Egypte : La 1ère capitaine de bord mise en cause à tort dans la crise de Suez
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Egypte : La 1ère capitaine de bord mise en cause à tort dans la crise de Suez

Des rumeurs sur internet lui ont attribué la responsabilité de l'incident mais Marwa Elselehdar se trouvait à des centaines de kilomètres du canal quand l'accident a eu lieu

La première capitaine égyptienne de bateau Marwa Elselehdar. (Crédit : Instagram Photo/@marwa.elselehdar)
La première capitaine égyptienne de bateau Marwa Elselehdar. (Crédit : Instagram Photo/@marwa.elselehdar)

La première capitaine de bateau égyptienne a déclaré avoir été mise en cause après l’incident lié à l’énorme navire dans le canal de Suez, le mois dernier, qui a interrompu le commerce international pendant plusieurs jours – alors qu’elle se trouvait à ce moment-là à des centaines de kilomètres du lieu de l’accident.

Marwa Elselehdar a fait savoir que peu après la révélation du blocage du canal de Suez par l’Ever Given, le 24 mars, des rumeurs avaient circulé sur internet lui attribuant la responsabilité de l’incident.

Mais le bateau qu’elle commandait à ce moment-là, l’Aida IV, se trouvait à des centaines de kilomètres de là, dans la ville d’Alexandrie.

« J’ai ressenti un choc », a déclaré Elselehdar à la BBC.

« J’ai pensé qu’on me prenait pour cible peut-être parce que je suis une femme et que j’ai réussi dans mon domaine professionnel, ou parce que je suis Egyptienne, mais je n’ai aucune certitude », a-t-elle ajouté.

Ces rumeurs se sont propagées sur internet suite à l’image retouchée d’un gros titre de journal qui affirmait qu’elle avait été impliquée dans l’accident.

Cette image truquée, qui aurait émané du média Arab News, semble avoir été fabriquée à partir d’un article réel concernant Elselehdar, datant du 22 mars, qui n’avait aucun lien avec la crise de Suez.

Certains comptes Twitter ayant pris le nom d’Elselehdar ont aidé aussi à propager la rumeur de son implication dans l’échouage de l’Ever Given.

La jeune femme âgée de 29 ans a déclaré à la BBC ignorer qui était à l’origine de la rumeur et pour quelle raison elle avait été lancée.

Elle a noté que si certains commentaires avaient été durs, un grand nombre lui avaient apporté un soutien.

« J’ai décidé de me focaliser sur tout le soutien et sur tout l’amour dont j’ai bénéficié, et ma colère a disparu en laissant place à la reconnaissance », a-t-elle ajouté. « Mon message aux femmes qui veulent entrer dans le secteur maritime est le suivant : Battez-vous pour ce que vous aimez et ne laissez pas la négativité vous toucher ».

L’ Ever Given, un cargo battant pavillon panaméen, tiré par un remorqueur sur le canal de Suez en Egypte, le 29 mars 2021. (Crédit : Autorité du canal de Suez via AP)

Les femmes ne représentent que 2 % des 1,2 million de marins, et 94 % de ces femmes travaillent dans l’industrie de la croisière, selon l’Organisation maritime internationale.

Elselehdar a raconté avoir toujours été attirée par la mer et avoir voulu faire carrière dans ce secteur après que son frère a commencé ses études à l’Académie arabe des Sciences, des technologies et du transport maritime, une université régionale.

Elle s’était présentée à l’Académie – qui, à l’époque, n’acceptait que les hommes – et sa candidature avait été retenue grâce à l’intervention du président égyptien Hosni Moubarak.

Elle a été une victime régulière de sexisme durant toute sa carrière, a-t-elle souligné.

« A bord, il n’y avait que des hommes plus âgés, avec des mentalités différentes et c’était difficile de ne pas pouvoir trouver des gens qui avaient la même mentalité que moi pour pouvoir communiquer », a-t-elle dit. « Les gens, dans notre société, n’acceptent toujours pas l’idée qu’une femme puisse travailler sur la mer en restant loin de sa famille pendant un long moment ».

Le président égyptien Abdel Fattah el-Sissi lui avait rendu hommage au cours de la Journée des femmes, en 2017.

Elle est actuellement commandante en second et elle passera son examen final, qui lui permettra de se hisser au rang de commandante de bord, le mois prochain.

Son navire, qui appartient à l’Autorité de sûreté maritime égyptienne, approvisionne un phare sur la mer Rouge et sert pour des formations.

Les 422 bateaux bloqués pendant presque une semaine suite à l’échouage de l’Ever Given dans le canal de Suez ont pu reprendre leur navigation samedi.

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