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“De la Shoah à la renaissance” : la résilience du kibboutz Yad Mordechaï à l’épreuve du 7 octobre

Le petit kibboutz, connu pour sa production de miel, porte le nom du leader de la révolte du ghetto de Varsovie. Le 24 octobre, il a été touché par une roquette du Hamas. Aucun blessé n'a été à déplorer

Ben Kopolovich lit la dernière lettre de Mordechai Anielewicz devant son imposante statue dans le centre du Kibboutz. (Crédit : Telma Obadia)
Ben Kopolovich lit la dernière lettre de Mordechai Anielewicz devant son imposante statue dans le centre du Kibboutz. (Crédit : Telma Obadia)

En Israël, la commémoration de la Shoah revêt une tonalité différente, puisqu’elle est datée en fonction de la date hébraïque de la révolte du ghetto de Varsovie, le 27 Nissan 5703, et non de la libération des camps d’Auschwitz-Birkenau le 27 janvier 1945, comme c’est le cas dans le reste du monde depuis une décision des ministres de l’Éducation des États membres du Conseil de l’Europe en octobre 2002 – une décision qui a ensuite été suivie par l’ONU.

Mais cette année, cette commémoration, pilier de l’identité israélienne, a pris une dimension supplémentaire avec le massacre du 7 octobre, le plus meurtrier pour le peuple juif depuis la Shoah.

Pour nous immerger dans la tragédie de ces événements, nous nous sommes rendus dans un lieu en Israël qui incarne cette histoire, le kibboutz Yad Mordechaï. Le nom même de ce kibboutz en hébreu est un hommage : « yad » signifiant « mémorial » et « Mordechaï » faisant référence à Mordechaï Anielewicz, le leader de la révolte du ghetto de Varsovie, mort à 24 ans.

Yad Mordechaï se situe dans le sud d’Israël, plus précisément dans l’enveloppe de Gaza (en hébreu עוטף עזה, Otef Aza). Le petit kibboutz est connu pour sa production de miel et est situé à environ 2 km de la barrière de sécurité entre le nord de la bande de Gaza et Israël.

Un homme regarde les dommages causés au musée Yad Mordechai par une roquette tirée depuis la bande de Gaza il y a quelques semaines, dans le kibboutz Yad Mordechai, le 21 décembre 2023. (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)

Le 7 octobre, le kibboutz a été attaqué et évacué la nuit même, mais heureusement grâce au courage des forces de sécurité et des membres du kibboutz, il n’a pas connu le même sort que Netiv Aassara ou encore Zikim et d’autres communautés voisines.

Aucune personne du kibboutz n’a été tuée ce jour-là.

Ben Kopolovich, jeune commandant réserviste de l’armée israélienne, officier de renseignement d’une brigade d’infanterie, guide touristique et habitant du kibboutz, nous relate l’histoire depuis la fondation du kibboutz jusqu’aux batailles de la guerre de 1948, en passant par celles des tranchées du 7 octobre entre les terroristes du Hamas et les forces de sécurité.

“Je vis avec ma femme et mes deux enfants dans le kibboutz. Ma femme fait partie de la troisième génération des membres fondateurs du kibboutz, moi je viens de Tel Aviv. Mais il était évident pour nous de nous installer ici pour élever nos enfants, nous apprécions beaucoup la communauté ici. Nous nous sommes même mariés dans le kibboutz.”

Ben Kopolovich traversant les tranchées des batailles de la guerre de 1948 au sein du Kibboutz. (Crédit : Telma Obadia)

Le kibboutz abrite par ailleurs un musée dédié à la Shoah et à la vie dans le ghetto de Varsovie (From Holocaust to Revival Museum Institute for Holocaust Education).

Le 24 octobre dernier, ce sanctuaire de la mémoire a été la cible d’un tir de roquette émanant de Gaza. Parmi les expositions touchées au sein du musée, la reconstitution du bunker du commandement principal de l’Organisation juive combattante, situé au 18 rue Miła dans le ghetto polonais, lieu emblématique où Mordechai Anielewicz et ses compagnons résistèrent héroïquement aux forces nazies jusqu’à leur dernier souffle. Dans le modèle de bunker, on trouve une nappe contenant des cocktails Molotov, des armes introduites clandestinement dans le ghetto et c’est précisément à son entrée qu’on peut voir encore l’impact du tir.

Des travaux ont été effectués, et le musée est de nouveau ouvert, mais il porte encore les cicatrices de cette journée funeste.

Ben explique que le nom du kibboutz a été longuement débattu. Il fallait mériter de porter le nom de l’une des plus grandes figures de la résistance juive.

Mordechai Anielewicz (Crédit : domaine public)

“C’est ici que, pendant la guerre d’Indépendance, les membres du kibboutz se sont battus contre l’armée égyptienne. Dans les mêmes tranchées, sur les mêmes postes, mes amis, les membres du kibboutz de l’escouade d’urgence, ont combattu le 7 octobre contre le Hamas qui s’est aventuré jusqu’au kibboutz. Certains d’entre eux étaient les petits-enfants des membres qui ont combattu et qui sont morts ici en 1948,” relate Ben.

