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Mladenov: le NCAG ne peut pas entrer à Gaza si les violations du cessez-le-feu persistent

Dans de rares propos publics, l'envoyé du Conseil de paix a affirmé que le comité palestinien se retrouvera "dans une situation délicate" si les conditions adéquates ne sont pas réunies avant son entrée en fonction

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Le Haut Représentant pour Gaza Nickolay Mladenov s'exprimant lors du Forum sur la sécurité de Munich, le 13 février 2026. (Crédit : Capture d'écran/YouTube)
Le Haut Représentant pour Gaza Nickolay Mladenov s'exprimant lors du Forum sur la sécurité de Munich, le 13 février 2026. (Crédit : Capture d'écran/YouTube)

Le Haut Représentant du Conseil de paix pour Gaza, Nickolay Mladenov, a déclaré vendredi, à l’occasion de la Conférence sur la sécurité de Munich, que le comité technocratique palestinien chargé d’assurer la gouvernance de Gaza à la place du Hamas ne pourra pas entrer dans l’enclave si les violations du cessez-le-feu se poursuivent.

« Nous devons nous assurer que les violations du cessez-le-feu cessent », a souligné Mladenov, sans rejeter la responsabilité sur Israël ou le Hamas. « Si vous décidez, demain, d’envoyer le comité à Gaza et que les violations du cessez-le-feu persistent, comme aujourd’hui, cela aura seulement pour effet de mettre le comité dans une position délicate et, au final, de le rendre inefficace. »

Dans le cadre du plan de cessez-le-feu pour Gaza du président américain Donald Trump, le Comité national pour l’administration de Gaza (NCAG), panel composé de technocrates palestiniens non affiliés au Hamas ou à l’Autorité palestinienne, est censé superviser la reconstruction de l’enclave dévastée, avec le soutien du Conseil de paix dirigé par les États-Unis. Mladenov, ancien ministre bulgare et émissaire des Nations unies au Moyen-Orient, a pris ses fonctions au sein du Conseil le mois dernier.

Ces remarques de Mladenov sont intervenues alors que le chef d’état-major de l’armée israélienne, le lieutenant-général Eyal Zamir, a affirmé vendredi que l’armée « répondrait à toute violation [de l’accord de cessez-le-feu] » et n’abandonnerait pas ses objectifs de guerre, à savoir la démilitarisation de la bande de Gaza et le désarmement du Hamas ». Zamir, qui se trouvait alors à Gaza, a confirmé que l’armée avait préparé des plans en ce sens, des plans prêts à être mis en œuvre sur simple ordre du gouvernement.

Israël a mené des frappes quotidiennes contre ce qu’il qualifie de terroristes à Gaza. Selon le ministère de la Santé de Gaza, administré par le Hamas, le nombre de morts depuis le cessez-le-feu d’octobre s’élève à près de 600, parmi lesquels de nombreuses femmes et enfants.

Vendredi, l’armée israélienne a rapporté avoir mené un raid aérien contre deux terroristes qui avaient pénétré dans un bâtiment situé du côté israélien de la ligne de cessez-le-feu, dans le nord de Gaza, jeudi soir. L’armée de l’air a frappé le bâtiment « afin d’éliminer la menace » après que les terroristes ont été identifiés par des réservistes de la brigade Alexandroni, a indiqué l’armée israélienne.

Un homme passe devant des tombes contenant les corps de Palestiniens non identifiés rapatriés d’Israël dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu à Gaza, lors de leur inhumation à Deir al-Balah, dans le centre de la bande de Gaza, le 13 février 2026. (Crédit : AP Photo/Abdel Kareem Hana)

Vendredi, par ailleurs, une délégation du Hamas dirigée par le principal négociateur du groupe terroriste, Khalil al-Hayya, est arrivée au Caire pour des pourparlers qui devraient principalement porter sur le désarmement, a annoncé un diplomate arabe au Times of Israel.

Ces pourparlers durent depuis des mois, mais restent largement théoriques. Les États-Unis, en effet, n’ont pas encore élaboré de proposition sur le désarmement qui puisse être officiellement présentée au Hamas.

