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Taha Bouhafs, candidat LFI accusé de « glisser vers l’antisémitisme » par l’UEJF

L’association juive estime la candidature de M. Bouhafs "dangereuse" ; Jean-Luc Mélenchon et son parti ont été accusés à de multiples reprises d’antisémitisme

Jean-Luc Mélenchon et Taha Bouhafs. (Crédit : photo publique Twitter diffusée sur le compte @T_Bouhafs)
Jean-Luc Mélenchon et Taha Bouhafs. (Crédit : photo publique Twitter diffusée sur le compte @T_Bouhafs)

L’Union des étudiants juifs de France (UEJF) a publié cette semaine une série de tweets suite à l’annonce par le parti La France insoumise (extrême gauche) de présenter le journaliste militant Taha Bouhafs aux élections législatives à Venissieux le mois prochain. Face à cette candidature, le président Emmanuel Macron se serait dit « abasourdi », selon le Canard enchainé. Les principaux responsables « insoumis » ont quant à eux défendu le militant.

Déjà, en 2017, M. Bouhafs, aujourd’hui âgé de 25 ans, avait été investi aux élections législatives par LFI.

Il a acquis une certaine notoriété dans les réseaux de gauche pour avoir filmé l’agent de sécurité Alexandre Benalla frappant un manifestant, et pour avoir diffusé à grande échelle une information selon laquelle il affirmait faussement, alors que la police faisait évacuer la faculté de Tolbiac, occupée par des étudiants d’extrême gauche, que « les flics sont à l’intérieur pour effacer les traces de sang » – celles-ci étaient en fait fantasmées par le jeune homme.

Rappelant ses propos passés, l’association juive explique pourquoi la candidature de M. Bouhafs est « dangereuse ».

L’UEJF cite ainsi le tweet du militant dans lequel il a désigné les journalistes de Charlie Hebdo comme des « pouilleux », en 2019. « Je suis libre de vomir Charlie ou je risque d’être condamné à un camp de rééducation ? », écrivait-il dans un autre.

Dans un autre message, qu’il a ensuite supprimé, il insultait une syndicaliste policière d’« Arabe de service », ce qui lui a valu une condamnation pour racisme l’an dernier. Il a également insulté une femme de « pute blanche », a apporté son « soutien » à des associations islamistes depuis dissoutes comme Baraka City et le CCIF, et a appelé à la décapitation de Marine Le Pen en brandissant lors d’une manifestation une broche sur laquelle était accrochée une marionnette représentant la tête de la responsable d’extrême droite.

« En bonus, Taha Bouhafs utilise souvent l’attaque envers Israël pour glisser vers l’antisémitisme. C’est logiquement largement assez pour que la France insoumise ne le soutienne pas comme candidat, ou qu’au moins les partis républicains fassent de sa candidature un ‘no-go’ », a aussi écrit l’UEJF. L’association citait là des tweets de M. Bouhafs très virulents contre Israël (ci-dessous).

Dans un autre message, il écrivait à l’adresse du socialiste Benoit Hamon : « Sacré Benoît, c’est bientôt le dîner du CRIF : tu as peur d’être privé de tes petits fours ? »

Le mois dernier, Raphaël Enthoven était poursuivi pour « injure publique » pour avoir qualifié Taha Bouhafs de « collabo » des terroristes. Le philosophe a dit devant la barre « assumer » ces propos.

La procureure n’a pas demandé de condamnation, invitant le tribunal à « prendre en compte le contexte dans lequel les propos poursuivis ont été prononcés » et le fait que « l’un comme l’autre ont déjà pu employer un ton vif, qui fait leur marque de fabrique ». La décision sera rendue le 21 juin.

Lors du scrutin du mois prochain, Taha Bouhafs sera notamment opposé à Michèle Picard, maire PCF de Vénissieux qui refuse de retirer sa candidature malgré l’accord de la NUPES (l’alliance de gauche mise en place ces derniers jours, cf ci-dessous), au policier Bruno Attal du parti Reconquête d’Eric Zemmour, et peut-être au député LREM sortant Yves Blein, qui n’a pas encore annoncé officiellement sa candidature.

Jean-Luc Mélenchon et son parti ont été accusés à de multiples reprises d’antisémitisme.

En mars dernier, un pantin au nez crochu et au sourire carnassier, rappelant les caricatures antisémites du XXe siècle, avait été exhibé dans les rues de Paris lors d’un rassemblement du candidat LFI.

Le leader français d’extrême gauche Jean-Luc Mélenchon s’exprime lors d’une conférence de presse à Paris, le 19 octobre 2018. (Crédit : AP Photo/Michel Euler)

Fin 2019, plusieurs responsables politiques avaient accusé le candidat arrivé troisième à l’élection présidentielle du mois dernier d’avoir un « problème avec l’antisémitisme », après qu’il s’en était pris sur son blog aux « ukases arrogants des communautaristes du CRIF ».

Le député avait contesté toute accusation d’antisémitisme, dénonçant des pratiques « mesquines, sournoises et insupportables » tout en critiquant à nouveau le CRIF.

Peu avant, il avait déjà critiqué « le communautarisme épais, violent », et selon lui « agressif » à son égard du CRIF.

En octobre dernier, Jean-Luc Mélenchon avait estimé sur le plateau de BFM TV qu’Eric Zemmour « ne dev[ait] pas être antisémite […] parce qu’il reproduit des traditions liées au judaïsme ».

« On m’attribue depuis que j’aurais situé l’origine des idées d’extrême droite de Zemmour dans le judaïsme. C’est une stupidité ! », a-t-il ensuite écrit sur Facebook. Il avait déploré être régulièrement accusé d’antisémitisme, expliquant que cela était « sans fondement, sans argument, à tout propos et surtout hors de propos. Jusqu’à la nausée ».

Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. (Crédit : AFP / Pool / Eliot Blondet)

Ce mercredi, la France insoumise et le Parti socialiste ont conclu un accord pour les législatives – mais le vote d’approbation interne aux Socialistes s’annonce délicat et l’ex-Premier ministre Bernard Cazeneuve a déjà claqué la porte du PS.

EELV dimanche soir, le PCF mardi et le PS mercredi : la France insoumise, forte des 22 % de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle, est en passe de réunir ses anciens concurrents pour les scrutins des 12 et 19 juin et réussir son OPA sur la gauche.

Après une semaine de négociations, Insoumis et Socialistes se sont accordés dans la nuit de mardi à mercredi sur l’épineux dossier des circonscriptions, puis ont annoncé l’accord global dans l’après-midi.

Le but affiché de l’accord est « d’empêcher Emmanuel Macron de poursuivre sa politique injuste et brutale et battre l’extrême-droite », déclarent de concert le PS et LFI.

Corollaire, « le Premier ministre serait issu du plus grand groupe à l’Assemblée, soit Jean-Luc Mélenchon » qui apparaît comme le grand gagnant de cette « Nouvelle union populaire écologique et sociale ».

L’accord doit cependant encore être validé par les 300 membres du Conseil national du PS jeudi soir. Ce ne sera « pas une formalité, au contraire », avertit l’entourage du premier secrétaire Olivier Faure, car « il y aura des déçus, chez les fédérations moins servies que d’autres » en circonscriptions.

Dès mercredi, plusieurs figures historiques du PS, à commencer par François Hollande, ont regretté le choix de la direction du parti. Et l’ancien Premier ministre socialiste Bernard Cazeneuve a carrément annoncé son départ du PS.

Plusieurs maires de grandes villes, dont Mathieu Klein (Nancy) et Johanna Rolland (Nantes), ont eux appelé à valider l’accord, tout en réaffirmant leur « profond attachement au projet européen » et à « une gauche de transformation de la société qui s’assure de la crédibilité et de la soutenabilité des mesures qu’elle propose ».

Les Socialistes obtiennent 70 circonscriptions, a indiqué la direction du PS à l’AFP, arguant que les « députés sortants désireux de l’accord ont été préservés ».

Selon la liste consultée par l’AFP, une bonne vingtaine de circonscriptions sont gagnables. Mais trois sortants ont été sacrifiés : David Habib dans les Pyrénées-Atlantiques, Christian Hutin dans le Nord et Michèle Victory dans l’Ardèche. Auxquels s’ajoute la 1ère circonscription dans la Loire de Régis Juanico (Générations), que le PS pensait récupérer.

Le texte programmatique a aussi nécessité plusieurs compromis. Figure ainsi explicitement, à la demande du PS, « la défense de la République laïque et universaliste ».

Les deux formations assument « des histoires différentes avec la construction européenne », mais l’objectif est commun : « mettre fin au cours libéral et productiviste de l’Union européenne. »

LFI et le PS font un compromis lexical sur les traités en appelant à « ne pas respecter certaines règles » qui empêcheraient l’application du programme. « Nous parlons de désobéir pour les uns, de déroger de manière transitoire pour les autres. »

Pour la retraite à 60 ans, elle sera « pour tous » mais le PS a fait ajouter : « avec une attention particulière pour les carrières longues, discontinues et les métiers pénibles. »

N’ont pas posé de problème le SMIC à 1 400 euros nets, le blocage des prix de première nécessite, l’abrogation de la loi El-Khomri (une Socialiste), la planification écologique, la VIe République…

L’assemblée nationale, à Paris, le 7 décembre 2021. (Crédit : JULIEN DE ROSA / AFP)

Le nombre de circonscriptions obtenues est inférieur à celui d’EELV – une centaine dont une trentaine gagnable – mais supérieur aux Communistes – 50 dont 16 gagnables.

La direction du PS estime qu’obtenir 70 circonscriptions est « une prouesse » au vu des « 1,7 % de la présidentielle », le score d’Anne Hidalgo.

Elle déplore en revanche la bataille perdue pour Lamia El Aaraje dans la 15e circonscription de Paris où va être investie l’insoumise historique Danielle Simonnet.

Mécontente pour cette protégée d’Anne Hidalgo, mais aussi pour d’autres circonscriptions, la fédération PS de Paris va probablement appeler ses représentants au Conseil national à voter contre l’accord, a indiqué à l’AFP Rémi Féraud, chef de la majorité socialiste au Conseil de Paris.

Anne Hidalgo, quant à elle, n’a pas l’intention de sortir de son silence, préférant « se concentrer sur Paris », selon son entourage à l’AFP.

Les nouveaux partenaires vont se retrouver pour une « photo de famille » rapidement, selon plusieurs cadres de partis, avant la convention d’investiture commune qui est en train d’être conçue pour samedi.

En attendant, Olivier Faure doit composer avec la fronde de plusieurs figures du parti. François Hollande a dit « récuser l’accord sur le fond et même sur les circonscriptions ».

L’ancien Premier ministre Jean-Marc Ayrault a dénoncé auprès de l’AFP un « rafistolage » et le « prix exorbitant » payé par le PS.

Carole Delga, présidente PS de la région Occitanie, a fait état de sa déception quant au peu d’investitures accordées au PS (6 sur 49) dans sa région.

Face à cette fronde, Olivier Faure a, dans un tweet, cité Jaurès : « C’est en allant vers la mer que le fleuve est fidèle à sa source. »

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