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Le Hamas renforce son emprise sur Gaza, accentuant les doutes sur le plan Trump

Le groupe terroriste cherche à faire partie du gouvernement et de la police d'après-guerre ; le NCAG "détient peut-être la clé de la voiture, mais c'est une voiture du Hamas", dit une source interne

Des terroristes armés du Hamas recherchant les restes de l'otage israélien Ran Gvili, dans le quartier de Zeitoun, à Gaza-City, le 7 janvier 2026. (Crédit : Abdel Kareem Hana/AP)
Des terroristes armés du Hamas recherchant les restes de l'otage israélien Ran Gvili, dans le quartier de Zeitoun, à Gaza-City, le 7 janvier 2026. (Crédit : Abdel Kareem Hana/AP)

Selon une évaluation militaire israélienne consultée par Reuters et selon des sources au sein de la bande de Gaza, le groupe terroriste palestinien du Hamas renforce son emprise sur l’enclave en plaçant des fidèles à des postes clés du gouvernement, en percevant des impôts et en versant des salaires.

L’influence continue du Hamas sur les structures les plus essentielles du pouvoir à Gaza alimente un scepticisme généralisé quant aux perspectives du plan de paix du président américain Donald Trump, qui exige que le groupe terroriste renonce à ses armes en échange d’un retrait militaire israélien de la totalité de la bande de Gaza.

Le Conseil de Paix de Trump, chargé de superviser la gouvernance transitoire de Gaza, tiendra sa réunion inaugurale à Washington jeudi.

« Le Hamas prend des mesures sur le terrain visant à préserver son influence et son emprise sur la bande de Gaza ‘de bas en haut’ en intégrant ses partisans dans les administrations, les appareils de sécurité et les autorités locales », expliquait Tsahal dans un document présenté au Premier ministre Benjamin Netanyahu fin janvier.

Le Hamas se dit prêt à céder l’administration de l’enclave à un comité de technocrates palestiniens soutenu par les États-Unis et dirigé par Ali Shaath, un ancien responsable de l’Autorité palestinienne (AP) en Cisjordanie. Mais, selon lui, Israël n’a pas encore autorisé les membres du comité à entrer à Gaza pour assumer leurs responsabilités.

Netanyahu n’a pas répondu aux questions de Reuters concernant l’emprise du Hamas sur Gaza.

Des terroristes des Brigades Ezzedine al-Qassam, la branche armée du Hamas, participant à un défilé pour célébrer l’accord de cessez-le-feu entre le Hamas et Israël, à Deir al-Balah, dans la bande de Gaza, le 19 janvier 2025. (Crédit : Abdel Kareem Hana/AP Photo)

Un responsable du gouvernement israélien, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a rejeté toute idée d’un rôle futur pour le groupe terroriste, la qualifiant de « fantasme tordu », et a déclaré : « Le Hamas est fini en tant qu’autorité gouvernante dans la bande de Gaza. »

L’armée israélienne a refusé de commenter les allégations du Hamas.

Les responsables militaires israéliens affirment que le Hamas, qui refuse de désarmer, a profité du cessez-le-feu d’octobre pour reprendre le contrôle des zones évacuées par les troupes israéliennes.

Israël contrôle toujours plus de la moitié de la bande de Gaza, mais la quasi-totalité de ses 2 millions d’habitants se trouvent dans les zones contrôlées par le groupe terroriste.

Reuters n’a pas pu déterminer l’ampleur totale des nominations du Hamas et de ses tentatives pour renflouer ses caisses.

Nouveaux gouverneurs

Selon deux sources palestiniennes ayant une connaissance directe des opérations du Hamas, le groupe terroriste a nommé cinq gouverneurs de district, tous liés à sa branche armée, les Brigades Ezzedine al-Qassam.

Il a également remplacé des hauts responsables des ministères de l’Économie et de l’Intérieur de Gaza, qui gèrent respectivement la fiscalité et la sécurité, ont indiqué ces sources.

Ali Shaath, chef du Comité national pour l’administration de Gaza (NCAG), au Caire, en Égypte, le 19 janvier 2026. (Crédit : AFP)

Ce mois-ci, le ministère de la Santé du Hamas a diffusé une vidéo du nouveau vice-ministre de la Santé visitant les hôpitaux de Gaza.