Nous traversons le kibboutz, des tranchées jusqu’au musée, en passant devant l’imposante statue de Mordechaï Anielewicz. En bas, se trouve une sorte de camionnette avec les noms des enfants de 1948. Ben pointe du doigt le nom de son beau-père, Eilon Friedman, qui, à l’époque, n’était encore qu’un enfant âgé de 8 ans. A l’époque, il avait été évacué vers le centre du pays, à Givat Shmuel.

Ironie du sort, après le 7 octobre, il a été à nouveau évacué vers la même zone, et la famille Kopolovich y est toujours. Certaines familles évacuées ont décidé de revenir, mais d’autres sont encore traumatisées et préfèrent attendre le retour au calme, loin des tirs de roquettes, des sirènes et du bruit des avions de chasse.

« Nous ne voulons pas cela pour nos enfants », explique Ben.

Après avoir salué ses amis en chemin, Ben se rend dans la maison de ses beaux-parents dans le kibboutz. Ils ont décidé de revenir malgré la tension et le choc encore vivant. Lorsqu’on demande à Eilon s’il envisage de changer définitivement de lieu de vie, il répond catégoriquement : “C’est ma maison ici.”

Ben Kopolovich rend visite à son beau-père Eilon Friedman dans sa maison dans le kibboutz le 8 avril 2024. (Crédit : Telma Obadia)

En cette journée de Yom HaShoah, le souvenir de la révolte du ghetto de Varsovie est plus que jamais vivant. Ben me lit la dernier lettre du leader dont je ne reprendrai que le dernier paragraphe :

“À l’aide de notre émetteur, nous avons entendu le merveilleux reportage de nos combats par la radio ‘Shavit’. Le fait que l’on se souvienne de nous au-delà des murs du ghetto nous encourage dans notre lutte. Que la paix t’accompagne, mon ami ! Peut-être pourrons-nous encore nous revoir ! Le rêve de ma vie est devenu réalité. L’autodéfense dans le ghetto aura été une réalité. La résistance armée juive et la vengeance sont des faits. J’ai été témoin des combats magnifiques et héroïques des hommes juifs au combat. »

La vie commence doucement à reprendre au kibboutz bien que la guerre est loin d’être finie et que 132 otages sont encore entre les mains du Hamas et de ses complices civils. Ben affirme qu’il est fier d’avoir pu contribuer en tant que réserviste à l’effort de guerre en cours et fier de l’histoire de son kibboutz.

Aujourd’hui, Yad Mordechaï se dresse comme un témoignage vivant de la résilience humaine et de la capacité à transcender les ténèbres de l’histoire.

Tout comme le peuple juif a émergé de la Shoah pour créer l’État d’Israël, les Israéliens doivent sortir du 7 octobre « avec la ferme décision d’établir ici une société nouvelle, plus forte et meilleure », a déclaré dimanche Yair Lapid lors d’une cérémonie organisée à l’occasion de Yom HaShoah au kibboutz Yad Mordechaï.

Le chef de l’opposition a raconté que lorsqu’il se cachait dans le sous-sol de sa maison pendant que « des roquettes explosaient à l’extérieur », lors de l’attaque barbare du Hamas du 7 octobre, il avait pensé à son père, Tommy Lapid.

Le chef de l’opposition Yair Lapid s’exprime lors d’une cérémonie organisée à l’occasion de Yom HaShoah au kibboutz Yad Mordechai, dans le sud d’Israël, le 5 mai 2024. (Crédit : Elad Gutman)

« J’ai pensé à mon père dans un autre sous-sol, le sous-sol du ghetto, un garçon juif de 14 ans qui savait qu’il n’y avait personne à qui crier. Aucune armée ne viendra le sauver. Mais c’est précisément là, précisément dans le ghetto, que l’espoir n’est pas mort – il est né. »

« En ce jour de Yom HaShoah, en ce lieu, je suis venu vous rappeler non pas le désespoir et l’horreur, mais ce qui s’est passé trois ans seulement après la Shoah », a déclaré Lapid, rappelant que trois ans plus tard seulement, son père a débarqué en Israël et s’est enrôlé dans l’armée juive.

« Où serons-nous dans trois ans ? Là où nous le voudrons. Si l’État d’Israël sombre dans la haine et la peur, alors nos ennemis auront gagné », a-t-il prédit, insistant sur le fait que « la Shoah ne nous a pas seulement appris que les Juifs avaient besoin d’un État et d’une armée ».

« La Shoah nous a également appris que ce pays devait être bon. On ne combat pas la haine par la haine. Nous ne serons pas comme eux. Nous ne leur donnerons pas ce plaisir », a poursuivi Lapid.

« Le peuple juif est sorti de la Shoah et a choisi de créer l’État d’Israël. Le peuple juif devrait sortir du 7 octobre avec la ferme décision d’établir ici une société nouvelle, plus forte et meilleure, qui sera digne de la mémoire de nos parents et, plus encore, qui sera digne de la vie de nos enfants. »

Ancré dans les valeurs immuables de courage, de solidarité et de détermination, le kibboutz continue de briller comme un modèle inspirant pour l’Israël moderne. En hommage à cette bravoure et aux victimes de la Shoah et des événements du 7 octobre, nous saluons une dernière fois la statue du kibboutz en quittant les lieux.

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