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France : LFI se défend des accusations d’antisémitisme après un pantin au nez crochu

Dimanche, un grand pantin d'Emmanuel Macron, au nez crochu et au sourire carnassier, rappelant les caricatures antisémites du XXe siècle, a été aperçu dans la foule

Des manifestants lancent une marionnette du président français Emmanuel Macron lors d’un rassemblement organisé par Jean-Luc Melenchon, candidat du parti "La France insoumise" (LFI) , place de la Bastille, à Paris, le 20 mars 2022. (Crédit : Christophe ARCHAMBAULT/AFP)
Des manifestants lancent une marionnette du président français Emmanuel Macron lors d’un rassemblement organisé par Jean-Luc Melenchon, candidat du parti "La France insoumise" (LFI) , place de la Bastille, à Paris, le 20 mars 2022. (Crédit : Christophe ARCHAMBAULT/AFP)

Dimanche, Jean-Luc Mélenchon et son parti La France insoumise organisaient un large rassemblement, une « marche pour la VIe République », entre la place de la Bastille et la place de la République, à Paris. Durant la manifestation, un grand pantin d’Emmanuel Macron, au nez crochu et au sourire carnassier, rappelant les caricatures antisémites du XXe siècle, a été aperçu dans la foule. À plusieurs reprises, des militants l’ont maltraité et fait sauter sur un drap tendu. Différentes vidéos ont circulé sur les réseaux sociaux, faisant réagir de nombreux commentateurs et internautes, qui y ont vu un acte antisémite.

Lundi, sur LCI, le député LFI Adrien Quatennens s’est défendu de tout antisémitisme. Il a assuré qu’il s’agissait d’une tradition de carnaval niçoise, appelée paillassou, et qu’il n’y avait « pas d’ambiguïté possible ».

« Vous allez devoir demander à monsieur Estrosi, maire de Nice, soutien d’Emmanuel Macron, s’il condamne son propre carnaval. Vous savez quelle est cette pratique ? Ca s’appelle le paillassou. C’est une pratique niçoise : vous tendez un drap et vous mettez au centre la responsabilité de vos problèmes », a-t-il expliqué.

Le paillassou est en effet l’un des personnages traditionnels du carnaval de Nice, dont le nom est tiré de l’italien « pagliacco », qui signifie « clown ». « Selon la tradition, il représente les soucis, les mauvaises choses de l’année passée. Donc on l’envoie loin, le plus loin possible, pour passer à autre chose dès janvier et oublier ses malheurs », a rapporté un article de France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur au sujet du carnaval.

Adrien Quatennens a ajouté que le masque utilisé pour habiller le pantin d’Emmanuel Macron était « en vente libre sur internet, il n’a pas été conçu par des Insoumis ».

« Je n’ai pas vu que le nez soit spécialement crochu », a-t-il également déclaré. « S’il y a besoin qu’on redise une chose très claire ici : la lutte contre l’antisémitisme et toute forme de racisme nous trouvera toujours au premier rang. Donc il n’y a pas d’ambiguïté possible. Qu’une polémique puisse être montée sur ça c’est ridicule. »

« Tout ça était très bon enfant, il n’y a aucune ambiguïté. (…) C’est symbolique, il n’y a rien de violent », a conclu Adrien Quatennens.

« Ce n’est pas la première fois qu’une effigie d’Emmanuel Macron remplace le paillassou », a observé auprès de Public Sénat Christian Delporte, historien des médias et de l’image.

« Le problème, c’est que l’on ne connaît pas l’intention de la personne qui l’a acheté », a-t-il expliqué. « De nombreuses blagues et charges antisémites passent par le nez. À la fin du XIXe siècle, on estimait qu’il s’agissait d’une particularité physique ethnique, ce qui est faux », a expliqué l’historien. « Mais la présence d’un nez long ou crochu ne suffit pas à qualifier une caricature d’antisémite. Le principe de la caricature est de rendre laide la personne visée, en accentuant des éléments de laideur, comme un nez déformé ou proéminent. Les politiciens sont souvent caricaturés de cette manière. C’était régulièrement le cas de Nicolas Sarkozy, sans qu’il s’agisse d’antisémitisme. D’autres éléments de lecture, un contexte particulier, sont nécessaires pour que l’on puisse parler d’antisémitisme. »

« Il faut se méfier des surinterprétations », a-t-il poursuivi. « Il y avait peut-être des antisémites dans la manifestation de dimanche, pour autant, il me paraît excessif de qualifier La France Insoumise d’antisémite. »

« Le nez paraît proéminent, mais j’ai en mémoire des caricatures antisémites anciennes, et je peux vous dire que l’on n’en est pas là », a abondé Jean-Yves Camus, directeur de l’Observatoire des radicalités politiques. « Ce genre de caricature n’est pas digne du débat politique. Mais parler d’antisémitisme me semble un peu fort de café. »

Suite à la manifestation de dimanche, des internautes ont également reproché à Jean-Luc Mélenchon d’avoir organisé son rassemblement alors qu’un hommage avait lieu au même moment à Toulouse aux victimes de la tuerie de 2012, et ce sans qu’il n’ait un mot pour elles.

Invité lundi de « Bonjour chez Vous » sur Public Sénat, le député LFI Éric Coquerel a assuré que sa formation politique avait participé à des événements commémoratifs au cours de la semaine écoulée. « Le chef de l’État a décidé d’une commémoration dans laquelle certaines personnes n’ont pas été invitées, dont nous, ce que je trouve un peu curieux quand on veut l’unité du pays pour dénoncer les crimes antisémites », a-t-il pointé. « Jean-Luc Mélenchon, y compris quand c’est arrivé en 2012, a toujours dénoncé de manière absolument ferme et évidente les crimes antisémites de Merah, comme il a dénoncé les attentats antisémites qui ont suivi. […] Il y a d’autres moments dans cette campagne où Jean-Luc Mélenchon a dénoncé clairement les dérives, les attentats et les crimes antisémites. Gare à tous ceux qui utilisent ça à des fins politiciennes, ça ne rend service à personne », a ajouté l’élu.

Jean-Luc Mélenchon a été accusé à de multiples reprises d’antisémitisme.

Le leader français d’extrême gauche Jean-Luc Mélenchon s’exprime lors d’une conférence de presse à Paris, le 19 octobre 2018. (Crédit : AP Photo/Michel Euler)

Fin 2019, plusieurs responsables politiques l’avaient accusé d’avoir un « problème avec l’antisémitisme » après que le chef de LFI s’en était pris sur son blog aux « ukases arrogants des communautaristes du CRIF ».

Le député avait contesté toute accusation d’antisémitisme, dénonçant des pratiques « mesquines, sournoises et insupportables » tout en critiquant à nouveau le CRIF.

Le mois précédent, il avait déjà critiqué « le communautarisme épais, violent », et selon lui « agressif » à son égard du CRIF.

En octobre dernier, Jean-Luc Mélenchon avait estimé sur le plateau de BFM TV qu’Eric Zemmour « ne dev[ait] pas être antisémite […] parce qu’il reproduit des traditions liées au judaïsme ».

« On m’attribue depuis que j’aurais situé l’origine des idées d’extrême droite de Zemmour dans le judaïsme. C’est une stupidité ! », a-t-il ensuite écrit sur Facebook. Il avait déploré être régulièrement accusé d’antisémitisme, expliquant que cela était « sans fondement, sans argument, à tout propos et surtout hors de propos. Jusqu’à la nausée ».

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