« Shaath a peut-être la clé de la voiture, et il est peut-être même autorisé à la conduire, mais c’est une voiture du Hamas », a déclaré l’une des sources à Reuters.

L’armée israélienne semble être parvenue à une conclusion similaire.

« À l’avenir, sans le désarmement du Hamas et sous l’égide du comité technocratique, le Hamas réussira, selon nous, à préserver son influence et son contrôle sur la bande de Gaza », indique-t-elle dans son évaluation, qui a été rapportée pour la première fois par la Treizième chaîne.

Des Gazaouis marchant dans une rue entourée de bâtiments détruits lors d’opérations aériennes et terrestres de l’armée israélienne, pendant une tempête de sable à Gaza-City, le 14 février 2026. (Crédit : Jehad Alshrafi/AP Photo)

Ismail al-Thawabta, directeur du bureau des médias du gouvernement contrôlé par le Hamas, réfute l’idée qu’il s’agisse de nouvelles nominations. Il affirme que des remplaçants temporaires ont été trouvés pour les postes laissés vacants pendant la guerre, afin « d’éviter tout vide administratif » et de garantir que les habitants bénéficieront bien des services essentiels, le temps que les négociations sur les prochaines étapes du processus de paix se poursuivent.

Le département d’État américain et le Comité national pour l’administration de Gaza (NCAG) de Shaath n’ont pas répondu aux demandes de commentaire.

Une source proche du NCAG, composé de quinze membres, a déclaré qu’il était au courant des actions du Hamas et qu’il n’en était pas satisfait.

Samedi, le NCAG a publié une déclaration dans laquelle il exhortait les médiateurs internationaux à intensifier leurs efforts pour résoudre les questions en suspens.

À LIRE : Comprendre les différents organes de supervision sur Gaza créés par Trump

Il y affirmait également qu’il ne serait pas en mesure de s’acquitter de ses responsabilités « sans les pleins pouvoirs administratifs, civils et policiers nécessaires pour mettre en œuvre efficacement son mandat ».

Le Conseil de Paix s’apprête à tenir sa première réunion

La nomination du comité de Shaath en janvier a marqué le début de la phase suivante du plan Trump visant à mettre fin à la guerre à Gaza, même si les éléments clés de la première phase, notamment la cessation complète des hostilités entre Israël et le Hamas, ne sont toujours pas réalisés.

Le Conseil de Paix devrait recevoir jeudi les rapports sur les travaux du NCAG.

Trump devrait également annoncer les pays qui engageront du personnel pour la Force internationale de stabilisation (ISF), autorisée par l’ONU, et qui aideront à former une nouvelle force de police palestinienne, sous la direction du NCAG.

En janvier, Reuters rapportait que le Hamas cherche à intégrer 10 000 de ses « policiers » dans la nouvelle force. Parmi eux figurent des centaines de membres de son puissant service de sécurité interne, qui a fusionné avec la police, ont déclaré deux sources à Gaza.

Le Hamas n’a pas immédiatement répondu à une demande de commentaires sur cette affirmation.

Interrogé pour savoir si Israël allait aborder la question de l’ancrage du Hamas à Gaza lors de la réunion de jeudi, le bureau de Netanyahu n’a pas souhaité faire de commentaire.

Un terroriste du Hamas montant la garde tandis que des travailleurs égyptiens, accompagnés de membres du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), utilisent une pelleteuse pour rechercher la dépouille du dernier otage dans le camp de réfugiés de Jabaliya, dans le nord de la bande de Gaza, le 1ᵉʳ décembre 2025. (Crédit : Omar Al-Qattaa/AFP)

Israël n’a cessé de réaffirmer son opposition à tout rôle du Hamas à Gaza après que celui-ci a attaqué le sud d’Israël en octobre 2023, tuant plus de 1 200 personnes.

Selon le ministère de la Santé contrôlé par le Hamas, qui ne fait pas de distinction entre civils et terroristes, les frappes aériennes et terrestres israéliennes sur l’enclave auraient fait plus de 72 000 morts.

