Le Hamas se servirait des instances de Trump pour conserver le contrôle de Gaza
Des documents révèlent que le groupe terroriste nomme les chefs de sa branche armée à des postes civils qui lui permettront de conserver le pouvoir via le NCAG, tout en se préparant à une nouvelle attaque contre Israël

Le président américain Donald Trump poursuit sans relâche son projet d’une bande de Gaza qui, dans l’après-guerre, ne serait plus entre les mains du Hamas. Toutefois, des informations qui ont été obtenues par le Times of Israel montrent que le groupe terroriste palestinien n’est guère déterminé à lâcher la barre – prenant des initiatives efficaces et concrètes pour s’assurer de garder le contrôle de l’enclave.
Selon des documents qui ont été consultés par le Times of Israel, le Hamas est en train de préparer un gouvernement fantôme. Il cherche aussi à obtenir des postes civils que pourront occuper certains commandants de sa branche armée dès que les dirigeants technocrates liés à l’Autorité palestinienne (AP) entreront en fonction à Gaza.
Lors de la première réunion du Conseil de Paix, qui s’est tenue à Washington la semaine dernière, Trump a obtenu des promesses de financement à hauteur d’environ 7 milliards de dollars pour la reconstruction de l’enclave. Cinq pays se sont engagés, de surcroît, à envoyer des troupes à la nouvelle Force internationale de stabilisation (ISF), destinée à remplacer les troupes israéliennes à Gaza.
On observe également certains signes de progrès au plus près du territoire ravagé par la guerre, déclenchée par le du pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023.
Ainsi, le Comité national pour l’administration de Gaza (NCAG), une instance technocratique chargée de gérer les affaires civiles quotidiennes dans l’enclave, est désormais opérationnel – même si son siège reste, pour le moment, au Caire et qu’aucune date n’a encore été fixée pour son entrée dans la bande.
Le NCAG recrute également des candidats qui intègreront une force de police transitoire destinée à servir d’agence civile chargée de faire appliquer la loi dans l’enclave.
« En ce qui concerne Israël, nous avons accompli la plus grande chose qui soit », a déclaré Trump lors de son discours devant le Conseil de Paix.
« Nous avons actuellement la paix au Moyen-Orient. »
Cependant, malgré les efforts livrés à l’international et malgré les déclarations optimistes qui ont pu être faites par le Conseil de Paix et d’autres instances, des documents internes du Hamas qui ont été consultés par le Times of Israel montrent que le groupe terroriste n’a guère l’intention de renoncer au contrôle de Gaza dans la pratique – même s’il semble y consentir en théorie.
Un nouveau rôle pour les commandants du Hamas
Quatre mois après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, Israël contrôle toujours plus de la moitié de la bande de Gaza, mais la quasi-totalité de ses deux millions d’habitants se trouvent dans des zones placées sous le contrôle du Hamas.
En vertu de l’accord qui a mis un terme à la guerre, le Hamas doit transférer la gestion quotidienne de Gaza au NCAG. Ce comité palestinien technocratique, formé de quinze membres, est présidé par un ancien vice-ministre de l’AP, Ali Shaath, qui travaillera sous l’égide du diplomate Nikolay Mladenov, haut représentant du Conseil de Paix chargé de superviser la transition à Gaza.
Tout en refusant de désarmer, le Hamas s’efforce de donner l’impression qu’il coopère suffisamment en renonçant au contrôle civil de Gaza pour satisfaire les principaux États médiateurs.
« Les protocoles sont prêts, les dossiers sont complets et les comités sont en place pour superviser le transfert, garantissant ainsi le transfert complet de la gouvernance dans la bande de Gaza, dans tous les secteurs, au comité technocratique palestinien chargé de la gestion de la bande de Gaza », a déclaré à l’AFP la semaine dernière le porte-parole du Hamas, Hazem Qassem.
Le Hamas se prépare en effet à remettre ses archives et tous les dossiers relatifs à ses ministères, a appris le Times of Israel.
Mais selon les documents consultés par le Times of Israel, Izz al-Din al-Haddad, qui a remplacé Muhammad Sinwar après son élimination par une frappe israélienne en mai dernier, a donné l’ordre aux membres du Hamas de faire des copies de tous les dossiers qui ont été remis au nouveau gouvernement.
Ce qui permettra au groupe terroriste de conserver une trace des employés qui pourraient bien, à l’avenir, être menacés ou soumis à des pressions si nécessaire.
L’armée israélienne a averti le gouvernement que le Hamas s’adaptait à la situation qui se met actuellement en place à Gaza en s’assurant que ses membres occuperont des postes clés.
« Le Hamas prend des mesures sur le terrain visant à préserver son influence et son emprise sur la bande de Gaza depuis la base en intégrant ses agents dans les bureaux gouvernementaux, dans les appareils de sécurité et au sein des autorités locales », explique Tsahal dans un document qui a été présenté au Premier ministre Benjamin Netanyahu, fin janvier.
Les documents consultés par le Times of Israel montrent en effet que le groupe terroriste a concentré ses efforts, ces dernières semaines, sur le transfert de membres de sa branche armée,, les Brigades Ezzedine al-Qassam, vers des postes civils qui devraient faire partie intégrante de l’appareil gouvernemental du NCAG.
