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Des rouleaux de la mer Morte à Kirk Douglas : Le travail d’un photographe prodige

Ardon Bar-Hama travaille régulièrement à la numérisation de documents rares, comme le codex d'Alep - quand la Douglas Foundation l'a chargé de sa collection, il était prêt

  • Le photographe Ardon Bar-Hama dans son bureau, avec ses appareils de numérisation. (Autorisation)
    Le photographe Ardon Bar-Hama dans son bureau, avec ses appareils de numérisation. (Autorisation)
  • Kirk Douglas lors de sa 2e bar mitzvah en 1999. (Autorisation : La Douglas Archive)
    Kirk Douglas lors de sa 2e bar mitzvah en 1999. (Autorisation : La Douglas Archive)
  • Kirk Douglas et son épouse Anne Douglas avec l'Oscar honoraire qui a été remis à la star en 1996. (Autorisation : La  Douglas Archive)
    Kirk Douglas et son épouse Anne Douglas avec l'Oscar honoraire qui a été remis à la star en 1996. (Autorisation : La Douglas Archive)
  • Kirk Douglas, derrière à droite, avec sa famille sur une photo non-datée. (Autorisation :The Douglas Archive)
    Kirk Douglas, derrière à droite, avec sa famille sur une photo non-datée. (Autorisation :The Douglas Archive)
  • Kirk Douglas reçoit un Oscar honoraire des mains de Steven Spielberg en 1996. (Autorisation : The Douglas Archive)
    Kirk Douglas reçoit un Oscar honoraire des mains de Steven Spielberg en 1996. (Autorisation : The Douglas Archive)
  • Kirk Douglas dans le rôle de Spartacus dans le film éponyme de Stanley Kubrick. (Capture d'écran)
    Kirk Douglas dans le rôle de Spartacus dans le film éponyme de Stanley Kubrick. (Capture d'écran)

Le curriculum-vitae du photographe israélien Ardon Bar-Hama nous apprend qu’il a travaillé sur les rouleaux de la mer Morte – il pourra aujourd’hui rajouter Spartacus à sa riche expérience professionnelle. Bar-Hama a fait carrière en numérisant des documents historiques rares, qui vont de l’Israël antique à l’âge d’or de Hollywood, et il a récemment digitalisé 10 000 documents liés à feu l’icône juive américaine du cinéma Kirk Douglas.

Un travail qu’il a réalisé pour la Douglas Foundation, une fondation philanthropique qui avait été créée par la star et feu son épouse Anne, qui avait archivé tous les documents personnels de son mari au fil des décennies.

Aujourd’hui, tout est en ligne et tout est mis gratuitement à la disposition du public. Tous ces documents ont été présentés sur internet au début du mois dernier. Kirk Douglas s’est éteint en 2020, à l’âge de 103 ans. Anne Douglas est décédée 15 mois plus tard, à l’âge de 102 ans. Les photos à découvrir sur la Toile ont d’ores et déjà séduit plus d’un million de personnes depuis qu’elles sont consultables.

« Ce sont de belles archives », affirme Bar-Hama au Times of Israel. « Elles couvrent 60 années de son histoire. Que peut-il y avoir de plus beau dans l’histoire du cinéma que Kirk Douglas ? »

Les photos sont classées dans les catégories multiples qui reflètent les nombreuses dimensions de la longue vie de la star. Il y a des images de ses plus de 80 films, notamment de celui qui reste assurément le plus connu, « Spartacus », un long-métrage qui avait été réalisé par Stanly Kubrick et qui était sorti en 1960 avec un casting de rêve : Tony Curtis, Laurence Olivier, Jean Simmons et Peter Ustinov. Certains films où Douglas a joué parlent de l’Histoire juive et israélienne, avec notamment « Le Jongleur », le premier long-métrage américain à avoir été tourné dans l’État naissant d’Israël en 1953 et « L’Ombre d’un géant » qui avait fait venir des légendes du septième art au sein de l’État juif comme Yul Brynner, Frank Sinatra et John Wayne.

« Nous avons tous vu ce film », s’exclame Bar-Hama en évoquant « l’Ombre d’un Géant ». « Il essayait de montrer la naissance d’Israël ».

Kirk Douglas dans le rôle de Spartacus dans le film éponyme de Stanley Kubrick. (Capture d’écran)

Avec les Oscars qui ont eu lieu, il y a peu, plusieurs photos hollywoodiennes sorties des archives ont semblé particulièrement pertinentes – celle de Kirk Douglas recevant un Oscar honoraire en 1996 qui lui est remis par son ami Steven Spielberg, enfant chéri des Oscars au fil du temps et dont le film « The Fabelmans », cette année, avait été nominé dans sept catégories mais n’en a remporté aucun. Les deux légendes ont correspondu pendant de très longues années, Spielberg affirmant que Douglas était son « second père » et Douglas signant ses courriers de son nom en hébreu, aux côtés d’une petite caricature griffonnée sur le papier.

