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France: Des sénateurs et députés s’indignent de la résolution de la Nupes sur Israël

"Dans cette résolution, l’antisionisme le plus exacerbé se dispute avec l’antisémitisme", ont écrit les députés Renaissance Aurore Bergé et Sylvain Maillard

L'assemblée nationale, à Paris, le 7 décembre 2021. (Crédit : JULIEN DE ROSA / AFP)
L'assemblée nationale, à Paris, le 7 décembre 2021. (Crédit : JULIEN DE ROSA / AFP)

Plusieurs sénateurs et députés français se sont indignés de la récente proposition de résolution de la Nupes sur Israël.

Dans un communiqué officiel, Roger Karoutchi, premier vice-président du Sénat et président du groupe d’amitié France-Israël, et Hervé Marseille, président du groupe Union centriste et vice-président du groupe d’amitié France-Israël, ont présenté plus tôt cette semaine plusieurs arguments rejetant l’idée d’un « apartheid » en Israël.

« Les propos de la résolution sont évidemment analysés et ressentis comme antisémites », ont-ils écrit. « Est-ce bien raisonnable dans une France où les actes antisémites ont explosé depuis cinq ans. Que cherche-t-on ? À accroître les tensions, l’agressivité, les agressions dans nos villes ? Dans quel but ? »

« Tout cela est irresponsable, inconscient et dangereux », ont-ils conclu.

Dans la foulée, les députés Renaissance Aurore Bergé, présidente du groupe à l’Assemblée et présidente du groupe d’amitié France-Israël, et Sylvain Maillard, vice-président Renaissance à l’Assemblée et président du groupe d’études consacré à la lutte contre l’antisémitisme, ont eux aussi réagi.

Ce jeudi, dans un communiqué, ils ont décrit la résolution comme signe d’une « obsession malsaine que [les députes Nupes] veulent maintenant voir exposer au cœur de notre Assemblée ».

« Dans cette résolution, l’antisionisme le plus exacerbé se dispute avec l’antisémitisme », ont-ils écrit, rapportant que l’utilisation de termes comme « groupe racial » ou « groupe ethnique » pour désigner des citoyens israéliens est « scandaleuse et insupportable ». « Comme le dénonce avec force la Licra, cela procède bien d’une ‘essentialisation racialiste’ qui de fait réhabilite la notion de ‘race juive’. »

Avant eux, le député socialiste/Nupes Jerôme Guedj ou encore la députée Renaissance Astrid Panosyan-Bouvet s’étaient eux aussi élevé contre cette initiative communiste.

« La résolution soutient qu’Israël est un régime d’apartheid, demande la légalisation du boycott des produits israéliens et plaide pour la reconnaissance officielle de la Palestine. Si je peux défendre ce dernier point, les 2 premiers sont inacceptables. Je les condamne », a écrit le premier sur Twitter.

Mme Panosyan-Bouvet a elle jugé le texte « mensonger, indécent, contre-productif et dangereux », et s’inscrivant dans « l’instrumentalisation du conflit israélo-palestinien et des accommodements impardonnables avec des antisémites notoires comme Corbyn par une partie croissante de la gauche française ».

La proposition de résolution condamnant le « régime d’apartheid institutionnalisé » par Israël contre les Palestiniens a été signée par une quarantaine de députés de gauche, en majorité communistes. Elle s’est attirée depuis la semaine dernière une condamnation d’associations et de responsables juifs français qui parlent « d’antisémitisme ».

Le texte accuse Israël d’avoir « mis en place un régime institutionnalisé d’oppression et de domination systématique par un seul groupe racial ».

« Depuis sa création en 1948, Israël mène une politique visant à instituer et entretenir une hégémonie démographique juive », est-il encore écrit.

Le texte soutient une solution au conflit israélo-palestinien fondée sur « la coexistence de deux États sur la base des frontières de 1967 » (avant la guerre des Six-Jours et la prise de la Cisjordanie et Jérusalem-Est notamment, Ndlr).

