De jeunes religieuses s’attaquent aux problèmes sociaux grâce à la technologie
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De jeunes religieuses s’attaquent aux problèmes sociaux grâce à la technologie

Carmel 6000, un nouveau programme de service national, est conçu pour imiter l'unité d'élite 8200 de l'armée, qui est devenue un incubateur pour la high-tech israélienne

Ayelet Ganot (à gauche) et Roni Ashkenazi, des participantes au programme de service national Carmel 6000, travaillent sur une application destinée à aider les enfants autistes à faire face aux changements. (Sam Sokol/JTA)
Ayelet Ganot (à gauche) et Roni Ashkenazi, des participantes au programme de service national Carmel 6000, travaillent sur une application destinée à aider les enfants autistes à faire face aux changements. (Sam Sokol/JTA)

JTA – Assises côte à côte dans un bureau ouvert du siège du géant de la technologie Cisco à Jérusalem, Roni Ashkenazi et Ayelet Ganot ont vérifié les lignes de code sur un écran plat avant de lancer une démo de leur dernier projet – une application pour les tablettes appelée « What Should I Do ».

Conçue pour les enfants autistes, l’application interactive les aide à expérimenter certains scénarios de la vie courante, en minimisant les perturbations causées par les visites chez le médecin et d’autres changements à leur routine habituelle qui pourraient causer une certain stress psychologique.

« Ils ne sont pas à l’aise avec les changements et même le moindre changement d’horaire les effraie », a expliqué Ashkenazi, en citant une étude selon laquelle « si un parent ou un soignant est assis avec eux avant de commencer une activité inhabituelle et explique étape après étape ce qu’ils vont faire, ils auront davantage confiance en eux ».

Le projet, a-t-elle dit, aidera les enfants autistes à « se sentir psychologiquement préparés ».

Israël abrite de nombreuses entreprises technologiques nationales et internationales qui développent une gamme de produits et de services. Ce qui rend le projet d’Ashkenazi et Ganot unique, c’est que les deux programmatrices n’ont que 18 ans et que leur application est conçue pro bono dans le cadre de Carmel 6000, un nouveau programme du service national israélien visant à « exploiter le pouvoir de la technologie à des fins sociales ».

Le programme s’adresse également aux femmes, pour la plupart religieuses, qui participent au service civil national israélien plutôt qu’à l’armée. Les organisateurs affirment que le programme est également une tentative de réduire l’écart entre les sexes, qui fait que les femmes sont sous-représentées comme codeurs, ingénieurs et entrepreneurs.

A titre d’illustration : Des femmes juives ultra-orthodoxes travaillent sur des ordinateurs à leur bureau dans les locaux de la société de logiciels Comax à Holon, près de Tel Aviv, le 17 avril 2016. (AFP Photo/Menahem Kahana)

Carmel 6000 est conçu pour imiter l’unité 8200 de l’armée israélienne, une unité d’élite du renseignement électromagnétique composée principalement de soldats de moins de 21 ans qui sert en quelque sorte d’incubateur aux futurs gourous de la technologie et aux fondateurs de start-ups du pays. Le nouveau programme vise à « acquérir le prestige d’unités de renseignement et de haute technologie de pointe au sein de Tsahal et à donner le même statut aux technologies sociales, notamment dans les domaines de l’éducation, du bien-être et des soins de santé ».

Une trentaine de jeunes participent cette année au Carmel 6000 après le succès d’un projet pilote en 2017. Après un entraînement intensif de six semaines, les participantes – toutes religieuses sauf une – se voient confier des projets de développement d’applications pour des « clients » à but non lucratif et d’apprentissage avec des mentors de diverses entreprises technologiques, dont Cisco, Intel et MobilEye.

Pendant deux ans, les participantes « utiliseront les technologies existantes pour aider les personnes » telles que les personnes âgées, les personnes handicapées et d’autres groupes à risque, selon Yossi Tsuria, responsable du programme, mathématicien et cadre de haute technologie à la retraite.

« Je veux faire d’Israël un chef de file dans ce domaine », a expliqué Tsuria. « De la même manière qu’Israël est en tête dans le cyber, je veux qu’il le soit dans le high-tech social ».

Dans cette optique, dit-il, « l’une des premières missions est de former des leaders qui auront cette passion d’utiliser le high-tech pour faire du bien ».

Les étudiantes, que Tsuria a décrites comme étant le meilleur 1 % des étudiantes entrant dans le service national au lieu de l’armée, conçoivent des produits pour des institutions importantes telles que le mémorial de la Shoah d’Israël, Yad Vashem. Une application, conçue pour une organisation travaillant avec des enfants handicapés, propose un dreidel numérique [toupie de Hanoukka] qui tourne tant que vous gardez un doigt sur l’écran, permettant aux jeunes qui ont un manque de motricité de participer physiquement au jeu populaire de Hanoukka.

« J’ai réalisé que la technologie avait le pouvoir de changer le comportement des gens et j’ai voulu l’utiliser utilement pour faire du bien », dit Tsuria.

Parrainé par l’AMIT, une organisation sioniste américaine qui gère un réseau de plus de 100 écoles à travers Israël, Carmel 6000 recrute massivement dans les périphéries et a attiré l’attention du ministère de la Diaspora, qui a débloqué 2 millions de shekels (500 000 euros), pour ce programme.

Certains partenaires du secteur considèrent le programme comme un outil de recrutement potentiel, a déclaré Limor Friedman de l’AMIT, même si « nous espérons que certaines des filles choisiront de développer le concept de haute technologie sociale en Israël et pas seulement pour le profit ».

De retour au bureau, qui a été mis gracieusement à disposition par Cisco pendant trois ans, Ashkenazi a décrit son expérience, disant à JTA qu’elle avait l’impression d’avoir « donné beaucoup à la société et fait quelque chose de significatif ».

A titre d’illustration : Une juive ultra-orthodoxe travaille sur un ordinateur à son bureau dans les locaux de la société de logiciels Comax à Holon près de Tel Aviv, le 17 avril 2016. (AFP Photo/Menahem Kahana)

Au bureau voisin, Avital Weisinger observait attentivement un autre écran travaillant sur son propre projet. Âgée de 21 ans et originaire de Teaneck, dans le New Jersey, elle a immigré en Israël après avoir suivi un programme de séminaire d’un an. Weisinger avait étudié la programmation au lycée et lorsqu’une amie lui a parlé d’un nouveau programme de service national à orientation technologique, elle s’est immédiatement mise en contact avec les organisateurs. Weisinger est devenue l’une des deux femmes à participer au projet pilote de l’an dernier. Aujourd’hui, dans sa deuxième année, elle aide à encadrer certains des participants.

« Je suis impressionnée par ces filles qui sont si incroyablement talentueuses et motivées », a-t-elle dit à JTA. « C’est beau d’avoir des gens si ambitieux, si intelligents et si motivés pour créer quelque chose d’aussi crucial pour cette société. »

Le PDG de l’AMIT, le Dr Amnon Eldar, acquiesce.

« Nous croyons que les étudiantes qui possèdent des compétences scientifiques et technologiques exceptionnelles peuvent aider à réparer le monde tout en développant leurs compétences et leurs capacités », a-t-il dit.

« De nombreuses organisations israéliennes de services sociaux ont soif de développement technologique qui aidera à améliorer les services fournis aux personnes ayant des besoins spéciaux. Carmel 6000 donne aux religieuses qui ont choisi de ne pas servir dans l’armée israélienne la possibilité de développer leurs capacités technologiques tout en améliorant la société israélienne et en aidant les plus défavorisées d’entre nous ».

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