GB : le terroriste avait prévu d’assassiner deux rabbins dans le passé
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GB : le terroriste avait prévu d’assassiner deux rabbins dans le passé

Usman Khan, 28, avait été condamné en 2012 pour avoir planifié des attentats rappelant ceux de Mumbai en 2008 ; il a purgé moins de la moitié de sa peine avant d'être libéré

Usman Khan, soupçonné dans une série d'attaques au couteau à Londres (Crédit : West Midlands Police)
Usman Khan, soupçonné dans une série d'attaques au couteau à Londres (Crédit : West Midlands Police)

Le suspect de l’attentat terroriste commis à Londres, Usman Khan, âgé de 28 ans, était bien connu des autorités et des services de renseignement avant l’attaque au couteau perpétrée sur le London Bridge, vendredi, qui a fait deux morts et trois blessés.

Il a été neutralisé par des passants puis tué par la police, qui l’a abattu.

En décembre 2018, Khan avait bénéficié d’une libération anticipée alors qu’il avait été condamné en 2012 pour appartenance à un groupe lié à al-Qaïda qui était accusé d’avoir programmé des attentats contre des cibles majeures – notamment contre le Parlement et l’ambassade américaine de la capitale britannique – et de tuer des personnalités, parmi lesquelles l’actuel Premier ministre britannique, Boris Johnson, alors maire de Londres, le doyen de la cathédrale Saint-Paul de Londres et deux rabbins dont l’identité n’a pas été révélée.

Ce complot avait été décrit dans les médias britanniques comme une attaque de « type Mumbai »- en référence aux attentats terroristes coordonnés qui avaient frappé la ville indienne en 2008.

Des terroristes issus d’une organisation pakistanaise avaient alors tué 150 personnes sur 12 sites au cours d’une cavale meurtrière qui avait duré quatre jours. Parmi les cibles, la maison Habad de la ville où les terroristes avaient assassiné Rabbi Gavriel et Rivka Holtzberg, les émissaires du mouvement Habad ainsi que quatre autres visiteurs israéliens et américains. Le fils du couple, âgé de deux ans à l’époque, avait survécu grâce à sa nourrice indienne.

Ce week-end, le préfet chargé de la lutte antiterroriste a indiqué dans un communiqué que Khan « était connu des autorités après avoir été condamné en 2012 pour des délits liés au terrorisme ».

« Il est clairement établi que l’une des lignes de l’enquête sera de savoir comment il en est arrivé à perpétrer cette attaque », a fait savoir Neil Basu.

Samedi, la police a fouillé un immeuble résidentiel situé à 240 kilomètres au nord-ouest de Londres, à Stafford, pour y trouver des indices. C’est là où aurait vécu Khan depuis sa sortie de prison. Les forces de l’ordre ont également fait des recherches dans la ville natale de Khan, Stoke-on-Trent.

La police médico-légale britannique transporte ses équipements de travail dans une zone résidentielle de Stafford, au centre de l’Angleterre, pour une enquête en lien avec l’attaque au couteau survenue la veille à Londres, sur le London Bridge. Photo prise le 30 novembre 2019 (Crédit : Oli SCARFF / AFP)

Khan avait été libéré alors qu’il purgeait une peine de 16 ans de prison. Il avait reconnu s’être engagé dans la préparation d’un acte de terrorisme, avoir planifié des attentats et évoqué la possibilité de mourir en martyr avec ses complices.

Le complot dans lequel il était impliqué comprenait également l’établissement d’un camp d’entraînement terroriste au Cachemire, zone contrôlée par le Pakistan, sur des terrains appartenant à sa propre famille, ont fait savoir les médias britanniques.

Au cours de l’opération d’arrestation, une « liste des cibles » avait été découverte au domicile de l’un des suspects. Elle comportait les noms et les adresses de Johnson, des deux rabbins et de l’ambassade américaine. La police avait également découvert des croquis d’une voiture piégée, avait fait savoir le Telegraph à l’époque.

Lors de la condamnation de Khan, en 2012, le président du tribunal avait noté que lui et deux autres complices étaient, selon lui, « des djihadistes plus dangereux que les autres » et indiqué avoir la conviction que « ces délinquants resteront, même au terme d’une longue incarcération, un risque si significatif que le pays ne peut pas être protégé de manière adéquate s’il leur est permis de bénéficier d’une libération conditionnelle – sujette à conditions – au sein de la communauté ».

Le juge avait indiqué que Khan et les autres individus concernés étaient impliqués dans une « entreprise grave et à long terme de terrorisme ».

Alors qu’il se trouvait derrière les barreaux, Khan avait demandé à rejoindre un programme de déradicalisation pour « apprendre l’islam et ses enseignements » et pour « vivre ma vie en bon musulman », selon un courrier qu’il avait rédigé et qui a été diffusé samedi sur ITV news.

La police et les véhicules de secours près du London Bridge à Londres après un attentat terroriste, le 29 novembre 2019 (Crédit : DANIEL SORABJI / AFP)

Qu’il ait effectivement pris part, à ce moment-là, à un programme de déradicalisation mis au point par les autorités britanniques reste indéterminé.

