Erasmus +, un outil pour renforcer les relations franco-israéliennes
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Erasmus +, un outil pour renforcer les relations franco-israéliennes

Cette année universitaire, 57 étudiants israéliens et français profitent d'une bourse d'échange dont le budget total s'élève à 221 000 euros

Journaliste Société-Reportage

Des étudiantes sur le campus du mont Scopus de l'université hébraïque (Crédit :  Yonatan Sindel/Flash90)
Des étudiantes sur le campus du mont Scopus de l'université hébraïque (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Israël fait partie depuis quelques années du réseau Erasmus +, il s’agit du programme européen d’échange d’étudiants et d’enseignants entre les universités, et les grandes écoles européennes Erasmus (EuRopean Action Scheme for the Mobility of University Students), élargi aux pays non-européens partenaires de l’Union européenne.

Le but, affirme l’ambassadrice de France en Israël, Hélène Le Gal, est de familiariser les « étudiants en début de formation » avec le pays partenaire, afin d’accroître à terme les échanges entre chercheurs, laboratoires, universités et industries des deux pays.

En somme, le programme Erasmus est un des instruments de la boîte à outil diplomatique des pays européens.

Depuis 2015, date de son lancement jusqu’aujourd’hui, Erasmus + a connu une progression régulière. Si en 2015, il n’a concerné qu’un seul et unique candidat, « aujourd’hui, ils sont 57 étudiants israéliens et français à profiter de cette bourse, dont le budget total est de 221 000 euros, » détaille Le Gal. Ce qui constitue une aide d’environ 3 900 euros par étudiant.

Jacob Frenkel, de l’Institut Weizmann, à gauche, Bruno Le Maire, au centre, ministre français de l’Economie, et Hélène Le Gal, ambassadrice de France en Israël, en septembre 2017. (Crédit : autorisation)

Pour un étudiant non-français le prix d’une année universitaire en France varie entre 2 700 euros (pour une année en licence) à 3 770 euros (pour une année en master ou en doctorat). Une année universitaire israélienne coûte entre environ 2 500 euros et 6 000 euros.

La logique à l’oeuvre derrière le renforcement de cette coopération est pour la France « extrêmement intéressante, parce que cela permet d’amorcer un flux d’étudiants, » précise l’ambassadrice d’Israël en France, ajoutant que « les étudiants français sont assez nombreux en Israël, c’est la deuxième nationalité en Israël après les Américains ». On compte environ 2 150 étudiants provenant des Etats-Unis contre 760 originaires de France.

« Donc c’est plutôt les Israéliens qu’on cherche à attirer en France, continue Le Gal. Erasmus + va permettre de multiplier ces échanges qui eux-mêmes génèrent à terme des partenariats entre les universités, qui à leur tour renforcent la coopération entre les deux pays. Ces échanges d’étudiants amorcent aussi des échanges pédagogiques, des échanges entre professeurs ou entre laboratoires se mettent en place. C’est une vraie tendance ».

Illustration : vue de l’Université de la Sorbonne à Paris, jeudi 19 septembre 2013 (Crédit : AP Photo / Rémy de la Mauvinière)

A ce jour, 65 accords lient les universités israéliennes et françaises. Le plus ancien d’entre eux est conclu entre l’institut Pasteur et l’Institut Weizmann en 1975. Il a donné naissance au « Conseil Pasteur-Weizmann » qui se présente lui-même comme « le fleuron de la collaboration scientifique entre la France et Israël » dont l’objectif est de lutter « contre la maladie et la souffrance ».

De nouveaux partenariats Erasmus + ont été signés pour cette année 2018-2019. Ils concernent en France trois établissements : Science Po Paris, l’Université Lyon 1, et l’université Rennes 1. Côté Israël, quatre nouveaux établissements vont accueillir des étudiants français : l’université de Tel Aviv, l’université hébraïque de Jérusalem, le Technion et l’université du Neguev-Ben Gourion.

Cette année, à l’occasion de la saison croisée France Israël, et en dehors même du programme d’échange étudiant, plusieurs accords ont été signés dans différents champs de recherches scientifiques.

A l’initiative du professeur Victor Malka, un nouvel accord a été mis en place entre l’Institut Weizmann et le laboratoire d’optique appliquée (sous la tutelle CNRS, Ecole Polytechnique, ENSTA) de Gérard Mourou, lauréat du Prix Nobel 2018 de physique pour ses travaux sur les lasers,

En nano-biosciences, le projet ImagiNano, lancé en 2008 (appelé « Nabi » jusqu’en 2015), implique côté israélien, de nouveau l’Institut Weizmann, l’Université de Tel Aviv et l’Université hébraïque de Jérusalem et, côté français, le CNRS, Aix-Marseille Université et Central Marseille. Le projet couvre les domaines des nanosciences appliquées à l’optique, l’imagerie, l’endoscopie et la microscopie, pour des applications biomédicales.