Et pourtant, Hollywood n’est qu’une dimension de ce travail. Des images montrent ainsi la future star lors de son enfance passée sous le nom d’Issur Danielovitch à Amsterdam, à New York, aux côtés de ses parents, Harry and Bryna, des immigrants juifs russes, et de ses six sœurs — Betty, Fritzi, Ida, Kay, Marion et Ruth. Plus tard dans sa vie, Douglas devait donner à sa compagnie de production le nom de sa mère. A ce moment-là, il devait se sentir suffisamment sûr de lui pour embaucher Dalton Turbo, scénariste placé sur liste noire, pour « Spartacus. »

Kirk Douglas reçoit un Oscar honoraire des mains de Steven Spielberg en 1996. (Autorisation : The Douglas Archive)

Même s’il était libéral, il était bipartisan dans ses relations. Ainsi, des clichés le montrent rencontrant des présidents démocrates et républicains – Gerald Ford et Jimmy Carter, Ronald Reagan et Bill Clinton. Henry Kissinger, qui avait été le conseiller des administrations Nixon et Ford en matière de politique étrangère, apparaît sur un certain nombre de photographies. Les lettres échangées entre Kissinger et Douglas au fil des années, comme celles échangées avec Spielberg, incluent une signature en hébreu et une caricature de la star de Hollywood.

Sur la scène internationale, Douglas avait rencontré les leaders du monde, et notamment de nombreux Premiers ministre israéliens avec, en vrac, David Ben-Gurion, Golda Meir, Yitzhak Rabin et Benjamin Netanyahu. Il s’était aussi entretenu en 1989 avec le pape John Paul II. Sur d’autres clichés, Kirk et Anne se rendent à l’étranger en tant qu’ambassadeurs de bonne volonté des États-Unis, un rôle que le couple endossait avec un avantage certain : celui qu’Anne, née en Allemagne et qui avait fui le Troisième Reich, parlait couramment cinq langues.

Kirk Douglas, à droite, et Anne Douglas avec l’ancien Premier ministre israélien Yitzhak Rabin. (Autorisation : The Douglas Archive)

Le couple s’était marié en 1954 et leur union devait durer 66 ans. Des images le montrent en train de passer des moments en famille, avec ses enfants et avec ses petits-enfants – notamment avec le fils de Kirk Douglas qui était né d’un premier mariage, Michael, qui devait devenir, lui aussi, une star de Hollywood. Il y a également des clichés pleins de tendresse de la seconde bar-mitzvah de Kirk, en 1999, qu’il avait organisée alors qu’il reconstruisait son lien avec la foi juive suite à un accident d’hélicoptère meurtrier qui avait eu lieu huit ans auparavant. Michael Douglas, lui aussi, s’est rapproché du judaïsme dont il s’était éloigné et il a reçu le Prix Genesis, en 2015, en reconnaissance de ses contributions au septième art, de son travail pour les Nations unies et de son amour pour Israël et pour ses origines juives.

Douglas – le jeune – a un emploi du temps chargé en ce moment avec différents projets et notamment « Ant-Man and the Wasp: Quantumania » et une série sur AppleTV+, « Franklin, » dans lequel il joue le père fondateur éponyme. Il a aussi récemment fait une apparition dans « The Late Late Show with James Corden, » où il a fait la promotion des archives mises sur internet et où il a rendu un hommage appuyé à Bar-Hama.

Quand Michael Douglas avait cherché à créer un hommage photographique à son père et à sa belle-mère, il était entré en contact avec Bar-Hama, qui s’est fait un nom au cours des 20 dernières années. Dans un article paru dans Deadline, le 4 février, Douglas estime que Bar-Hama « est un photographe israélien remarquable… qui a développé une technique et une caméra qui lui permettent de capturer des images en haute-résolution époustouflantes de l’artéfact le plus fragile ».

Le photographe Ardon Bar-Hama, à gauche, avec Michael Douglas tenant un Golden Globe lors d’une photo non-datée. (Autorisation)

Bar-Hama avait numérisé les rouleaux de la mer Morte en 2011 dans le cadre d’une collaboration entre Google et le musée d’Israël, en plus des versions chrétienne et juive de la Bible les plus anciennes à être connues sous leur forme complète – le Codex d’Alep en 20202 et le Codex Vaticanus en 2005, respectivement. Pour ce dernier, il avait réalisé le travail directement dans la chapelle privée du Vatican.