Pour aider à y parvenir les signataires invitent le gouvernement français à « reconnaître l’État de Palestine » mais aussi, à appeler à l’ONU à un embargo sur les fournitures d’armes à Israël, et à imposer des « sanctions ciblées » contre les responsables israéliens « les plus impliqués dans le crime d’apartheid ».

Enfin, ils demandent la levée des entraves instituées en France aux appels au boycott des produits israéliens.

Le texte déposé par le communiste Jean-Paul Lecoq est signé par une vingtaine d’élus de son groupe, dont l’ancien candidat à la présidentielle Fabien Roussel, ainsi que par des élus de La France insoumise (LFI, gauche radicale) comme Adrien Quatennens, la socialiste Christine Pires-Beaune, ou les écologistes Aurélien Taché et Sabrina Sebaihi.

Pour être débattu à l’Assemblée nationale, il faudrait qu’il soit inscrit à l’ordre du jour par le groupe communiste à l’occasion d’une journée réservée à ses textes.

Le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) a vivement réagi en dénonçant une tentative « violente et mensongère » de « délégitimer » l’État d’Israël.

« Cette stigmatisation est le reflet d’un antisémitisme qui s’affuble du masque de l’antisionisme », estime le CRIF, pour qui cela contribue à « attiser la haine » en France « au mépris de la sécurité des Français juifs ».

Élu nouveau président du CRIF le mois dernier, Yonathan Arfi a donné une interview au magazine Le Point afin de condamner le projet.

« Nous ne laisserons pas s’exprimer cet antisémitisme obsessionnel d’une certaine ‘gauche’, qui déshonore la République et cherche à enflammer l’opinion », a aussi tweeté la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA).

Suite aux nombreuses indignations contre la proposition de résolution, une pétition initiée par le journaliste Yves Azeroual et le militant Gil Taieb (CRIF, FSJU) a été lancée sur le site Change.org. Elle a recueilli à ce jour près de 14 000 signatures.

Ce mercredi, le député Louis Boyard, non-signataire de la proposition de résolution anti-Israël, a défendu ses collègues signataires et a dit à Benjamin Haddad, député Renaissance, «  d’arrêter de jouer avec l’antisémitisme comme ça » – le député venait de mettre en avant le caractère extrémiste et « en connivence avec l’antisémitisme » de la résolution. « Allez vous baladez en Palestine, d’accord ? Vous pouvez avoir un avis différent du nôtre, mais ne brandissez pas l’insulte ‘antisémitisme’ parce que c’est un terme qui est chargé d’histoire, et à force de l’utiliser à tort et à travers, vous savez qui sont les premières victimes ? Ce sont les personnes qui subissent l’antisémitisme », a-t-il ajouté – une déclaration ayant suscité l’indignation de l’UEJF.

Jusqu’alors, depuis le début de son mandat, le plus jeune député français s’était surtout illustré par ses invectives ainsi que par sa participation au « débat » sur le port de la cravate à l’Assemblée.

Le parti La France insoumise, fondateur de la Nupes, a à plusieurs reprises été accusé de laxisme face à l’antisémitisme, encore récemment avec l’accueil à Paris de Jeremy Corbyn, ex-patron du Parti travailliste britannique exclu de son groupe parlementaire pour laxisme face à l’antisémitisme, par Danièle Obono et Danielle Simonnet, devenues députées.

Auparavant, le chef du parti, Jean-Luc Mélenchon, ou encore le militant d’extrême gauche Taha Bouhafs, condamné pour racisme l’an dernier et accusé d’agression sexuelle, avaient eux aussi été accusés d’accointances avec l’antisémitisme.

Il y a peu, une nouvelle polémique autour du parti de gauche La France insoumise a éclaté après que la députée Mathilde Panot, présidente de son groupe, a qualifié Elisabeth Borne, Première ministre et fille d’un déporté de la Shoah, de « rescapée » au pupitre de l’Assemblée nationale.

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