son attention sur la tâche à accomplir, et attend qu’on lui indique où il vaêtre dépêché pour évaluer les dégâts et soigner les victimes.

« C’est ce qu’ils ont fait à Majdal Shams qui m’a poussé à venir ici », confie-t-il lorsqu’on lui demande pourquoi il a décidé de rejoindre le service d’urgence bénévole israélien.

Il rappelle comment un missile du groupe terroriste a frappé un terrain de football dans la ville druze de Majdal Shams, tuant 12 enfants, lors de la dernière guerre entre Israël et le Hezbollah avant le cessez-le-feu négocié en novembre 2024.

« Le plus âgé n’avait que 16 ans », dit Ghassan, les larmes aux yeux, en tirant sur son col pour dévoiler un pin’s aux couleurs nationales druzes.

Des personnes sur les lieux d’une attaque de missiles du Hezbollah qui a tué douze enfants sur un terrain de football dans le village druze de Majdal Shams la veille, sur le plateau du Golan, le 28 juillet 2024. (Crédit : Michael Giladi/Flash90)

Ghassan est druze, comme une grande partie de la communauté des hauts du Golan, territoire annexé par Israël lors de la guerre de 1967 et dont les États-Unis ont reconnu la souveraineté israélienne en 2019. Petite et très soudée, la communauté druze du Golan interdit les mariages mixtes et entretient un fort sentiment d’identité collective.

Comme Ghassan, de nombreux secouristes de la station sont druzes, mais la station Magen David Adom de Kiryat Shmona reflète la diversité de la région avec des secouristes appartenant à toutes les générations et venus de tous les horizons, druzes, chrétiens et Juifs.

Ils partagent tous un même espoir : que cette guerre soit enfin « la dernière », selon Omri Hochman, directeur de la station.

Fondé en 1930, le MDA s’appuie sur un réseau de plus de 37 000 employés et bénévoles et se trouve en première ligne de toutes les interventions en cas de catastrophe ou de conflit en Israël.

Une ambulance est garée devant la station Magen David Adom à Kiryat Shmona, en Israël, en mars 2026. (Crédit : Theia Chatelle/JTA)

En temps de paix, le groupe fonctionne comme un centre d’appel d’urgence. Les équipes de bénévoles, prêtes à intervenir à tout moment, écoutent les radios pour repérer le moindre incident à proximité. Ils ont mis des bébés au monde, réanimé des victimes de crises cardiaques et transformé leurs propres maisons en postes de soins de terrain lors du pogrom du 7 octobre 2023.

Le MDA a récemment lancé un service de santé mentale qui envoie à la fois des secouristes et des psychiatres auprès des appelants en crise. Un besoin criant dans un pays où un tiers des adultes disent avoir besoin d’un soutien psychologique après des années de guerre.

Ala Ghassan installe un écran dans le sous-sol de l’ancien bâtiment du conseil local de Metula, où il n’en est qu’à sa deuxième affectation, et se prépare à répondre aux appels, mars 2026. (Crédit : Theia Chatelle/JTA)

Aujourd’hui, alors que des missiles, des bombes à sous-munitions et des roquettes du Hezbollah s’abattent sur Israël dans le cadre de cette dernière guerre sur deux fronts, les bénévoles du MDA sont souvent les premiers sur place, soignant les blessés et évaluant les dégâts. Ils ont malheureusement des années d’expérience.

« Les leçons tirées des précédents conflits avec le Hezbollah et l’Iran ont considérablement renforcé notre état de préparation, notamment grâce à une meilleure coordination avec les forces de sécurité », déclare le porte-parole adjoint Nadav Matzner.

Eli travaille avec le Magen David Adom à Kiryat Shmona depuis plus de 20 ans, les 15 premières années en tant que bénévole et les cinq dernières en tant que membre du personnel, au poste de responsable des opérations. Eli, identifié uniquement par son prénom pour des raisons de sécurité, explique comment toute l’équipe s’est mobilisée depuis le début des combats.

« Nous avons généralement deux équipes en service par quart de travail ; aujourd’hui, nous en avons neuf », dit-il. Les bénévoles locaux effectuent des doubles quarts de travail, et le MDA fait appel à des renforts venus de régions plus calmes du pays.

Avant de rejoindre le MDA, Eli tenait un magasin pour subvenir aux besoins de sa femme et de leurs cinq enfants, dont l’un sert aujourd’hui au Liban. C’est le décès de son père d’une crise cardiaque qui l’a fait basculer, confie-t-il, « Je ne savais pas pratiquer la réanimation cardio-pulmonaire. Je me suis juré de ne plus jamais me retrouver dans une telle situation. »

Des soldats et des secouristes s’occupent d’une personne blessée par une roquette tirée depuis le Liban le 23 mars 2026, à Kiryat Shmona, en Israël. (Crédit : Amir Levy/Getty Images/JTA)

Le reste du personnel, composé principalement de bénévoles, enchaîne, lui aussi, les doubles gardes. Lorsqu’on lui demande comment il trouve le temps de dormir ou de passer du temps en famille, Eli répond : « Je dors… enfin, parfois ».