« Il faut être parfait dans ce qu’on fait – sur la manière de tenir le manuscrit, de traiter l’image, d’obtenir le meilleur rendu, le rendu le plus fidèle à l’original dans toute sa précision », explique Bar-Hama. « Il faut être aussi proche que possible de l’original de manière à ce que l’image se conserve pendant de longues années. »

Bar-Hama a, dans le cadre d’autres projets millésimes, numérisé les archives de sommités comme Sigmund Freud et Nelson Mandela, ainsi que la collection de l’orchestre philarmonique de New York. Si Bar-Hama a grandi en admirant le travail artistique et photographique d’Ansel Adams, il décrit son propre travail comme plus « technique » – faisant preuve ainsi d’une certaine modestie. Il le fait avec une caméra Alpa, de fabrication suisse, incorporant la lumière des UV pour la digitalisation.

« Même Michael [Douglas] a dit qu’il ne s’attendait pas à ce que je travaille aussi vite », déclare Bar-Hama. « Pas besoin d’enlever une photo de l’album, de la placer sur un scanner et d’attendre éternellement ».

Michael Douglas avait rencontré Bar-Hama grâce à un ami commun, George Blumenthal, homme d’affaires devenu philanthrope qui connaissait la star depuis 47 ans – et qui a d’ailleurs fait un passage-éclair mémorable dans l’un des films les plus connus de l’acteur, « Wall Street ». Pendant deux décennies, Blumenthal avait travaillé avec Bar-Hama sur de multiples projets, un grand nombre d’entre eux liés à la préservation de l’Histoire juive.

George Blumenthal, à gauche, avec Catherine Zeta-Jones et Michael Douglas sur une photo non-datée. (Autorisation)

« A ce que je sache, c’est le seul au monde à faire ce qu’il fait », dit Blumenthal, qualifiant son travail de « numérisation photographique » et affirmant que Bar-Hama a été l’inventeur de cette technique.

Blumenthal avait eu une révélation à l’Institut Ben-Zvi en Israël quand Bar-Hama était parvenu à numériser un grand nombre d’artéfacts en un temps très court – d’abord des documents liés à Sabbatai Zevi, messie juif auto-proclamé du 17e siècle au sein de l’empire Ottoman, puis le Codex d’Alep. Après avoir constaté la réussite et la qualité de son travail, les deux hommes s’étaient rapprochés et le duo s’était finalement consacré à d’autres projets et notamment au voyage fait au Vatican, où le photographe avait numérisé le Codex Vaticanus.

En plus de ses réalisations, un autre facteur a joué en faveur de Bar-Hama, selon Kim Morey, administratrice de la Douglas Foundation. Contrairement aux firmes qui, aux États-Unis, font un travail de numérisation, Bar-Hama souhaitait venir le faire sur place au lieu de se faire envoyer les documents.

« Il était la personne parfaite pour faire ce travail », dit Morey. « Il a un tel niveau de maîtrise de son art ! »

Issur Danielovitch, qui devait être connu sous le nom de Kirk Douglas, lorsqu’il était champion de lutte à la St. Lawrence University. (Autorisation : The Douglas Archive)

Bar-Hama s’était donc rendu à Los Angeles où se trouve le siège de la Douglas Archive. Arrivé à l’aéroport international, il s’était montré au quartier-général des archives, à Beverly Hills, son équipement rangé dans une valise à roulettes. Il avait entrepris son travail installé au vieux bureau de Kirk Douglas, triant les boîtes de documents qu’Anne Douglas avait rassemblés au fil des décennies. Logé dans un Airbnb, il avait travaillé pendant de nombreuses heures, refusant les offres de Morey de s’arrêter le temps de boire un verre d’eau – mais accueillant avec plaisir les recommandations sur les meilleurs restaurants casher du coin.

Il n’y avait pas seulement des photos à numériser, mais aussi des affiches de cinéma, des articles de presse et même des albums de fin d’année scolaire. Des documents qui valent également le coup d’œil : de l’album de promotion de Douglas, lors de l’une de ses années d’études à la St. Lawrence University, nous apprenons qu’Issur Danielovitch d’Amsterdam, à New York, était un champion de lutte imbattable et un acteur en herbe.

Douglas s’était tourné vers le journalisme en 1953, écrivant un article de journal où il évoquait ses souvenirs du tournage du « Jongleur » en Israël, notamment de sa rencontre avec Ben-Gurion ; de l’accueil chaleureux qu’il avait reçu de la part d’un mukhtar arabe, Ibrahim Abdul Abed, dans le village de Tamra et d’un adieu chaleureux à Tel Aviv, qui s’était conclu par les mots : « Que la paix soit avec vous ».

« Je ne pense pas que je connaîtrai une nouvelle fois le genre d’ovation que j’ai reçue lorsque j’ai terminé ma brève intervention par ce souhait sincère, dans lequel j’ai mis tout mon cœur et que j’ai prononcé en hébreu lors de ma dernière nuit à Tel Aviv », avait-il écrit.

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