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Gilets jaunes à Paris: Agression verbale contre une fille de victime de la Shoah

La femme a demandé aux 3 hommes à Réaumur-Sébastopol d'arrêter de faire la quenelle ; "Ce geste est un geste antisémite. Je suis juive". En vain

Vue de l'arrêt de métro Réaumur Sébastopol à Paris. (Crédit : Clicsouris/Wikimedia Commons)
Vue de l'arrêt de métro Réaumur Sébastopol à Paris. (Crédit : Clicsouris/Wikimedia Commons)

Dimanche 23 décembre, la préfecture de Police de Paris a annoncé via Twitter que sa section de la police régionale des transports se saisissait « pour mener les investigations » à la suite « de l’agression antisémite dans une rame de la ligne 4 du métro à Réaumur-Sébastopol » survenue samedi soir.

Cette agression a été rapportée par Thibaut Chevillard, journaliste pour 20 Minutes, d’abord via Twitter dans un message rapidement devenu viral, puis sur le site même du journal.

« Je n’ai pas l’habitude de parler de ma vie personnelle sur Twitter, commence Thibaut Chevillard sur son compte Twitter. Mais j’ai été tellement choqué par ce que j’ai vu, ce soir, dans la ligne 4 du métro, que je ressens le besoin d’en parler ici. Je vais donc vous expliquer pourquoi, ce samedi 22 décembre, j’ai eu honte ».

« Un peu après 23h, nous sommes montés dans la rame à Réaumur-Sébastopol. A l’intérieur, trois gilets jaunes, un peu éméchés, hurlant : ‘Macron dé-mis-sion !’ Il s’agissait d’hommes d’une quarantaine d’années, plutôt bon chic bon genre, qui rentraient de la manifestation ».

Il continue : « Dans la rame, on n’entendait qu’eux. Puis la situation est partie en vrille : ils ont commencé à faire des quenelles, des quenelles « de 40 ». Une petite vieille, cheveux grisonnants, le dos voûté, s’est levée. Elle est allée vers eux et leur a demandé d’arrêter. Cette femme âgée leur a dit : « Ce geste est un geste antisémite. Je suis juive, j’ai été déportée à Auschwitz, je vous demande d’arrêter. » Les trois hommes n’ont pas arrêté pour autant. Ils ont rigolé, Puis l’un d’eux lui a répondu que les chambres à gaz n’existaient pas. Un autre s’est ensuite mis à hurler : « dé-gage la vieille ! dé-gage la vieille ! dé-gage la vieille ! » Son copain a enchaîné avec un bon vieux : « On est chez nous ! On est chez nous ! » La petite vieille est retournée s’asseoir sous leurs insultes ».

Le journaliste précise que ni lui, ni aucun autre passager de la rame n’est intervenu.

Cette version des faits a été corrigée par la dame en question qui s’est entretenue avec 20 minutes.

« Ils ont probablement estimé que ce n’était pas la peine de leur répondre », estime la dame. « Et puis pour des trucs plus graves que ça, ils ne bougent pas, donc… »

« C’est un geste antisémite, je suis juive, mon père a été déporté à Auschwitz où il est mort. Je vous demande d’arrêter. » Mais ces personnes ont rigolé et ont continué. « Je n’ai jamais imaginé que j’allais les raisonner », explique la dame à 20 minutes.

« D’après ce que j’ai lu, c’est un geste antisémite », continue-t-elle. « Est-ce que que tout le monde le sait ? Dieudonné [l’inventeur de ce geste] remet tous les ans des quenelles d’or à des personnages antisémites. »

Elle a aussi entendu l’un de ces individus faire des références à la « révolution nationale », qui est l’idéologie officielle du régime collaborationniste de Vichy. « Sans doute des sympathisants du Front National, » conclut la femme qui s’est dit « très calme » à la fin de cet incident. « J’étais contente de mon esclandre ! Si je m’étais sentie en danger je ne l’aurais pas fait. »

Cette scène fait écho à un autre événement advenu plus tôt dans la même journée face au Sacré Cœur de Montmartre, où les protestations des gilets jaunes ont convergé samedi 22 décembre.

Une vidéo a montré une vingtaine de « gilets jaunes » entonnant « la quenelle de Dieudonné » sur le chant des Partisans, allusion au polémiste Dieudonné M’Bala M’Bala, condamné plusieurs fois pour des propos racistes et antisémites.

« Donc, ‘on’ lynche des policiers, ‘on’ chante la quenelle de Dieudonné à Montmartre, ‘on’ reprend les codes des années 30 pour renverser la République, ‘on’ décapite l’effigie du président… Derrière ces ‘on’, un seul visage, lâche, raciste, antisémite, putschiste. Stop. », a commenté sur Twitter le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux.

Les actions de ces gilets jaunes ont fait l’objet de condamnations de nombreuses personnalités politiques, dont le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner.

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