« Ignorez-les » : selon des extraits de la 1ère réunion du cabinet après le 7 octobre, les otages n’étaient pas une priorité
Selon le procès-verbal, le chef de Tsahal et Smotrich ont insisté pour que le retour des otages ne soit pas considéré comme un objectif officiel de la guerre, disant que cela brouillerait la politique

Dans la confusion qui a suivi l’attaque du Hamas contre le sud d’Israël, le 7 octobre 2023, plusieurs responsables politiques et militaires ont cherché à exclure des objectifs officiels de la guerre la question du retour des otages, a révélé le procès-verbal des premières réunions du cabinet.
Mardi, dans le cadre d’un reportage consacré au deuxième anniversaire du pogrom, la chaîne N12 a rendus publics des propos extraits de ces réunions à huis clos.
Au début de la guerre, la première réunion du cabinet s’était tenue à 13 heures, six heures et demie après le début de l’attaque lancée par le Hamas, au cours de laquelle des terroristes avaient assassiné plus de 1 200 personnes, pour la plupart des civils, et en avaient pris 251 autres en otage.
Durant cette réunion, Herzi Halevi, alors chef d’état-major de l’armée israélienne, avait annoncé aux personnes présentes qu’elles ne devaient pas « lier les otages et les disparus aux objectifs (de la guerre). C’est la leçon que nous devons tirer de la deuxième guerre du Liban », peut-on l’entendre dire dans le reportage de la chaîne N12.
Halevi faisait référence à la deuxième guerre ayant opposé Israël et le Hezbollah en 2006, qui avait éclaté à la suite de l’enlèvement des soldats Eldad Regev et Ehud Goldwasser par l’organisation terroriste libanaise. L’un des objectifs de cette guerre avait été, en effet, de récupérer les otages – mais Israël n’y était pas parvenu. Leurs dépouilles avaient été restituées deux ans plus tard, dans le cadre d’un accord : Israël avait relâché 10 terroristes palestiniens et libanais, et rendu les corps de 199 membres du Hezbollah.
Ces extraits ont également permis de découvrir l’image morcelée et confuse dont disposaient alors les militaires et les politiciens, tandis que l’armée israélienne luttait pour chasser les milliers de terroristes hors des communautés et des bases frontalières qu’ils avaient envahies.
D’après le reportage, le chef du Shas, Aryeh Deri, avait demandé à combien s’élevait le nombre d’otages à ce stade, une question à laquelle le Shin Bet et Tsahal avaient donné des réponses différentes.
Selon le décompte effectué par Ronen Bar, alors à la tête du Shin Bet, 14 soldats et 28 civils avaient été enlevés, et « le contact a été perdu avec des dizaines de personnes ».
Le chef de la Direction des opérations de l’armée israélienne, le général Oded Basyuk, avait pour sa part annoncé que 169 personnes étaient portées disparues.
Ce jour-là, le Hamas avait enlevé 251 personnes. Quarante-huit sont toujours en captivité. Le Hamas a libéré 148 otages dans le cadre de deux accords. L’armée israélienne en a sauvé huit, et a récupéré 51 corps.
Au moins 26 des otages restants ont été confirmés morts par l’armée israélienne. Les 22 autres seraient encore en vie, mais l’état de santé de deux d’entre eux suscite de vives inquiétudes.
Le ministre des Finances d’extrême droite, Bezalel Smotrich, avait exhorté le cabinet à « ignorer » les otages, arguant qu’Israël « ne pouvait pas fonctionner dans un tel état d’esprit ».
Au cours de deux années de guerre, Smotrich s’est ouvertement opposé aux accords de libération d’otages, affirmant qu’il n’existait « pas de plus grand danger pour Israël » qu’un accord de trêve, et que la douleur des familles des otages « outrepassait la raison« .
À plusieurs reprises, Smotrich a menacé de quitter le gouvernement en raison des accords sur les otages – la dernière fois à la fin du mois d’août -. Il a proféré une menace semblable en janvier, après le début d’un accord de cessez-le-feu en trois phases qui ouvrait la porte à la remise en liberté des otages, clamant que si Israël ne reprenait pas la guerre après la première phase, il présenterait sa démission.
La libération des otages avait finalement été intégrée à la liste des objectifs officiels d’Israël pour cette guerre.
Par ailleurs, Yoav Gallant, alors ministre de la Défense, avait annoncé, au cours de la réunion du cabinet, avoir ordonné à l’armée israélienne de « ne pas discuter et ne pas envoyer de messages au Hamas. Pas de négociations ».
« Nous ne leur parlerons que lorsqu’ils seront au fond du gouffre, la tête sous l’eau. D’ici là, nous attaquerons toutes les cibles légales de la bande de Gaza », avait-il affirmé, selon la chaîne N12.
Une réunion gouvernementale élargie avait eu lieu cinq heures plus tard, à 18 heures. La question des otages y avait été soulevée à nouveau, mais n’avait pas été inscrite dans la liste des objectifs de guerre établie par Halevi.
« Nous proposons un plan d’action, dont les éléments se définissent comme suit : stabilisation de la défense — fermeture des frontières ; déni des capacités militaires et gouvernementales (du Hamas) et modification des accords de défense ; effet de dissuasion — ils ont commis une erreur ! Notre réponse ne sera pas proportionnée non plus ; otages — ils ne font pas partie de nos objectifs, mais ils restent toutefois au centre de nos préoccupations et guident nos actions », avait-il expliqué, a rapporté la chaîne N12.
Le reportage montre également Smotrich, qui avait interrompu la discussion en déclarant : « Si vous devez tirer, tirez. Ne discutez pas » – une citation qu’il avait attribué à l’ancien président américain Bill Clinton, mais qui est en réalité extraite du film « Le Bon, la Brute et le Truand » -, provoquant les rires de l’assistance.
Le plan en 20 points de Trump, qui vise à mettre un terme à la guerre à Gaza, prévoit, entre autres conditions, le retrait progressif d’Israël et la libération de l’ensemble des otages restants dans les 72 heures suivant la conclusion d’une trêve.