L’un des objectifs déclarés de la campagne israélienne était de « démanteler les capacités de gouvernance du Hamas » à Gaza.

En 2007, le Hamas avait pris le contrôle de Gaza à l’issue d’un coup d’État sanglant, chassant – sauvagement – le parti du dirigeant de l’AP, le Fatah.

Depuis lors, les nominations aux ministères et aux fonctions municipales sont décidées par la branche politique du Hamas. Il a également mis en place sa propre fonction publique, qui emploie des dizaines de milliers de personnes.

Selon le document militaire israélien, au moins quatorze des dix-sept ministères de Gaza sont désormais opérationnels, contre cinq au plus fort de la guerre. Au moins treize des vingt-cinq municipalités ont également repris leurs activités.

Thawabta, du Hamas, a déclaré que « cette reprise relative » n’était pas le fruit de « considérations politiques ».

« Les mesures organisationnelles prises au cours de la période écoulée étaient nécessaires pour empêcher l’effondrement du système de services et ne sont en contradiction avec aucun accord futur », a-t-il indiqué à Reuters.

Des bâtiments détruits lors des opérations terrestres et aériennes israéliennes, dans le nord de la bande de Gaza, vus depuis le sud d’Israël, le 2 février 2026. (Crédit : Leo Correa/AP Photo)

Selon les deux sources, le Hamas a nommé les cinq gouverneurs, ainsi que quatre maires, pour remplacer les personnes éliminées ou démis de leurs fonctions pendant la guerre.

Le choix de personnes liées à sa branche armée pour ces postes de gouverneurs visait à réprimer les gangs armés, ont-ils déclaré, ajoutant que certains avaient reçu des armes et des financements d’Israël.

Netanyahu a reconnu en juin le soutien israélien aux clans anti-Hamas, mais Israël n’a fourni que peu de détails.

Taxes sur les articles de contrebande

Depuis la violente campagne menée contre ses opposants internes au cours des premières semaines de la trêve, le Hamas se concentre sur le maintien de l’ordre public et la collecte des impôts dans la zone qu’il contrôle, de l’autre côté de la « Ligne jaune » qui délimite les zones contrôlées par Israël et celles contrôlées par le Hamas, selon des responsables militaires israéliens et des sources à Gaza.

« Il n’y a plus d’opposition au Hamas à l’intérieur de la Ligne jaune, et celui-ci prend le contrôle de tous les aspects économiques de la vie quotidienne », a déclaré un responsable militaire israélien à Reuters.

Selon Mustafa Ibrahim, commentateur politique à Gaza, les pillages et les vols ont cessé.

« Le Hamas tente d’organiser les marchés et les rues par le biais de la police routière », a déclaré Ibrahim.

Des « policiers » armés du Hamas patrouillant, dans Gaza-City, le 11 octobre 2025. (Crédit : Ali Hassan/Flash90)

« Les commissariats de police ont rouvert… Le département des impôts et le ministère de l’Économie fonctionnent et perçoivent des impôts. »

Selon le document de Tsahal, le Hamas perçoit principalement des impôts auprès du secteur privé.

Il s’agit notamment de taxes prélevées sur les commerçants de Gaza qui importent des marchandises de contrebande, telles que des cigarettes, des piles, des panneaux solaires et des téléphones portables, selon trois autres sources, dont un commerçant.

Depuis le début de la guerre, le Hamas aurait ainsi gagné des centaines de millions de shekels en taxant les cigarettes de contrebande, selon un acte d’accusation déposé par le tribunal de Beer Sheva au début du mois contre un réseau présumé de contrebande, qui comprenait des réservistes israéliens servant à Gaza.

Le Hamas a également continué à verser des salaires aux fonctionnaires et aux terroristes, d’un montant moyen d’environ 1 500 shekels par mois, selon au moins quatre sources du groupe terroriste.

« Chaque instant de retard dans l’autorisation accordée au comité technocratique palestinien d’entrer dans la bande de Gaza conduit à l’imposition d’une réalité de fait, renforçant le contrôle administratif et de sécurité du gouvernement du Hamas à Gaza », a déclaré Reham Owda, analyste politique palestinien.

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