Des ordres écrits, qui semblent provenir de Haddad, contiennent des instructions spécifiques concernant le transfert de commandants des Brigades Ezzedine al-Qassam vers des postes civils. Objectif : qu’ils puissent travailler avec le nouveau gouvernement technocratique.
Deux sources palestiniennes ayant une connaissance directe des opérations du Hamas ont indiqué à Reuters, la semaine dernière, que le groupe terroriste avait nommé cinq gouverneurs de district, qui entretiennent tous des liens avec les Brigades Ezzedine al-Qassam. Ils ont également remplacé des hauts fonctionnaires des ministères de l’Économie et de l’Intérieur de Gaza, qui gèrent respectivement la fiscalité et la sécurité, ont ajouté ces sources.
Ce mois-ci, le ministère de la Santé du Hamas a diffusé une vidéo du nouveau vice-ministre de la Santé visitant les hôpitaux de Gaza.
« Shaath a peut-être la clé de la voiture, et il est peut-être même autorisé à la conduire, mais c’est une voiture du Hamas », a déclaré l’une de ces sources à Reuters.
Les services de renseignement internes du Hamas semblent également intacts.
Le Times of Israel a pu consulter un ordre écrit par un commandant de brigade du Hamas dans lequel il ordonne à ses forces de renforcer la surveillance de plusieurs sites, notamment les hôpitaux, et de signaler tout élément suspect aux commandants locaux.
Le conflit à venir
Selon les informations qui ont été recueillies par le Times of Israel, certains éléments indiquent que le Hamas estime qu’un nouveau conflit armé de grande intensité avec Israël n’est qu’une question de temps.
Cette prévision constitue l’un des rares points d’accord entre Israël et le Hamas.
Le mois dernier, un haut responsable de l’establishment de la sécurité israélien a estimé qu’il semblait de plus en plus probable qu’une intervention militaire contre le Hamas serait nécessaire pour le désarmer, celui-ci refusant de renoncer à ses armements dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu.
Un positionnement qui a été ouvertement revendiqué par les hauts responsables du Hamas.
« Criminaliser la résistance, ses armes et ses combattants, c’est quelque chose que nous ne pouvons pas accepter », a déclaré Khaled Meshaal lors d’une conférence à Doha, au début du mois.
« Tant qu’il y aura occupation, il y aura résistance. La résistance est un droit des peuples sous occupation […] C’est quelque chose dont les nations sont fières », a ajouté Meshaal.
Selon une source israélienne, le Hamas serait prêt à placer ses armes « lourdes » (roquettes et explosifs) dans des entrepôts qui seront gardés par Tsahal et par les Égyptiens.
Le groupe terroriste est également prêt à remettre les plans de ses tunnels, mais selon certaines sources, il ne divulguera probablement pas l’existence de tous ses souterrains.
L’armée estime qu’au moins 60 % des tunnels du Hamas sont encore intacts – un chiffre qui pourrait être plus élevé, car elle ignore combien il y en a en totalité.
Un responsable israélien de la sécurité a déclaré au Times of Israel que le Hamas était déterminé à conserver ses fusils d’assaut semi-automatiques AK-47 et ses lance-grenades antichars, mais il a souligné qu’Israël n’autoriserait en aucun cas un tel scénario.
Les seules armes que les forces palestiniennes pourraient conserver, selon le responsable, sont des armes de poing – mais elles seront uniquement placées entre les mains d’une nouvelle force de police gazaouie, pas entre celles du Hamas.
Selon toute vraisemblance, le groupe terroriste craint que les grands clans anti-Hamas de Gaza ne cherchent à se venger après des années de répression brutale s’ils devaient remettre leurs AK-47.
Il veut également s’assurer d’être prêt à combattre à nouveau Tsahal, car il est convaincu qu’Israël va réinvestir les zones contrôlées par le groupe terroriste, a appris le Times of Israel d’un message qui avait été envoyé par les dirigeants du Hamas à Gaza à leur bureau politique, au Qatar.
Pour se préparer à ce combat, Haddad aurait réorganisé le conseil militaro-politique du Hamas, la semaine dernière.
Selon les informations recueillies par le Times of Israel, il aurait ainsi nommé de nouveaux chefs des services de renseignement, des commandants régionaux, ainsi que des responsables de la fabrication d’armes et de la propagande.
Le porte-parole de l’armée israélienne n’a pas souhaité commenter les détails des plans du Hamas révélés par le Times of Israel, mais il a confirmé que le groupe terroriste s’efforçait de reconstituer ses forces armées.
« Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, [le Hamas] a violé les accords et s’efforce de restaurer ses capacités militaires, notamment en prenant des mesures pour préserver son contrôle souterrain, de manière à pouvoir reconstruire sa puissance en violation de l’accord », a déclaré le porte-parole dans un communiqué.
Selon une source au fait de la position israélienne, Israël a fait valoir à Trump que pour que sa vision de la paix au Moyen-Orient se concrétise – et peut-être pour qu’il remporte le prix Nobel de la paix – le Hamas devait absolument être désarmé.
Selon cette source, Israël a déclaré à la Maison Blanche qu’il n’y avait qu’une seule façon d’y parvenir : que Tsahal retourne à Gaza. Selon Israël, cette opération serait beaucoup plus rapide et plus agressive que les précédentes, car il n’y a plus d’otages dans la bande de Gaza et l’armée israélienne peut opérer partout et à pleine puissance.
Jacob Magid et Emanuel Fabian ont contribué à cet article.
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