Face à Trump, le Hamas parie sur sa survie et obtient gain de cause ; l’Iran suit la même voie
Dans son discours au Congrès, le président américain a revendiqué avec raison ses succès à Gaza et face à Téhéran, mais ni l’un ni l’autre n’ont été neutralisés et tous deux attendent patiemment 'l’après-Trump'
David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Lors de son discours sur l’état de l’Union mardi soir, le président américain Donald Trump s’est longuement félicité d’avoir obtenu la libération des 20 derniers otages encore en vie retenus à Gaza, ainsi que, par la suite, des 28 otages assassinés, dans le cadre de l’accord conclu en octobre 2025 entre Israël et le Hamas sous son impulsion.
« Grâce au cessez-le-feu que j’ai négocié, tous les otages, vivants ou morts, ont été ramenés chez eux », s’est-il auto-congratulé. « Vous vous rendez compte ? Personne ne pensait que c’était possible. Personne ne pensait que c’était possible. »
Dans le même ordre d’idées, le président s’était déjà réjoui en juin dernier que « l’armée américaine ait anéanti le programme d’armes nucléaires de l’Iran grâce à une attaque sur le sol iranien connue sous le nom d’opération Midnight Hammer ». Le terme « anéanti », qu’il n’a eu de cesse d’utiliser pour décrire l’état du programme nucléaire des ayatollahs, paraît toutefois excessif, la majeure partie de l’uranium enrichi à 60 % de l’Iran ayant probablement survécu à la guerre de 12 jours entre Israël, les États-Unis et l’Iran.
Son principal négociateur, Steve Witkoff, a d’ailleurs averti samedi sur Fox News que « les Iraniens sont probablement à une semaine de disposer de matériaux de qualité industrielle pour fabriquer des bombes, ce qui est extrêmement dangereux ».
Trump peut néanmoins légitimement revendiquer des avancées majeures dans la lutte contre le groupe terroriste islamiste du Hamas et contre son principal soutien, la République islamique, régime animé par une idéologie expansionniste et des ambitions régionales affirmées.
Le problème est que, sur ces deux fronts, l’ennemi est affaibli, certes – mais loin d’être définitivement vaincu.
À Gaza, comme l’a expliqué en détail mon collègue Lazar Berman dans un article particulièrement préoccupant publié cette semaine, le Hamas conserve le contrôle de la moitié de l’enclave, là où réside l’essentiel de la population. Et il s’emploie discrètement à préserver son influence, même si – et lorsque – le Comité national pour l’administration de Gaza (CNAG), affilié à l’Autorité palestinienne (AP) et placé en dernier ressort sous la supervision de Trump, commencera officiellement à exercer certaines responsabilités administratives dans la bande de Gaza.
Le Hamas œuvre sans relâche à ce que j’appellerais la « déterrorisation » de ses commandants militaires, en les plaçant, selon Berman, à des « postes civils clés appelés à intégrer l’appareil gouvernemental du CNAG ». Cela confirme l’avertissement en janvier par Tsahal au Premier ministre Benjamin Netanyahu, que « le Hamas met en œuvre, sur le terrain, des mesures destinées à préserver son influence et son emprise dans la bande de Gaza ‘de bas en haut’, en intégrant ses membres et ses partisans dans les administrations publiques, les appareils de sécurité et les autorités locales. »
Berman décrit en détail la planification stratégique du Hamas pour assurer sa domination, et neutraliser de l’intérieur, le comité technocratique censé exercer l’autorité, au lieu d’être relégué à la marge. Il souligne également que le Hamas refuse catégoriquement d’accéder à la demande des États-Unis et d’Israël de déposer les armes. La semaine dernière encore, note-t-il, le nouveau chef du Hamas à Gaza, Izz al-Din al-Haddad, « a nommé de nouveaux responsables du renseignement, des commandants régionaux ainsi que des chefs chargés de la fabrication d’armes et de la propagande ».
En résumé, si Trump a bel et bien mis en place un cadre général destiné à ramener la paix et la stabilité à Gaza, et par extension, à Israël, le Hamas reste, sans surprise, déterminé à empêcher que ce projet n’aboutisse. Et, à ce stade, il en a pleinement les moyens.
