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Opinion

Iran : Pourquoi Israël renforce sa planification et sa rhétorique sur une frappe

Pendant peut-être 3 ans après la conclusion du JCPOA, Israël a laissé de côté sa planification opérationnelle de destruction des sites nucléaires iraniens. Mais tout a changé

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Sur cette photo publiée le 8 janvier 2021 par Sepahnews, le site web des Gardiens de la Révolution iraniens, les commandants des Gardiens de la Révolution paramilitaires iraniens passent en revue les tout derniers missiles lors d'une visite à une nouvelle base militaire dans un endroit non révélé du Golfe Persique en Iran. (Sepahnews via AP)
Sur cette photo publiée le 8 janvier 2021 par Sepahnews, le site web des Gardiens de la Révolution iraniens, les commandants des Gardiens de la Révolution paramilitaires iraniens passent en revue les tout derniers missiles lors d'une visite à une nouvelle base militaire dans un endroit non révélé du Golfe Persique en Iran. (Sepahnews via AP)

Il y a une déconnexion fondamentale au cœur de la stratégie de l’administration Biden concernant la nécessité d’empêcher à tout prix l’Iran d’acquérir une arme nucléaire.

Les États-Unis s’efforcent – sans succès pour le moment – de convaincre la république islamique de se re-conformer aux dispositions de l’accord sur le nucléaire qui avait été signé en 2015, le JCPOA (Joint Comprehensive Plan of Action) et ils sont plus que prêts à réintégrer l’accord lui-même après le retrait unilatéral de Washington du pacte, un retrait qui avait été décidé par l’administration Trump, en 2018. Mais l’administration actuelle cherche également, dit-elle, à mettre en place un accord plus long, plus fort, qui prendrait en compte les failles du JCPOA.

En d’autres mots, les États-Unis ont beaucoup, beaucoup de difficultés à convaincre un Téhéran enhardi à revenir à un piètre accord tout en espérant ostensiblement qu’ils sauront ensuite persuader les ayatollahs à souscrire à un autre, plus efficace et plus contraignant.

Que l’accord de 2015 ait été, dès le début, une victoire pour l’Iran et une catastrophe pour l’Occident est une évidence.

Parmi ses défaillances nombreuses, citons ses clauses de révision : Après quinze années, le JCPOA donnait la permission à l’Iran d’enrichir toute la quantité d’uranium que le désirerait le pays à un niveau de 20 %. Et après dix ans, il autorisait l’Iran à fabriquer et à utiliser des centrifugeuses avancées. Il autorisait aussi l’Iran à continuer son travail de R&D sur les centrifugeuses avancées – un travail auquel le régime s’est consacré avec empressement – et sur d’autres éléments qui ne feraient qu’accélérer l’avancée vers l’arme atomique. L’accord ne prétendait même pas freiner les progrès réalisés dans le recherche sur les systèmes de missiles balistiques. Loin de démanteler le programme d’armement nucléaire voyou de la république islamique, le JCPOA ne parvenait pas seulement à atteindre l’objectif limité de le geler et de le surveiller de manière efficace.

Depuis le retrait de l’administration Trump de l’accord, Téhéran n’a cessé de violer ouvertement ses dispositions – en produisant des centrifugeuses avancées, en enrichissant à 60 % des quantités d’uranium toujours croissantes et en amassant (un chiffre révélé au mois d’août) environ 85 kilos d’uranium enrichi à 20 %.

Le président Hassan Rouhani, deuxième à droite, écoute le chef de l’Organisation de l’énergie atomique iranienne, Ali Akbar Salehi lors d’une visite d’une exposition sur les récentes avancées nucléaires à Téhéran, en Iran, le 10 avril 2021. (Crédit : Bureau de la présidence iranienne via AP)

L’approche adoptée par les États-Unis – et celle du groupe P5+1 qui réunit les autres pays signataires du JCPOA – reflète leurs priorités et évaluations de la situation particulières. Très certainement, en ce qui concerne l’Amérique, le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne, la combinaison d’ayatollahs et de capacités d’armement nucléaire dévastatrices est envisagée comme étant un potentiel danger stratégique.

Mais pour Israël, un Iran nucléaire est une menace existentielle.

Pendant peut-être trois ans après la signature du JCPOA, Israël a pratiquement laissé de côté sa planification opérationnelle et ses capacités à détruire les usines nucléaires de la république islamique. Il y a quelques années, il n’y a pas si longtemps, des plans d’attaque militaire d’une solidité extrême étaient en place et, disait-on, prêts à être mis en œuvre. Mais alors que la communauté internationale, avec les États-Unis à sa tête, se sont retrouvés bloqués dans un arrangement diplomatique, l’État juif a reconnu qu’une telle opération était devenue impensable.