Cependant, admet l’ambassadrice, « il y a encore un gap entre ces échanges d’étudiants et le nombre important de collaborations dans la recherche ».

Mesurée à l’aune des co-publications, qui sont de bons indicateurs de la coopération scientifique entre deux pays, la collaboration franco-israélienne est de bon niveau : en 2015, la France et Israël avaient produit conjointement 1 294 articles scientifiques.

« Nous sommes un gros partenaire d’Israël, se félicité l’ambassadrice qui note que ces collaborations ont augmenté ces deux dernières années : « Nous avons réalisé plus de 1 500 co-publications franco-israéliennes en 2017 ».

De fait, la France est aujourd’hui le cinquième partenaire d’Israël dans ce domaine, derrière les Etats-Unis, l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Italie.

Ces collaborations ont un avantage. Une fois amorcé, le travail commun continue de lui-même. « En fait, détaille Le Gal, une fois que ces chercheurs sont établis dans un domaine bien précis, la médecine ou l’optique par exemple, ils connaissent leurs homologues étrangers. Et là, ils ‘produisent’ ensemble de la recherche. Maintenant, nous essayons de faire mieux en amont, avec les étudiants en début de formation, et Erasmus + est un outil pour cela ».

« Les pays avec qui la France échange le plus d’étudiants hors Union européenne – pays concernés par le programme Erasmus + donc – sont les pays francophones : la Tunisie est en première position, mais Israël est devant l’Egypte, alors que celle-ci compte beaucoup plus d’habitants. Cela montre que c’est une très belle trajectoire ».

On retrouve le plus d’étudiants israéliens en Jordanie (« ce sont surtout les étudiants arabes qui participent à des échanges »), puis vient la Roumanie (avec 2619 étudiants israéliens selon l’Institut de statistiques de l’Unesco en 2016), les Etats-Unis (2 153) et la République de Moldavie (2 043).

En France, loin derrière en terme de nombre de mobilités (161 Israéliens ont étudiés en France en 2016), c’est Science-Po Paris qui est le plus actif dans les échanges avec Israël « avec l’université Aix-Marseille qui est très tournée vers la Méditerranée et vers Israël, le CNRS, et l’institut Pasteur et aussi de grandes universités, comme Lyon 1, Rennes 1, Sorbonne-Paris, » égraine Hélène Le Gal.

Exposition des étudiants de l’Académie Bezalel des Arts et du Design, à Jérusalem, en juillet 2016. (Crédit : Bezalel via JTA)

Le réputée école d’art Betzalel en Israël a aussi conclu des partenariats avec l’Ecole nationale supérieure de Paris-Cergy, avec les Beaux Arts de Paris et avec l’école d’architecture de la Villette.

Si les Israéliens, relativement peu francophones, sont plus nombreux à étudier en France c’est aussi parce que dans « l’enseignement supérieur français les études pour anglophones se généralisent. De plus, beaucoup de non-francophones commencent par une année d’étude de FLE – français langue étrangère – qui leur permet de suivre les cours en français ensuite » selon l’ambassadrice de France en Israël.

Hélène Le Gal affirme qu’aucune pression du mouvement BDS ne s’est faîte ressentir lors de la conclusion de ces nouveaux échanges. « Qu’est ce que c’est le BDS ?' » demande-t-elle ironique. « En vérité, affirme l’ambassadrice il concerne avant tout les campus américains. En France cela n’existe pas ou peu, cela reste très marginal ».

Si la France a connu quelques tentatives d’actions de boycott académiques (par exemple, une motion déposée pour « ne pas renouveler l’accord d’association avec Israël » à Paris 6 en décembre 2002 mais qui n’a pas abouti) le mouvement BDS se concentre avant tout sur la présence de produits alimentaires en provenance d’Israël dans les supermarchés français.

Aux Etats-Unis, le boycott académique est plus actif. Récemment, des membres du personnel enseignant des facultés se sont opposés à des programmes d’études en Israël.

Fin novembre 2018, la faculté du Pitzer College de Claremont, en Californie, a voté la suspension du programme d’études à l’étranger organisé à l’université de Haïfa. Et cet automne, deux enseignants de l’université du Michigan avaient refusé d’écrire un courrier de recommandation pour des étudiants qui désiraient étudier au sein de l’Etat juif.

Plusieurs associations universitaires, et notamment l’American Studies Association en 2013, avaient voté en faveur du boycott des universités israéliennes.

Les efforts déployés en France par les partisans du boycott n’ont pas réussi à endiguer la progression des rapports académiques – la progression des collaborations scientifiques -, culturels – la Saison France Israël qui vient de se conclure – et commerciaux entre les deux pays.

Selon le ministère de l’Économie et des Finances français, « après leur augmentation de 15 % en 2015 et une stagnation en 2016, les exportations françaises de biens en Israël ont connu une croissance de 12,9 % sur l’année 2017″.

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