Pour ce qui est de l’Iran, le président américain cherche désormais à conclure un accord de long terme avec les ayatollahs afin de s’assurer, une fois encore, qu’ils ne puissent accéder à l’arme nucléaire. Israël réclame également des garanties portant sur l’arrêt du programme de missiles balistiques iranien et sur la fin du soutien apporté au Hamas, au groupe terroriste chiite libanais Hezbollah, ainsi qu’à d’autres mandataires régionaux.
Après avoir déployé des forces militaires considérables dans la région, Trump espère ne pas avoir à les engager pour obtenir un accord viable. Il sait parfaitement, ainsi qu’il l’a déclaré mardi soir, que « le régime et ses mandataires meurtriers n’ont fait que répandre le terrorisme, la mort et la haine » au cours des 47 années écoulées depuis la prise de pouvoir des ayatollahs.
« Ce sont des gens terribles », a-t-il lancé, visiblement consterné. « Ils ont déjà développé des missiles capables de menacer l’Europe et nos bases à l’étranger. Et ils travaillent à la mise au point de missiles qui atteindront bientôt les États-Unis d’Amérique. Après l’opération Midnight Hammer, ils ont été avertis de ne plus tenter de reconstruire leur programme d’armement, en particulier nucléaire. Mais malgré cela, ils continuent et recommencent depuis le début. Nous l’avons anéanti, et ils veulent tout relancer ; à l’heure actuelle, ils poursuivent de nouveau leurs ambitions sinistres. Nous négocions avec eux. Ils veulent conclure un accord. Mais nous n’avons pas entendu ces mots décisifs : ‘Nous n’aurons jamais d’arme nucléaire.’ »
Selon Witkoff, le président peine à comprendre « pourquoi ils n’ont pas capitulé », compte tenu de la pression militaire américaine et « de la puissance maritime et navale déployée dans la région ».
Mais les ayatollahs raisonnent sur le temps long. Ils savent que le mandat de Trump ne représente plus qu’un bref instant à l’échelle de l’histoire, et ils parient que ses successeurs feront preuve de moins de fermeté à leur égard.
Tout comme le Hamas en octobre 2025, le régime de Téhéran calcule qu’il peut conclure avec Trump un accord qui lui fera gagner du temps et garantira sa survie. Une « capitulation », en revanche, accélérerait sa chute. Accepter les exigences étendues défendues par Israël s’apparenterait à une quasi-reddition, vécue comme une humiliation intérieure, fragilisant un pouvoir maintenu par la répression et risquant d’attiser des troubles domestiques accrus.
Et si aucun accord acceptable ne peut être trouvé à brève échéance, le régime préférera subir une frappe militaire limitée – fût-elle spectaculaire, comme l’élimination ou une extraction « à la vénézuélienne » de son guide suprême Ali Khamenei – pour en ressortir meurtrie, mais debout, ses fidèles rassemblés, sa population découragée et dissuadée de contester son autorité.
Trump a utilisé tous les leviers propres à sa fonction présidentielle pour contraindre le Hamas à accepter l’accord d’octobre. Comme il l’a rappelé à juste titre mardi soir, peu imaginaient que le Hamas renoncerait à ses principaux atouts de négociation – les derniers otages, et surtout ceux encore en vie.
Il l’a pourtant fait, estimant que leur libération permettrait d’éviter une poursuite et une intensification de l’offensive israélienne, et qu’il pourrait ainsi se reconstituer, se réorganiser et reprendre les rênes de Gaza. Les faits semblent lui donner raison.
Les ayatollahs misent sur une dynamique similaire : soit un accord qu’ils jugeront supportable, soit même une frappe américaine qu’ils pourront absorber, pourvu qu’elle leur permette de conserver le pouvoir et la capacité de poursuivre leurs ambitions meurtrières, notamment celle de travailler, à terme, à la disparition d’Israël.
Dans son discours sur l’état de l’Union, Trump pouvait légitimement mettre en avant les résultats obtenus face aux menaces posées par le Hamas et par le régime iranien. Mais, en dépit des avancées, ces menaces ont été contenues temporairement – non neutralisées.
Le Hamas n’a pas disparu. La République islamique non plus.
Trump préférerait manifestement que la diplomatie l’emporte sur la force dans ces deux théâtres de confrontation. Il subit par ailleurs de fortes pressions intérieures pour maintenir les États-Unis à l’écart de nouveaux conflits.
Entre ces calculs stratégiques se trouvent les civils de Gaza. Près de 100 millions d’Iraniens réprimés. Et Israël.
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