En début de semaine, un responsable américain a déclaré au Times of Israel que Washington envisageait de présenter son plan de désarmement dans les prochaines semaines, mais qu’aucune date précise n’a encore été fixée. Dans l’intervalle, les pays médiateurs du Moyen-Orient, à savoir l’Égypte, le Qatar et la Turquie, ont engagé des discussions avec les responsables du Hamas, dans le but de mieux appréhender ce que le groupe serait prêt à accepter.

En l’absence d’un autre organe directeur, le Hamas a réussi à renforcer son contrôle sur sa rive de la Ligne jaune, derrière laquelle Israël s’est retiré conformément aux termes de l’accord de cessez-le-feu conclu le 9 octobre à Gaza.

Ce n’est qu’en janvier que les États-Unis ont dévoilé les membres du NCAG, Israël ayant tardé à approuver les noms des candidats potentiels, a ajouté le diplomate arabe qui s’est entretenu avec le Times of Israel.

Le Hamas doit céder le contrôle et rendre ses armes, déclare Mladenov

Dans l’une de ses rares déclarations publiques depuis sa prise de fonction, Mladenov, à l’occasion d’une table ronde à la conférence de Munich, a mis en garde contre la « consolidation » du statu quo, qui divise la bande de Gaza entre des zones contrôlées par Israël et contrôlées par le Hamas.

Pour éviter cette « consolidation », il faut permettre au NCAG d’entrer à Gaza et de prendre le relais du Hamas, a expliqué Mladenov, ajoutant que cinq conditions devaient être remplies pour que cela puisse se produire.

La première condition, a-t-il dit, est que le Hamas transfère le contrôle des institutions civiles au NCAG. Si le groupe terroriste a affirmé faire actuellement le nécessaire, Mladenov a souligné que le processus est complexe et « requiert une planification et une vérification un peu plus minutieuses », discrète allusion aux craintes que le Hamas, en coulisses, ne continue de contrôler discrètement les bureaux du gouvernement.

Ali Shaath, le haut responsable du Comité national pour l’administration de Gaza, signe la déclaration de mission du comité sur une photo publiée sur son compte X, le 17 janvier 2026. (Ali Shaath/X)

La deuxième condition pour que le NCAG puisse gouverner l’enclave est qu’il soit mis un terme aux violations du cessez-le-feu à Gaza, a indiqué Mladenov.

La troisième condition, a-t-il ajouté, est qu’il y ait «une augmentation radicale de l’aide acheminée à Gaza – des ressources attendues depuis longtemps : logements temporaires, tentes, caravanes, médicaments, nourriture – tout ce qui est nécessaire… afin que la population puisse rapidement constater un changement fondamental dans leur vie ».

Israël continue d’imposer une interdiction stricte sur les articles à double usage susceptibles, selon lui, d’être transformés en armes, alors même que les organisations humanitaires ont averti que cette interdiction frappait des articles vitaux, notamment des abris protégeant des centaines de milliers de Palestiniens déplacés du vent et de la pluie.

La quatrième condition citée par Mladenov pour la gouvernance du NCAG est la fourniture de ressources adéquates au comité. Le Conseil de paix a prévu d’organiser une réunion de collecte de fonds à Washington jeudi, au cours de laquelle les États-Unis devraient annoncer plusieurs milliards de dollars de dons, provenant en grande partie des pays du Golfe, à savoir les Émirats arabes unis, le Koweït et le Qatar, ont fait savoir cette semaine des diplomates arabes au Times of Israel.

La cinquième et dernière condition est la suivante : « Nous devons nous assurer que nous disposons d’un cadre convenu pour le démantèlement des armes à Gaza », a énoncé Mladenov. Si le Hamas a publiquement rejeté les appels au désarmement, les diplomates arabes affirment néanmoins que le groupe, en privé, a exprimé une plus grande flexibilité.

