Deux entreprises israélienne et israélo-émiratie signent un accord pétrolier
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Deux entreprises israélienne et israélo-émiratie signent un accord pétrolier

La prolongation de l'oléoduc Eilat-Ashkelon fera transiter d'importants volumes de pétrole ; L'ONG Zalul critique cet accord passé sans l'aval du ministère

Un terminal pétrolier de l'Eilat Ashkelon Pipeline Company à Eilat (CC BY 2.5 / Pikiwikisrael)
Un terminal pétrolier de l'Eilat Ashkelon Pipeline Company à Eilat (CC BY 2.5 / Pikiwikisrael)

L’oléoduc qui relie la station balnéaire d’Eilat, au bord de la mer Rouge, à la ville portuaire d’Ashkelon, en Méditerranée, sera prolongé jusqu’aux Émirats arabes unis, permettant ainsi à ces derniers d’acheminer les énergies fossiles directement en Europe, a annoncé une entreprise israélienne mardi.

Cette collaboration est considérée comme l’une des plus importantes à avoir vu le jour depuis que les deux pays ont établi des liens diplomatiques.

Le protocole d’accord a été signé entre la société publique Europe-Asia Pipeline Co. (EAPC), anciennement Eilat-Ashkelon Pipeline Co. et une société appelée MED-RED Land Bridge, qui est une entreprise commune entre les Israéliens et les Émiratis, selon une annonce.

La signature a eu lieu à Abou Dhabi en présence du secrétaire américain au Trésor Steve Mnuchin et d’autres responsables américains et émiratis, c’est-à-dire peu de temps avant qu’ils ne s’envolent pour Israël mardi pour une visite historique.

Dans un communiqué, EAPC évoque une collaboration importante pour le marché mondial de l’énergie, car elle offrira aux producteurs et aux raffineurs de pétrole un moyen court, efficace et rentable de transporter pétrole et produits pétroliers depuis le golfe arabo-persique jusqu’aux centres de consommation occidentaux, et permettra aux consommateurs d’Extrême-Orient d’accéder au pétrole produit dans les régions de la Méditerranée et de la mer Noire.

« MED-RED est en négociations avancées avec des acteurs majeurs à l’Ouest et à l’Est pour des accords de service à long terme », indique EAPC.

L’accord « est susceptible d’augmenter le volume des transferts de dizaines de millions de tonnes par an ».

L’accord est évalué à un montant de 700 à 800 millions de dollars sur plusieurs années, selon l’agence de presse Reuters, qui a relayé les propos d’un responsable anonyme.

Reuters indique que les livraisons pourraient commencer début 2021.

« Il ne fait aucun doute que cet accord est d’une grande importance pour le marché israélien, tant sur le plan économique que stratégique, avec des investissements conjoints qui s’étendront sur une décennie », commente le président d’EAPC, Erez Halfon.

Le MED-RED est détenu conjointement par Petromal, qui fait partie d’une holding nationale basée à Abou Dhabi, par la firme israélienne AF Entrepreneurship et par l’entreprise internationale d’infrastructure et d’énergie Lubber Line.

EAPC a été créée en 1968 pour assurer le transport du pétrole iranien vers Israël. Il a continué à fonctionner après l’arrêt de la distribution du carburant en raison de la révolution islamique, et, en 2014, il a été responsable de la pire marée noire de l’histoire d’Israël.

La fuite dans la canalisation de l’Eilat Ashkelon Pipeline Company après un déversement de pétrole dans la réserve naturelle d’Arava, dans le sud d’Israël, le 9 décembre 2014. (Crédit : Marc Israel Sellem/Jerusalem Post/POOL)

Cependant, l’accord a été rejeté par Maya Jacobs, directrice de l’association environnementale Zalul. Elle le perçoit comme « un danger mortel pour le golfe d’Eilat, la barrière de corail et le secteur touristique de la ville ».

« La signature rapide de l’accord, sans l’implication du ministère de la Protection de l’environnement, sans avis professionnel et sans examen des risques, est la preuve de la nécessité urgente de dissoudre EAPC, qui est exemptée des lois sur l’environnement et la transparence pour des raisons purement financières », a-t-elle réagi dans un communiqué.

« La quête de pétrole du Golfe nous mènera à une catastrophe certaine », a-t-elle ajouté, appelant à viser une énergie propre et renouvelable plutôt que « les sources d’énergie d’hier et l’argent entaché par les catastrophes environnementales et sanitaires ».

Les Émirats arabes unis ont déclaré mardi qu’ils souhaitaient faciliter l’ouverture réciproque des ambassades à Tel Aviv et Abou Dhabi « dès que possible », a déclaré le ministère israélien des Affaires étrangères, alors qu’une délégation émiratie de haut rang a effectué une visite historique dans l’État juif.

Le chef de la diplomatie israélienne a remis à son homologue une lettre dans laquelle il exprime l’espoir d’ouvrir une ambassade à Abou Dhabi le 25 septembre, dix jours après la signature des Accords d’Abraham à Washington.

La délégation des Émirats arabes unis a déjà signé quatre accords bilatéraux avec Israël, dont un accord d’exemption de visa.

Lors de la cérémonie d’accueil à l’aéroport Ben Gurion, les États-Unis, Israël et les Émirats arabes unis ont également annoncé la création d’un fonds d’investissement trilatéral visant à favoriser la coopération et la prospérité régionales. Le Fonds Abraham, doté de 3 milliards de dollars, sera basé à Jérusalem.

L’accord d’exemption de visas, qui a été signée et doit être ratifiée par les deux pays avant d’entrer en vigueur, est le premier accord de ce type entre Israël et un pays arabe.

Le vol Etihad Airways EY9607 – le premier vol commercial à relier les Émirats et Israël – a atterri lundi à Ben Gurion. Deux jours plus tôt, les deux pays ont convenu d’autoriser 28 liaisons commerciales hebdomadaires, selon un responsable du ministère israélien des Transports.

Le vol aller ne transportait pas de passagers, mais a ensuite acheminé une délégation israélienne du secteur du voyage et du tourisme à Abou Dhabi.

Jeudi, la Knesset a approuvé à une écrasante majorité l’accord de normalisation, signifiant qu’il sera ratifié dans un avenir proche.

Raphael Ahren a contribué à cet article.

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