Dernièrement, dans le sillage du retrait de l’administration Trump du JCPOA et des violations ouvertes de l’accord par Téhéran, de tels plans excessivement sérieux se sont trouvés une fois encore à l’ordre du jour.

Dans un discours prononcé la semaine dernière devant l’Assemblée générale des Nations unies, le Premier ministre Naftali Bennett a estimé que « le programme nucléaire iranien est arrivé à un tournant décisif – et c’est le cas également de notre tolérance. Les mots n’arrêtent pas les centrifugeuses de tourner. »

« Nous n’allons pas laisser l’Iran acquérir une arme atomique », a-t-il affirmé.

Pour sa part, avec une franchise remarquable, le chef d’État-major de l’armée israélienne Aviv Kohavi avait annoncé, au mois de janvier, que Tsahal préparait de « nouveaux plans d’opération » pour une frappe militaire puissante contre l’Iran. Au mois d’août, il avait noté que les progrès réalisés par Téhéran dans ses activités nucléaires avaient amené l’armée à « hâter ses plans opérationnels avec un nouveau budget alloué pour ce faire ». Il a enfin déclaré, au mois de septembre, que Tsahal avait « grandement accéléré » ses préparations concernant un passage à l’acte contre le programme atomique de l’Iran.

Le chef d’État-major de Tsahal Aviv Kohavi pendant une cérémonie de remise des diplômes au the National Security College de Gligot, dans le centre d’Israël, le 14 juillet 2021. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Israël n’a pas perçu de signes indiquant que l’Iran était sur le point de se doter véritablement d’une bombe. De manière notable, quand l’Iran a annoncé au mois de juillet que le pays était en mesure d’enrichir de l’uranium à 90 % – le niveau requis pour une arme atomique – il n’avait pas procédé à un tel degré d’enrichissement. Une telle initiative, présume probablement la république islamique, serait considérée comme proche d’une déclaration de guerre.

Et même si Téhéran devait amasser suffisamment de matériau enrichi pour fabriquer une bombe – l’Iran, selon les estimations, pourrait être en capacité de le faire d’ici deux à trois mois – ce ne serait absolument pas la même chose que d’avoir à disposition une arme prête à être utilisée. Il y a encore un processus assez long à parcourir, déclare l’ex-chef des renseignements israéliens Amos Yadlin.

Le Premier ministre Naftali Bennett rencontre le président américain Joe Biden à la Maison Blanche, le 27 août 2021. (Crédit : GPO)

Ce que les déclarations publiques récentes et répétées d’Israël sur sa préparation à des plans d’attaque soulignent, c’est la reconnaissance du fait que si Biden a assuré à Bennett au mois d’août, à la Maison Blanche, que les États-Unis étaient « déterminés à garantir que l’Iran ne développerait jamais une arme nucléaire », cet engagement n’a pas dissuadé les ambitions d’un Téhéran imperturbable dans ses velléités.

« Nous plaçons en premier lieu la diplomatie, nous verrons où elle nous emmènera. Mais si la diplomatie échoue, alors nous sommes prêts à nous tourner vers d’autres options », a affirmé Biden. Mais cette formulation vague – alors même que les États-Unis implorent l’Iran de réintégrer un accord en plein délabrement, qui a été violé à de si nombreuses reprises, ce qui a permis au pays de se rapprocher de manière effrayante de la bombe – n’est pas considérée par Israël comme une menace militaire crédible. D’autant plus parce que le président américain est actuellement aux prises avec d’autres priorités, qu’il est sur la défensive après le fiasco du retrait de l’Afghanistan et que, encore une fois, il ne nourrit pas autant d’inquiétudes qu’Israël face à un Iran doté du nucléaire.

Cette photo de l’agence de presse semi-officielle Fars montre les lieux de l’assassinat de Mohsen Fakhrizadeh à Asbard, une petite ville de l’est de la capitale de Téhéran, le 27 novembre 2020. Insert : Mohsen Fakhrizadeh. (Crédit : Agence de presse Fars via AP)

Et c’est ainsi qu’Israël renforce aujourd’hui sa rhétorique et ses préparations pratiques concrètes.

Le pays se prépare à frapper, il l’affirme – avec la crédibilité que lui confèrent ses antécédents en termes de passages à l’acte réussis contre le programme nucléaire iranien. Et il le fait, s’apprêtant réellement à l’action, avec l’espoir profond que la vive franchise sur cette planification saura dissuader les extrémistes de Téhéran – rendant de telles frappes non-nécessaires.

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