La nouvelle police de Gaza devrait jouer un rôle plus important

Selon Mladenov, la nouvelle force de police palestinienne qui devrait être déployée à Gaza jouera un rôle plus important dans le processus de démilitarisation que la Force internationale de stabilisation (ISF). Celle-ci, qui n’est pas encore mise en place, devrait également être déployée à Gaza, conformément au plan de Trump.

La force de police « devrait être en mesure d’assurer la sécurité sur le terrain, avec l’aide de l’ISF. L’approche consistant à compter sur des troupes internationales – quelle que soit leur origine – pour maintenir l’ordre à Gaza est tout à fait erronée », a affirmé Mladenov.

Au début de la semaine, deux diplomates arabes ont rapporté au Times of Israel qu’après des plans initiaux qui prévoyaient de faire entrer le NCAG à Gaza fin janvier et début février, les personnes concernées ont reconnu l’impossibilité de donner un calendrier précis pour cette entrée, l’organisme technocratique ne disposant pas encore des outils nécessaires pour assurer la gestion de l’enclave.

Mladenov, interrogé sur les priorités financières du Conseil de paix une fois son financement assuré, a répondu que le premier objectif serait d’étendre l’aide humanitaire, le deuxième serait le rétablissement d’urgence et le troisième, la sécurité.

« Pour que Gaza puisse être reconstruite de manière durable, il faut d’abord que le [NCAG] soit en place dans l’enclave et la gouverne ; nous devons ensuite avoir mené à bien le processus de démantèlement des armes ; et enfin, Israël doit se retirer », a précisé Mladenov.

Nickolay Mladenov, Haut Représentant pour Gaza, s’exprimant lors de la réunion du « Conseil de Paix » pendant la réunion annuelle du Forum économique mondial (WEF) à Davos, le 22 janvier 2026. Le président américain Donald Trump présentera son nouveau « Conseil de Paix », à Davos, le 22 janvier 2026. (Crédit : Fabrice Coffrini/AFP)

Le plan de paix de Trump pour Gaza prévoit le retrait d’Israël derrière la Ligne jaune, parallèlement au désarmement du Hamas. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a toutefois insisté sur le fait qu’Israël maintiendrait un contrôle sécuritaire global sur la bande de Gaza, et le ministre de la Défense Israel Katz a quant à lui ajouté que l’armée israélienne maintiendrait également une présence physique dans l’enclave.

Questionné sur la situation à Gaza dans un an, Mladenov a dit espérer que le NCAG gouvernerait alors l’enclave en coopération avec l’Autorité palestinienne.

« J’espère que nous aurons considérablement progressé dans le déploiement d’une nouvelle force de sécurité palestinienne à Gaza et que le Hamas aura renoncé à une partie importante de ses armes afin qu’Israël puisse se retirer derrière la Ligne jaune », a-t-il indiqué, suggérant que le Hamas pourrait ne pas avoir renoncé à toutes ses armes d’ici là.

Illustration : Des soldats de la Brigade Golani en opération à Rafah, près de la « Ligne jaune » à Gaza, sur cette photo diffusée le 15 décembre 2025. (Crédit : Armée israélienne)

En début de semaine, deux sources proches des discussions sur le plan américain visant à désarmer le Hamas ont confié au Times of Israel que son principe fondamental serait de dépouiller le Hamas des armes pouvant être utilisées pour menacer Israël.

Selon ces sources, le plan prévoit que le Hamas remette ses armes lourdes et détruise ses sites de fabrication, en plus d’encourager la remise des armes légères en offrant des fonds, des emplois et l’amnistie à ceux qui coopèrent.

La proposition se concentrera sur une partie de Gaza à la fois, plutôt que sur l’ensemble de l’enclave. Des mois seront donc nécessaires pour la mener à bien, ont ajouté les sources.

Même si ce plan ne permettra probablement pas de récupérer toutes les armes appartenant aux groupes terroristes présents dans la bande de Gaza, les États-Unis estiment qu’une pression suffisante exercée par les médiateurs égyptiens, qataris et turcs pourra empêcher le Hamas de conserver le pouvoir, de garder ses armes et de mener des attaques.

