Rechercher

Haute-Savoie : une stèle en mémoire de la résistante juive Marianne Cohn dégradée

Le visage de la résistante, qui a participé au sauvetage d'enfants juifs, a été rayé sur toute sa longueur ; une plainte a été déposée

La résistante juive allemande Marianne Cohn. (Crédit : Domaine public)
La résistante juive allemande Marianne Cohn. (Crédit : Domaine public)

Les fais remontent à début février dernier mais n’ont été révélés par la presse locale que la semaine dernière : une stèle dédiée à la résistante juive allemande Marianne Cohn a été profanée à Viry, en Haute-Savoie.

Memorallem, l’association qui l’a fait installer, a déposé plainte auprès de la gendarmerie de Valleiry.

Le président de l’association a été le premier à découvrire la dégradation. Le visage de la résistante a ainsi été rayé sur toute sa longueur.

« Seul son visage a été touché alors qu’il y a aussi un texte de Simone Veil et le nom de trois résistants qui l’ont aidée », a précisé Maurice Monsigny, ancien maire de la commune, qui a participé à créer Memorallem en 2015 – l’association vise notamment à perpétuer les valeurs de la résistance et préserver la mémoire de la déportation.

Dans un communiqué envoyé à la presse le 8 juin, Memorallem a déploré « une attitude et un acte nourris par la haine. Elle dénonce avec la plus extrême vigueur un geste empreint de violence et d’antisémitisme ».

Marianne Cohn a opéré en France durant la Seconde Guerre mondiale. Elle s’est notamment occupée d’enfants juifs menacés de déportation. Elle est née le 17 septembre 1922 à Mannheim et a été tuée par la Gestapo de Lyon le 8 juillet 1944 à Ville-la-Grand en Haute-Savoie.

Elle avait été arrêtée un peu plus d’un mois plus tôt, à la sortie de Viry, alors qu’elle convoyait un groupe de 28 (ou 32) enfants en provenance d’Annecy qui devaient être pris en charge par les passeurs Joseph Fournier et Émile Barras.

Elle a été incarcérée à l’hôtel Pax, quartier général et prison de la Gestapo à Annemasse. Douze des enfants — garçons et filles âgés de plus de 14 ans y ont été retenus ; les autres ont été « placés » par le maire d’Annemasse Jean Deffaugt dans une colonie de vacances catholique. Grâce aux multiples interventions de Jean Deffaugt auprès des autorités nazies, tous les enfants ont été sauvés. Après la guerre, l’homme, héros de la Résistance et maire d’Annemasse, a été décoré « Juste parmi les nations ». Malgré la torture, Marianne Cohn n’a pas parlé. Alors que son réseau lui proposait de la faire évader, elle a refusé, craignant des représailles sur les enfants.

Dans la nuit du 7 au 8 juillet 1944, la Gestapo de Lyon a envoyé une équipe à Annemasse, pour sortir de leur geôle six prisonniers, dont Marianne Cohn, et les massacrer à coups de bottes et de pelles. Elle était âgée de seulement 21 ans.

Elle a été décorée à titre posthume de la Croix de guerre 1939-1945 avec une étoile d’argent, et de la Médaille de la Résistance française.

Plusieurs lieux d’enseignement portent son nom : trois écoles à Annemasse, et une à Grenoble, Viry et Berlin.

Elle est également connue pour son poème « Je trahirai demain, pas aujourd’hui », écrit pendant une première incarcération en 1943 à Nice.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...