Hongrie : le musée de la Shoah n’ouvrira pas sans un accord sur le narratif
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Hongrie : le musée de la Shoah n’ouvrira pas sans un accord sur le narratif

Israël prévient qu'il ne soutiendra l'institut que si son contenu est présenté d'une manière "conforme à l'interprétation historique et professionnelle objective"

Le musée de la Shoah et le centre éducatif de la Maison du Destin à Budapest. (Yaakov Schwartz/ Times of Israel)
Le musée de la Shoah et le centre éducatif de la Maison du Destin à Budapest. (Yaakov Schwartz/ Times of Israel)

Le Cabinet du Premier ministre a déclaré jeudi que le gouvernement hongrois a réaffirmé que le nouveau musée de la Shoah à Budapest ne sera pas ouvert sans un consensus sur son narratif, après que les critiques ont dit que la nouvelle institution pourrait minimiser la complicité des Hongrois dans le meurtre des juifs pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Précédemment, des représentants du gouvernement hongrois ont rencontré à Jérusalem des représentants du ministère des Affaires étrangères et du cabinet du Premier ministre pour discuter du musée de la Maison du destin, que le mémorial israélien Yad Vashem et certains représentants de la communauté juive de Hongrie boycottent, compte tenu du récit historique que le musée présente concernant les évènements avant et pendant la Seconde Guerre Mondiale.

« Le gouvernement israélien a réaffirmé sa position selon laquelle il n’accepterait qu’un exposé des faits conforme à l’interprétation historique et professionnelle objective d’organisations comme Yad Vashem et d’instituts de recherche tout aussi respectés », a déclaré le cabinet du Premier ministre dans un communiqué.

Le gouvernement hongrois adoptera une « vision actualisée » concernant le musée dans les mois à venir, selon le cabinet du Premier ministre, qui espère que la Hongrie consultera des organisations comme l’International Holocaust Remembrance Alliance et Yad Vashem durant ce processus.

Le cabinet du Premier ministre a également déclaré qu’il espérait que la Hongrie inclurait des organisations juives locales dans les travaux du musée, telles que la Fédération des communautés juives de Hongrie, connue sous le nom de Mazsihisz.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le Premier ministre hongrois Viktor Orban, (à gauche), avec un rubik’s cube lors d’un forum commercial israélo-hongrois à Budapest, en Hongrie, le 19 juillet 2017 (Crédit : Haim Zach/GPO/Flash90)

Un responsable israélien a déclaré à la Dixième chaîne d’information mercredi que le ministère des Affaires étrangères est fermement opposé à toute distorsion des faits historiques concernant les Juifs hongrois pendant la Shoah, comme l’ont démontré le mémorial de la Shoah Yad Vashem et le Washington Holocaust Museum.

Le nouvel institut devrait ouvrir ses portes l’année prochaine, 75 ans après le début de l’extermination des Juifs hongrois en 1944.

Andras Heisler, chef de la Fédération des communautés juives hongroises (Mazsihisz) qui dénonce le musée, est arrivé en Israël cette semaine pour une consultation d’urgence sur le projet et l’antisémitisme en Hongrie, selon la Dixième chaîne. Il rencontrera le chef de l’Agence juive Isaac Herzog, les responsables de Yad Vashem et le président du parti politique Yesh Atid Yair Lapid, dont le père était un survivant hongrois de la Shoah. Mais Heisler ne rencontrera aucun membre du cabinet du Premier ministre.

Yad Vashem a déclaré qu’il s’était retiré d’un forum consultatif international sur le projet Maison du destin en 2014 « en raison de critiques importantes sur le concept et le contenu du musée présenté au forum. Depuis lors, aucun concept différent n’a été présenté et la position de Yad Vashem reste inchangée ».

En septembre, le gouvernement hongrois a cédé la propriété de la Maison du destin et du centre éducatif, d’une valeur de 22 millions de dollars, à la communauté juive, qui est profondément divisée sur ce projet.

Le contrôle du musée a été confié à l’Association de la Congrégation juive hongroise unie, ou EMIH, qui travaille avec le gouvernement sur des projets de lutte contre l’antisémitisme.

Andras Heisler (Crédit: Capture d’écran YouTube)

Cependant, la fédération communautaire Mazsihisz, qui a averti que le gouvernement hongrois de droite incite à l’antisémitisme et cherche à occulter la collaboration pendant la Shoah, estime que le musée ne sera pas autonome dans ses activités.

La nomination par le gouvernement de Maria Schmidt, historienne qui a assimilé le nazisme au communisme, à la tête du musée, a été une préoccupation majeure. La controverse sur cette question, qui tend à dépeindre tous les Hongrois comme des victimes d’envahisseurs, a retardé l’ouverture du musée d’au moins quatre ans.

De nombreuses organisations juives considèrent que l’assimilation du nazisme au communisme est une forme de distorsion de la Shoah.

Les soldats hongrois et les fonctionnaires sous la direction des collaborateurs nazis Miklos Horthy et plus tard Ferenc Szálasi ont pourchassé activement des centaines de milliers de Juifs pendant la Shoah, parfois en les tuant de manière brutale sans intervention allemande.

Sous la conduite de Netanyahu, les liens avec Orban se sont resserrés, ce qui a suscité des critiques de la part de la communauté juive locale au sujet des attaques du Premier ministre hongrois contre le milliardaire juif George Soros, qui, selon les critiques, frôlent les stéréotypes antisémites, et son éloge au sujet de l’ancien allié nazi.

Cet homme d’État hongrois controversé, qui a été accusé d’entretenir des stéréotypes antisémites, s’est rendu en Israël en 2018.

Stuart Winer et JTA ont contribué à cet article.

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