« En ce moment, la plupart des cas concernent des personnes âgées qui sont blessées en se rendant dans un abri », précise Eli, qui a servi dans un bataillon de combat au Liban dans les années 1980. « Mais la situation ne va qu’empirer et comme lors de la dernière guerre contre le Hezbollah, nous nous attendons à ce que la plupart des blessures soient causées par des éclats d’obus. »

Le manque d’abris dans le nord du pays est criant : seuls 40 % des logements de Kiryat Shmona sont équipés de pièces sécurisées. Maya Gazbo, une autre bénévole du MDA à Kiryat Shmona, raconte que de nombreux habitants âgés de la ville ont tout simplement renoncé à se rendre dans les abris publics, car ceux-ci sont trop éloignés pour des personnes à mobilité réduite.

Les forces de sécurité et de secours israéliennes sur les lieux où un missile tiré par le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah en direction d’Israël a causé des dégâts, à Kiryat Shmona, au nord d’Israël, le 23 mars 2026. (Crédit : Michael Giladi/Flash90)

D’autres qui tentent malgré tout de s’y rendre finissent par se blesser en chemin et représentent une part importante des appels reçus par le MDA.

Après la dernière vague d’évacuations en 2024, qui avait contraint les habitants à vivre soit dans des hôtels financés par le gouvernement, soit chez des proches loin de la ligne de front pendant plus d’un an, beaucoup ne sont pas revenus, laissant la communauté fracturée, selon Hochman.

Depuis le début de la guerre, le Magen David Adom de Kiryat Shmona dispose d’une équipe de secouristes en alerte dans un kibboutz situé à moins d’un kilomètre de la frontière libanaise prête à intervenir en cas d’afflux de soldats blessés. Son emplacement ne peut être révélé pour des raisons de sécurité.

Sur le chemin menant au kibboutz, les routes sont désertes. Peu de résidents s’aventurent hors de chez eux après la tombée de la nuit, les tirs de missiles du Hezbollah visant aussi bien les centres civils que les bases militaires israéliennes autour du mont Meron.

En arrivant, l’équipe gagne immédiatement l’abri. L’ancien bureau administratif, largement déserté en raison de la guerre, expose des photos des débuts du kibboutz, sur lesquelles on voit des membres tenant à la fois des fusils d’assaut et des outils agricoles.

Safa Aburafa, 32 ans, fait figure de vétéran, fort de ses cinq années au MDA de Kiryat Shmona. Il a initié Ghassan aux réalités du terrain et il l’a épaulé depuis le début de la guerre.

Ala Ghassan et Safa Aburafa se dirigent vers l’unité d’intervention mobile pour répondre à un appel à Kiryat Shmona après l’impact d’un missile, mars 2026. (Crédit : Theia Chatelle/JTA)

Depuis le sous-sol de l’abri, Aburafa guette les appels des répartiteurs du MDA. Périodiquement, on entend les tirs de l’artillerie israélienne et, parfois, le bruit des intercepteurs abattant les drones du Hezbollah.

Aburafa a soigné des dizaines de civils israéliens blessés dans le nord depuis le début des attaques. Il explique que le travail est devenu plus difficile cette fois-ci, car une sorte de lassitude et de fatalisme s’est installée chez les Israéliens qui ont déjà vécu plus d’une guerre avec le Hezbollah. Nombre d’entre eux ne cherchent plus à se mettre à l’abri.

« Le Liban est juste là, et dès que l’alarme retentit, les habitants n’ont que quelques secondes pour rejoindre un abri », lance Eli en montrant la frontière. « Ils doivent courir s’abriter immédiatement, mais beaucoup ne le font pas. »

Eli explique que le MDA dispose de lignes de communication directes avec la police et l’armée ; en temps de guerre, ces canaux deviennent encore plus importants, dit-il. Après le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas du 7-Octobre, des plans d’urgence ont été mis en place pour prévenir une attaque transfrontalière similaire du Hezbollah.

À ce jour, la guerre a coûté la vie à plus d’une dizaine d’Israéliens et en a blessé bien d’autres. Le travail se poursuit pour le MDA.

« Jusqu’à présent, la situation a été intense, un défi pour nous tous, mais nous nous y préparons depuis le 7-Octobre, et nous n’avons pas été pris au dépourvu », conclut Eli.

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