Khan et ses complices étaient également liés au prêcheur radical Anjem Choudary, l’une des personnalités les plus connues de l’islam radical en Grande-Bretagne. Un téléphone portable saisi à l’époque contenait du matériel en lien avec un groupe interdit fondé par Choudary. Ce dernier a été libéré de prison en 2018, mais fait l’objet d’une surveillance stricte et étroite et d’un couvre-feu.

Plusieurs personnes ayant assisté aux rassemblements organisés par Choudary quand il bénéficiait d’une liberté totale ont été condamnées pour des attentats. C’est notamment le cas des deux tueurs inspirés par al-Qaïda qui avaient poignardé à mort un soldat britannique, Lee Rigby, après l’avoir renversé.

Le religieux musulman Anjem Choudary à Old Bailey, à Londres, lors du début de son procès pour avoir encouragé le soutien en faveur de l’Etat islamique (EI), le 11 janvier 2016 (Crédit : AFP/Adrian DENNIS)

Samedi, le groupe terroriste de l’Etat islamique a fait savoir que l’attentat de vendredi avait été commis « en son nom » par Khan.

Cette revendication a été effectuée via l’application Telegram par son agence de presse, l’Amaq. Le groupe a expliqué que Khan avait « répondu aux appels de prendre pour cible les ressortissants des pays de la coalition », en référence à un appel lancé par l’ancien porte-parole du groupe, Abu Muhammad al-Adnani, à ses partisans du monde entier de commettre des actes de violences en utilisant tous les moyens possibles.

Al-Adnani avait été tué dans une frappe aérienne en 2016.

L’attaque de Khan a commencé dans l’après-midi de vendredi lors d’un événement organisé aux abords du London Bridge, lequel était consacré à la réintégration des prisonniers au sein de la société.

Khan aurait d’abord déliré en agitant un couteau lors de la conférence de l’université de Cambridge qui portait sur la réadaptation des détenus dans le cadre d’un programme appelé « Apprendre ensemble » à Fishmongers’ Hall, au nord du London Bridge. Des personnes présentes ont immédiatement tenté d’intervenir.

Il a assassiné Jack Merritt, 25 ans, un responsable de cours du programme, et une femme dont l’identité n’a pas été révélée.

Les agents de la police britannique à l’entrée sud du London Bridge, qui mène à la City of London, le 30 novembre 2019, au lendemain d’un attentat terroriste au cours duquel deux personnes ont été tuées lors d’une attaque au couteau sur le pont, le 30 novembre 2019 (Crédit : Niklas HALLE’N / AFP) Vignette : Jack Merritt, la victime, 25 ans (Crédit : Instagram)

Khan portait sur lui ce qui s’est avéré être de faux explosifs.

Des passants sont parvenus à désarmer et retenir le terroriste après les meurtres jusqu’à l’arrivée de la police. Des images montrent un certain nombre de personnes, l’une dotée d’un extincteur et un autre d’une défense de narval, plaquer Khan au sol.

L’homme qui était en possession de la défense de narval a été identifié comme étant un chef polonais qui travaillait dans la cuisine de la salle où se tenait la conférence.

Le préfet a expliqué samedi que les autorités pensaient que « l’attentat a commencé à l’intérieur avant qu’il ne quitte l’immeuble et n’atteigne le pont ».

Le gouvernement britannique a pour sa part juré dans la même journée un « réexamen total » du système judiciaire, sous le feu des projecteurs depuis l’annonce de la condamnation préalable de Khan et de sa libération.

Le bureau chargé des libérations anticipées a fait savoir qu’il n’avait joué aucun rôle dans la libération de Khan. Il a expliqué que le condamné « semble avoir été remis en liberté de manière automatique [comme l’exige la loi], sans même en avoir parlé au bureau ».

Le Premier ministre britannique Boris Johnson, le secrétaire d’Etat chargé de l’intérieur Priti Patel, la commissaire de la police métropolitaine Cressida Dick, deuxième à gauche, et le commissaire de la Cité de Londres, Ian Dyson, à droite, arrivent sur les lieux d’une attaque au couteau sur le London Bridge, le 30 novembre 2019 (Crédit : Niklas HALLE’N / AFP)

Neil Basu a également indiqué, samedi après-midi, que les conditions de la libération de Khan avaient été conformes à la loi, ce qu’il n’a pas détaillé.

Ce programme de libération automatique semble apparemment signifier qu’aucune agence n’a été chargée de déterminer si Khan partageait encore l’idéologie de l’islam radical qu’il avait adoptée lorsqu’il avait été incarcéré pour la première fois.

Boris Johnson, qui s’est rendu sur les lieux de l’attentat samedi, a assuré avoir « affirmé depuis longtemps » que c’était « une erreur de permettre à de graves criminels violents de sortir de prison de manière anticipée. Il a ajouté que le système de justice pénale « ne fonctionne tout simplement pas ».

Pour sa part, l’ancien responsable du bureau sécuritaire national de l’anti-terrorisme, Chris Phillips, a estimé qu’il n’était pas raisonnable de demander à la police et aux services de maintenir la sécurité dans le pays tout en laissant sortir de prison des gens qui représentent encore une menace pour la société britannique.

« Nous jouons à la roulette russe avec les vies des citoyens en laissant des criminels jihadistes connus, condamnés, encore radicalisés arpenter nos rues », a-t-il commenté samedi.

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