Priorité à l’aide immédiate aux Gazaouis

La gouvernance du NCAG à Gaza, le désarmement du Hamas et le retrait d’Israël « sont essentiels si nous souhaitons revenir à une résolution politique de la question palestinienne », a affirmé Mladenov. « La résolution politique de la question palestinienne passe par la négociation. Elle demande un leadership palestinien unique sur l’ensemble du territoire occupé, ainsi qu’un dialogue facilité par les États-Unis, l’Europe et d’autres acteurs. »

Mladenov a en outre rappelé que la résolution adoptée en novembre par le Conseil de sécurité des Nations unies, qui donne mandat au Conseil de paix pour superviser Gaza, exige que l’Autorité palestinienne procède à des réformes importantes afin de pouvoir remplacer le NCAG à Gaza « à l’issue de la période de transition ».

Les membres du Conseil de sécurité de l’ONU levant la main pour voter en faveur d’un projet de résolution visant à autoriser la mise en place d’une Force internationale de stabilisation à Gaza, au siège de l’ONU à New York, le 17 novembre 2025. (Crédit : Adam Gray/Getty Images/AFP)

Il a, dans le même temps, rejeté l’idée selon laquelle le Conseil de paix et ses comités exécutifs seraient chargés de superviser le NCAG, arguant que ces organes devraient plutôt fournir « un soutien, des conseils et une assistance » au comité technocratique.

Mladenov a fait savoir qu’il se concentrait sur l’apport d’une aide immédiate aux Gazaouis.

« Nous devons nous assurer que la population de l’enclave reçoive l’aide dont elle a besoin dès maintenant et qu’il n’y ait pas d’armes échappant au contrôle de l’autorité de transition à Gaza. Nous devons également mettre en place des institutions de gouvernance transparentes à Gaza, ce qui n’est plus le cas depuis 20 ans. »

Le conflit israélo-palestinien au sens large ne pourra pas être résolu si les problèmes les plus urgents à Gaza ne sont pas traités, a-t-il fait valoir.

« Dans les conditions actuelles, avec le Hamas toujours présent à Gaza et l’enclave divisée en deux, nous nous exposons à un échec complet et total si nous ne nous attaquons pas à ces problèmes. Et ce sont tant les Palestiniens que les Israéliens qui paieront, à terme, le prix de ces échecs », a souligné Mladenov.

Des Palestiniens regardent des camions transportant de l’aide humanitaire arriver à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 1er février 2026 (Crédit : Bashar Taleb/AFP)

Anwar Gargash, haut responsable émirati, qui a également participé à la table ronde, a présenté le cadre de l’engagement d’Abou Dhabi à Gaza.

Les Émirats arabes unis ne fourniront pas de soldats à la Force internationale de sécurité, mais continueront à mener les efforts humanitaires, tirant parti de leurs liens avec Israël pour faire en sorte que Jérusalem puisse « découvrir l’autre perspective », a déclaré Gargash.

Si l’objectif immédiat à Gaza doit être d’augmenter l’aide humanitaire, une telle réponse restera vaine sans perspective politique pour les Palestiniens, a-t-il fait remarquer.

Interrogé sur l’absence de représentant palestinien au sein du Conseil de paix, Gargash a répondu que cette situation devait changer.

« Une situation plus équitable serait que les Palestiniens soient en mesure de faire entendre leur voix, non seulement au sein du Conseil de paix, mais partout ailleurs. Ils sont l’un des principes, au meme titre que les Israéliens », a-t-il déclaré.

Les États-Unis n’ont pas invité le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, à assister à la réunion inaugurale du Conseil de paix à Gaza. Un diplomate arabe a confié au Times of Israel que l’Autorité palestinienne avait cherché à enrôler ses alliés pour convaincre les États-Unis de lui offrir une place au sein du Conseil de paix, mais Washington a refusé. Plutôt qu’Abbas, c’est Ali Shaath, le commissaire en chef du NCAG, que les États-Unis ont convié à assister à l’événement à Washington.

Emanuel Fabian a contribué à cet article.

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