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Des élus Nupes retirent discrètement leurs signatures de la résolution anti-Israël

Les députés Mathilde Panot et Adrien Quatennens de LFI, et Christine Pires Beaune et Claudia Rouaux du PS, ont retiré leurs noms de la résolution

L'assemblée nationale, à Paris, le 7 décembre 2021. (Crédit : JULIEN DE ROSA / AFP)
L'assemblée nationale, à Paris, le 7 décembre 2021. (Crédit : JULIEN DE ROSA / AFP)

Après que des députés et sénateurs se sont indignés de la récente proposition de résolution de la Nupes sur Israël, y voyant de l’antisémitisme sous couvert d’antisionisme, plusieurs signataires, dont les députés Mathilde Panot et Adrien Quatennens de la France insoumise (LFI) et deux élues PS, Christine Pires Beaune et Claudia Rouaux, ont retiré discrètement leurs noms de la résolution.

Ce retrait n’a pas été annoncé publiquement, et la date effective reste donc indéterminée. Le journal Marianne a émis l’hypothèse qu’il s’agisse d’un « bug informatique [peu probable] ou d’une position non assumée ».

Cette « résolution condamnant l’institutionnalisation par Israël d’un régime d’apartheid à l’encontre du peuple palestinien », déposée par la Nupes le 13 juillet dernier, est un texte à portée symbolique. Bien qu’il ait peu de chances de passer, il exprimerait, une fois voté, l’avis de l’Assemblée nationale sur un sujet donné.

Contactée par Marianne, la députée Christine Pires Beaune explique avoir « été sollicitée dernièrement par mail, par mon collègue communiste [Jean-Paul] Lecoq », au sujet de la résolution. Elle explique que son accord a été donné par l’un de ses collaborateurs « avec qui je travaille en toute confiance et qui connaît mon engagement pour un État palestinien avant que nous ayons pu en discuter ». Elle ajoute avoir « immédiatement retiré [s]a signature », après avoir « lu la résolution proposée ».

Les trois autres députés, Claudia Rouaux, Mathilde Panot et Adrien Quatennens, n’ont pas répondu à la demande de commentaire du magazine.

La proposition de résolution condamnant le « régime d’apartheid institutionnalisé » par Israël contre les Palestiniens avait été signée par une quarantaine de députés de gauche, en majorité communistes, début juillet. Elle s’est rapidement attirée une condamnation d’associations et de responsables juifs français qui ont parlé « d’antisémitisme ».

Le texte accuse Israël d’avoir « mis en place un régime institutionnalisé d’oppression et de domination systématique par un seul groupe racial ».

« Depuis sa création en 1948, Israël mène une politique visant à instituer et entretenir une hégémonie démographique juive », est-il encore écrit.

Le texte soutient une solution au conflit israélo-palestinien fondée sur « la coexistence de deux États sur la base des frontières de 1967 » (avant la guerre des Six-Jours et la prise de la Cisjordanie et Jérusalem-Est notamment, Ndlr).

Pour aider à y parvenir, les signataires invitent le gouvernement français à « reconnaître l’État de Palestine » mais aussi, à appeler à l’ONU à un embargo sur les fournitures d’armes à Israël, et à imposer des « sanctions ciblées » contre les responsables israéliens « les plus impliqués dans le crime d’apartheid ».

Enfin, ils demandent la levée des entraves instituées en France aux appels au boycott des produits israéliens.

Outre ceux qui ont retiré leur signature, le texte déposé par le communiste Jean-Paul Lecoq a été signé par une vingtaine d’élus de son groupe, dont l’ancien candidat à la présidentielle Fabien Roussel, ainsi que par des élus de La France insoumise (LFI, gauche radicale) ou encore par les écologistes Aurélien Taché et Sabrina Sebaihi.

Pour être débattu à l’Assemblée nationale, il faudrait qu’il soit inscrit à l’ordre du jour par le groupe communiste à l’occasion d’une journée réservée à ses textes.

Le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) a vivement réagi en dénonçant une tentative « violente et mensongère » de « délégitimer » l’État d’Israël.

« Cette stigmatisation est le reflet d’un antisémitisme qui s’affuble du masque de l’antisionisme », estime le CRIF, pour qui cela contribue à « attiser la haine » en France « au mépris de la sécurité des Français juifs ».

Yonathan Arfi, président du CRIF, a donné une interview au magazine Le Point afin de condamner le projet.

« Nous ne laisserons pas s’exprimer cet antisémitisme obsessionnel d’une certaine ‘gauche’, qui déshonore la République et cherche à enflammer l’opinion », a aussi tweeté la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA).

Suite aux nombreuses indignations contre la proposition de résolution, une pétition initiée par le journaliste Yves Azeroual et le militant Gil Taieb (CRIF, FSJU) a été lancée sur le site Change.org. Elle a recueilli à ce jour plus de 15 000 signatures.

Le parti La France insoumise, fondateur de la Nupes, a à plusieurs reprises été accusé de connivence et de laxisme face à l’antisémitisme, encore récemment avec l’accueil à Paris de Jeremy Corbyn, ex-patron du Parti travailliste britannique exclu de son groupe parlementaire pour laxisme face à l’antisémitisme, par Danièle Obono et Danielle Simonnet, devenues députées.

Auparavant, le chef du parti, Jean-Luc Mélenchon, ou encore le militant d’extrême gauche Taha Bouhafs, condamné pour racisme l’an dernier et accusé d’agression sexuelle, avaient eux aussi été accusés d’accointances avec l’antisémitisme.

Il y a peu, une nouvelle polémique autour du parti de gauche La France insoumise a éclaté après que la députée Mathilde Panot, présidente de son groupe, a qualifié Elisabeth Borne, Première ministre et fille d’un déporté de la Shoah, de « rescapée » au pupitre de l’Assemblée nationale.

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