Docaviv : entre Ulcan, l’alyah des Français et la Corée du Nord
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Docaviv : entre Ulcan, l’alyah des Français et la Corée du Nord

La 19e édition du Festival international du film documentaire, qui se déroule du 11 au 20 mai, explore le monde entier à travers une centaine de docus

Affiche du festival documentaire Docaviv. (Crédit : Facebok/Docaviv)
Affiche du festival documentaire Docaviv. (Crédit : Facebok/Docaviv)

« J’avais prévu de tuer Dieudonné ». Voilà comment commence le documentaire « Les patriotes » de Daniel Sivan sur le hacker désormais célèbre Ulcan, alias Gregory Chelli, qui du fond de son salon à Ashdod, fumant pétard sur pétard, a réussi à faire vaciller une partie de la fachosphère française.

Dans ce documentaire diffusé à Docaviv et en compétition, on applaudit lorsqu’il accule Alain Soral et Dieudonné dans leurs propres contradictions : « avec ses menaces et son harcèlement, gémissent-ils, il sème la terreur, cette situation n’est plus tolérable, on porte plainte ». Là, on exulte.

Moins lorsque ses « canulars » tournent mal, lorsqu’il fait débarquer le GIGN à 3 heures du matin dans l’appartement des parents d’un journaliste qui écrivait un article critique à son égard, au prétexte que le père aurait perdu la tête et tué femme et enfant, on rit nettement moins surtout lorsque quelques jours plus tard le père du journaliste décède d’une crise cardiaque.

Gregory Chelli, présent à la projection, a deux visages : une sorte de Robin des Bois du peuple juif d’un côté, et de l’autre un Marcel Bélivaux sans limite, capable de déclencher – conséquence ou pas, on ne le saura jamais – une mort par un simple coup de téléphone.

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Posted by ‎Docaviv דוקאביב‎ on Sunday, 14 May 2017

Docaviv. C’est 100 documentaires du monde entier, diffusés pendant dix jours au cœur de Tel Aviv. Avec des invités prestigieux, des jurés, des réalisateurs, des ateliers de travail, 4 palmarès : The Israeli Competition, the International Competition, the Depth of Field Competition, the Student Competition, sur tous les thèmes : politique, société, arts, musique, etc.

Sept documentaires français sont présents cette année, dont « La promise » d’Anat Schwartz, jeune réalisatrice israélienne au français impeccable et diplômée de la prestigieuse Femis (Ecole nationale supérieure des métiers de l’image et du son, à Paris), qui a décidé pour son premier essai, de réaliser un documentaire sur l’alyah française et plus précisément sur ses désillusions.

Elle filme des personnages dont un couple de Français qui s’installe à Netanya et qui repartira en France, déçu par ce qui est loin d’être un « Eldorado ». Plans fixes, style épuré, moment de vie à la Depardon et à la « Strip-tease », ce documentaire très réussi est touchant.

Anath Schwartz filme des portraits, l’un d’eux, plus gai, suit la journaliste Valérie Abecassis, devenue présentatrice vedette sur la chaine d’information i24 et qui a joliment réussi à faire son trou au Far West du Middle East : Israël.

Le centre de Tel Aviv, le 29 août 2016. Illustration. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Le centre de Tel Aviv, le 29 août 2016. Illustration. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

De manière surprenante, Julie Gayet aussi fait partie de ce festival, mais en tant que productrice via sa société Rouge Production, avec le documentaire : « Disappearance » de Anath Even.

Un ancien quartier « Manshiye » niché entre Jaffa et Tel Aviv où Juifs et Arabes vivaient avant que la municipalité ne décide dans les années 60 de détruire cet endroit pour en faire un quartier d’affaires. Il n’y reste plus que deux vestiges : la mosquée Hassan Bek et une ancienne bâtisse devenue le musée de l’Irgoun. Deux familles, l’une arabe, l’autre juive, reviennent sur les lieux et parlent de leur passé qui rime avec CNC.

Mais Docaviv, c’est aussi des documentaires délirants comme ce film du Norvégien Morten Traavik « Liberation day », l’histoire incroyable mais vraie de ce groupe inconnu slovaque « Laibach » qui a été choisi pour jouer en Corée du Nord, devant tous les haut dignitaires du régime.

Premier et unique groupe étranger à avoir été invité par l’état despote. Pourquoi lui ? Parce que dans leurs clips tournés en noir et blanc, dans leurs identités visuelles, leurs costumes, leur mise en scène, ils pastichent tous les codes des dictatures et du fascisme.

Le groupe Laibach. (Crédit : LAIBACH/CC BY-SA 3.0/WikiCommons)
Le groupe Laibach. (Crédit : LAIBACH/CC BY-SA 3.0/WikiCommons)

Et fait incroyable, cette identité visuelle est la seule qui soit familière, compréhensible aux dirigeants de la Corée du Nord. Il n’y ont pas vu le second degré (ni le troisième), c’est le serpent qui se mord la queue ! On penserait à un mockumentary mais non, tout est vrai, et rapidement le groupe réalise que Big Brother est tout autour et que pour chaque choix de chanson ou de costume, une dizaine de petits fonctionnaires qui les suivent partout doivent donner leur approbation.

Une chanson est censurée, car le groupe, pour créer un lien avec le public local et comme il est souvent d’usage dans les concerts, s’est permis de traduire quelques paroles de leurs chansons en coréen, pour faire une surprise. Or, il s’est avéré que la traductrice était de Corée du Sud, et certains mots respiraient malencontreusement trop l’ennemi ! La surprise fut jugée mauvaise et la chanson aussitôt bannie.

A la suite de la projection du film qui a eu lieu au Romano, bar en plein air branché du sud de Tel Aviv, les membres du groupe qui étaient présents, sont venus répondre aux questions, « et en Israël avez-vous subi des pressions de la part de Roger Waters (Pink Floyd) et de ses amis du BDS avant de venir ? »

« Oui bien sûr mais nous avons décidé de braver l’interdit pour nous faire une idée par nous-même » répondent-ils. Le public est conquis.

De la Corée du Nord à Israël il n’y a pas qu’un missile et le groupe pourra sans aucun doute se faire sa propre opinion.

Retrouvez le programme ici.

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