Edelstein : il faut revoir notre position sur le génocide arménien
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Edelstein : il faut revoir notre position sur le génocide arménien

En faisant référence à la Shoah, le président de la Knesset fustige l’ambivalence et déclare qu’Israël "ne peut se permettre de garder le silence"

Yuli Edelstein dans son bureau à la Knesset - 15 avril 2015 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Yuli Edelstein dans son bureau à la Knesset - 15 avril 2015 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Le président de la Knesset, Yuli Edelstein, a déclaré mardi qu’Israël devrait réexaminer sa position officielle sur la reconnaissance du génocide arménien, deux semaines après que des officiels israéliens ont eu peur d’employer ce mot aux commémorations marquant les 100 ans du génocide.

Israël a refusé de reconnaître formellement qu’il s’agit d’un « génocide », eu égard à l’opposition véhémente contre l’utilisation de ce mote par l’ancien allié turque.

Le président Reuven Rivlin, qui était l’un des plus fervents défenseurs de la reconnaissance du génocide lors de son mandat de président de la Knesset, a évité le terme lors de la récente commémoration du centenaire, décevant les dirigeants arméniens. Il l’a pourtant employé quelques semaines plus tôt lors d’un autre événement.

Mardi, Edelstein s’est exprimé contre l’ambivalence d’Israël, qualifiée de « trop hésitante, trop limitée ».

« C’est l’un des incidents les plus dramatiques et ignobles qui se soient produits au début du dernier siècle, a déclaré Edelstein. Ce n’est pas un secret que l’Etat d’Israël a pris jusqu’à présent une position ambivalente sur le génocide arménien. Une conjugaison de contraintes, diplomatiques et autres, a créé un état de fait dans lequel la position israélienne était trop hésitante, trop limitée et en conséquence, cela semble avoir diminué l’importance du terrible événement. »

Israël avait longtemps des liens forts avec la Turquie ce qui s’opposait clairement à la reconnaissance du génocide.

Même si les liens entre Jérusalem et Ankara sont à un niveau très bas depuis longtemps, reconnaître le génocide arménien pourrait voir s’éloigner plus encore toute possibilité de réconciliation.

En faisant référence à l’Holocauste, Edelstein a déclaré qu’Israël « ne peut pas se permettre de rester silencieux ».

« L’Etat d’Israël doit minutieusement examiner sa position officielle, puisque l’Histoire, comme nous le savons, ne peut être changée », a-t-il déclaré.

Dans le sillage d’Edelstein, plusieurs autres membres de la Knesset ont aussi apporté leur soutien à l’initiative.

La chef de Meretz, Zahava Gal-on, a déclaré que la question « dépassait les positions politiques. Ce n’est pas une question politique mais une question humaine ».

« Malheureusement, pendant de trop nombreuses années cette question a été un pion dans les mains de la politique étrangère d’Israël qui a choisi de sacrifier la vérité et la mémoire sur l’autel des intérêts », a-t-elle déclaré.

Le mois derniers, le député Nachman Shai (Union Sioniste) et Anat Berko (Likud) ont représenté la Knesset en Arménie lors des événements marquant le centenaire du génocide. C’était la première fois qu’Israël envoyait une délégation officielle aux cérémonies de commémoration.

S’exprimant à la Knesset mardi, Shai a déclaré : « A la cérémonie officielle en Arménie, ils ont aussi mentionné l’Holocauste. Il n’y a pas d’endroit où les gens parlent du génocide arménien sans que l’Holocauste ne soit mentionné. »

« Il y a des similarités et des différences entre l’Holocauste et le génocide arménien, et nous ne mélangeons pas les deux. Ce qui a eu lieu en Arménie est un génocide, nous devons venir à la conclusion qu’après 100 ans, le moment est venu pour l’humanité de se réveiller », a-t-il ajouté.

Berko a déclaré que « la tragédie arménienne n’est pas comme l’Holocauste des Juifs d’Europe et il n’y a pas de lieu de comparer le conflit entre les Arméniens et les Turques avec l’Holocauste des Juifs d’Europe. Alors que nous nous tenons devant la mémoire historique arménienne, nous sentons que la blessure est grande ouverte. »

L’appel d’Edelstein est une nouvelle tentatice d’un législateur israélien d’incité Israël à reconnaître le génocide arménien.

Rivlin était connu comme l’un des plus fervents partisans d’une reconnaissance sans équivoque du génocide, a déclaré Georgette Avakian, un membre du Comité sur la question arménienienne en Israël.

« Aujourd’hui, il est le président de l’Etat et les choses ne sont plus exactement les mêmes, a-t-elle déclaré au Times of Israël. Il n’a pas utilisé le mot ‘génocide’. »

La négation actuelle – par Israël – du génocide arménien s’est ainsi maintenue après plusieurs débats à la Knesset et même des efforts par un ancien ministre de l’éducation d’inclure le sujet au programme scolaire.

« La position d’Israël n’a pas changé, a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Emmanuel Nahshon dans un entretien le mois dernier. Israël et le peuple juif montrent leur solidarité et leur empathie avec le peuple et le gouvernement arménien à la lumière de la tragédie qu’ils ont enduré pendant la Première Guerre mondiale. »

Raphael Ahren contribué à cet article.

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