Elections en Israël : Un nouveau problème pour le plan de paix Trump
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Analyse

Elections en Israël : Un nouveau problème pour le plan de paix Trump

Pour d'anciens diplomates et des experts du Moyen Orient, le temps travaille contre le plan car la campagne électorale américaine battra son plein quand Israël aura un gouvernement

Eric Cortellessa

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

Le président américain Donald Trump (à droite) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu se réunissent à l'Assemblée générale des Nations Unies,le 26 septembre 2018 au siège de l'ONU. (Crédit : AP/Evan Vucci).
Le président américain Donald Trump (à droite) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu se réunissent à l'Assemblée générale des Nations Unies,le 26 septembre 2018 au siège de l'ONU. (Crédit : AP/Evan Vucci).

WASHINGTON – La surprenante défaite du Premier ministre Benjamin Netanyahu la semaine dernière, lorsqu’il n’a pas réussi à former une coalition majoritaire et a déclenché de nouvelles élections, a plongé Israël dans une période de paralysie politique et d’incertitude.

De l’autre côté de l’Atlantique, elle a également remis en question le sort du plan de paix tant attendu du président américain Donald Trump pour le Moyen Orient, que l’administration avait prévu de dévoiler cet été.

Aujourd’hui, alors qu’Israël se dirige vers les élections du 17 septembre et que l’Amérique se prépare pour ses propres élections, d’anciens diplomates et experts américains de la région disent que la proposition de Trump pourrait ne pas voir le jour de sitôt.

« De toute évidence, cela signifie qu’il faut attendre que le gouvernement soit formé avant d’agir », a déclaré l’ambassadeur Dennis Ross, un diplomate américain expérimenté qui travaille depuis des décennies sur le dossier israélo-palestinien.

« Cela signifie qu’étant donné le moment des élections et des vacances, on parle de novembre », a dit M. Ross au Times of Israel. « Alors la question est de savoir dans quelle mesure l’administration est déterminée à aller de l’avant maintenant, puisque nos propres élections vont commencer ? »

Dennis Ross. (Flash90)

Dans le passé, M. Trump a déclaré qu’Israël « paiera le prix » de sa décision de déplacer l’ambassade des États-Unis de Tel Aviv à Jérusalem, et des responsables de la Maison Blanche comme Jared Kushner ont indiqué que la proposition obligerait les deux parties à faire des compromis difficiles.

Mais Trump ne voudra peut-être pas soumettre un plan qui comporte des éléments impopulaires pour la plupart des composantes de sa base.

« La question est de savoir si l’administration sera prête à présenter des éléments dont certains de ses partisans – évangéliques, juifs orthodoxes – seront mécontents », a dit Ross.

Kushner et l’envoyé de la Maison Blanche pour la paix au Moyen Orient, Jason Greenblatt, avaient déjà déclaré que le plan serait publié en juin. Le mois dernier, l’administration a annoncé qu’elle accueillait à Bahreïn un « atelier économique » pour discuter des stratégies d’amélioration de l’économie palestinienne, qui doit avoir lieu les 25 et 26 juin.

L’Autorité palestinienne a déclaré qu’elle boycotterait la conférence, affirmant qu’elle est biaisée et est en faveur d’Israël. Les Saoudiens, les Émirats arabes unis et le Qatar ont déclaré qu’ils y participeraient.

Jeudi, le Département d’Etat a déclaré que les Etats-Unis participeront toujours à la table ronde. Mais certains observateurs américains sont sceptiques.

« Je pense qu’il y a de vraies questions sur l’utilité d’un tel effort, quelles que soient les circonstances, mais surtout maintenant », a déclaré Susie Gelman, présidente du conseil d’administration du Israel Policy Forum, un groupe de pression qui préconise une solution à deux États. « Ils ne pourront pas organiser l’atelier économique et le faire suivre d’un plan politique en temps opportun. »

Mais Aaron David Miller, négociateur de paix de longue date au Moyen Orient dans les administrations démocrate et républicaine, a prédit que la réunion aurait lieu – au moins pour convaincre les acteurs régionaux qu’ils travaillent, en fait, sur un plan de paix.

Je pense que Bahreïn continuera d’être ce que j’appelle une « preuve de vie », a déclaré M. Miller au Times of Israel. « Qu’il existe quelque chose qui s’appelle le plan Kushner.

« Je pense qu’ils se débattent avec le timing de la deuxième partie de ce plan », a-t-il ajouté, faisant référence à la partie politique du plan. L’administration Trump a suggéré que sa proposition comporte deux composantes principales – économique et politique.

Miller a dit que l’équipe de Trump sera probablement aussi en train d’attendre Netanyahu, un proche allié du président.

Le président américain Donald Trump présente un décret signé reconnaissant la souveraineté d’Israël sur le plateau du Golan, sous le regard du Premier ministre Benjamin Netanyahu dans la salle de réception diplomatique de la Maison Blanche à Washington, le 25 mars 2019. (Saul Loeb/AFP)

Trump a été perçu comme aidant le Premier ministre israélien alors qu’il faisait face à une réélection difficile en mars dernier. Dans les jours et les semaines qui ont précédé les élections du 9 avril, M. Trump a reconnu la souveraineté d’Israël sur le plateau du Golan et a plus tard désigné le Corps des gardiens de la révolution iranienne comme un groupe terroriste – les deux étant considérés comme des cadeaux de campagne au Premier ministre.

« Si l’objectif est de naviguer entre l’échec total d’une part et ne pas mettre Netanyahu dans une position très difficile d’autre part, les élections ont seulement augmenté l’incertitude et la vulnérabilité de Netanyahu, » a dit Miller. « S’il y a quoi que ce soit là-dedans qui repousse les limites, et que nous entendons dire qu’il y aura quelque chose qui sera difficile pour les Israéliens, il est difficile de voir comment cela pourrait avoir un sens d’ici la mi-septembre ».

Pendant ce temps, ceux qui ont hâte de savoir ce que sera en fin de compte le plan de paix très attendu de Trump ne devraient pas retenir leur souffle.

« J’ai l’impression qu’ils tiennent compte de trois choses : ne pas échouer, ne pas aggraver les choses pour Netanyahu, et toujours garder un œil sur 2020 », explique Miller.

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