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Iris Ferreira, pionnière malgré elle, rabbin au service du judaïsme libéral

Sa particularité est d'avoir reçu la "semikha" à Paris, alors que ses homologues femmes ont été ordonnées à l'étranger

Iris Ferreira, femme rabbin, pose pour une photo dans la synagogue de l'Union juive libérale de Strasbourg, dans l'Est de la France, le 23 septembre 2021. (Crédit :   Frederick FLORIN / AFP)
Iris Ferreira, femme rabbin, pose pour une photo dans la synagogue de l'Union juive libérale de Strasbourg, dans l'Est de la France, le 23 septembre 2021. (Crédit : Frederick FLORIN / AFP)

Elle est la première femme à avoir été ordonnée rabbin en France : Iris Ferreira n’en fait pas un étendard, mais elle se réjouit que cet évènement « crée un précédent », et souhaite contribuer au développement du judaïsme libéral, encore largement minoritaire dans l’Hexagone.

Depuis sa prise de fonction dans la communauté libérale de Strasbourg début septembre, la jeune femme de 29 ans a eu fort à faire : Rosh HaShana, Yom Kippour, Souccot puis Sim’hat Torah, les fêtes juives se sont succédé à un rythme soutenu.

« Il a fallu que je prépare ces offices en avance et que je m’adapte à la façon de faire de la communauté », expose-t-elle à l’AFP, kippa violette sur les cheveux et talit (châle de prière) blanc sur les épaules.

« Tout s’est bien déroulé, il y avait beaucoup de monde, c’était particulièrement fort », précise-t-elle dans la synagogue du centre-ville, discret bâtiment dont rien n’indique de l’extérieur la vocation religieuse.

« Il y avait une attente », convient Elie David, le président de l’Union juive libérale de Strasbourg, qui ne disposait pas jusqu’alors d’un rabbin permanent. « Mais le fait qu’il s’agisse d’une femme est pour nous un non-évènement : cette question est réglée depuis longtemps dans le judaïsme libéral », assure-t-il.

Iris Ferreira, femme rabbin, pose pour une photo dans la synagogue de l’Union juive libérale de Strasbourg, ville située dans l’Est de la France, le 23 septembre 2021. (Crédit : Frederick FLORIN / AFP)

Première en France

Si aux États-Unis les femmes rabbins se comptent par centaines, elles ne sont que quelques dizaines en Europe, et seulement cinq en France.

La particularité d’Iris Ferreira est d’avoir reçu la « semikha » (transmission de l’autorité rabbinique) à Paris, alors que ses homologues avaient chacune été ordonnées à l’étranger. Même si les circonstances de son ordination sont surtout liées au coronavirus.

« Il était prévu que ça se passe à Londres, puisque c’est là que j’ai fait mes études », explique-t-elle, amusée. « Mais avec les restrictions de voyage liées au COVID, il a été décidé de le faire en France, par sécurité. »

Qu’importe ces péripéties, Iris Ferreira espère que son ordination ouvrira la voie à d’autres femmes en France. « Ça veut dire qu’il peut y en avoir d’autres », se réjouit-elle. « D’ailleurs, ça sera certainement le cas dans les prochains mois » : plusieurs étudiantes suivent actuellement le cursus de l’École rabbinique de Paris.

Iris Ferreira, rabbin, dans la synagogue de l’Union juive libérale de Strasbourg, dans l’Est de la France, le 23 septembre 2021. (Crédit : Frederick FLORIN / AFP)

Foi « compliquée »

Mais conduire des célébrations n’a pas toujours été une évidence pour cette fille unique de parents séparés, dont la famille entretenait un rapport « compliqué » à la foi.

« Tout ce qui était en lien avec le judaïsme était considéré comme dangereux. Ma mère avait une crainte de l’antisémitisme assez ancrée, elle m’en parlait régulièrement. »

Iris Ferreira se souvient encore de la peur qui l’avait saisie lorsqu’au collège, une camarade lui avait demandé si elle était Juive : « paniquée », elle avait répondu par la négative.

Bac en poche, elle mène des études de médecine mais déchante lors de sa première année d’externat à l’hôpital. « J’étais dans des services où des patients mouraient presque tous les jours, c’était dur », commente-t-elle.

Cette grande lectrice, qui publie des romans de fantasy sous le nom de plume de Sara Pintado, va alors bifurquer vers un domaine plus littéraire : elle entame l’apprentissage de l’hébreu, où elle se sent « tout de suite à l’aise ».

« Ça m’a permis de trouver ma place, alors que j’avais toujours eu un sentiment flou sur mon identité par rapport aux autres. » « De fil en aiguille », elle retourne à la synagogue.

Sa frustration de ne pas pouvoir « prendre une part active à l’office », en tant que femme dans une communauté orthodoxe, la conduit ensuite à rejoindre le mouvement libéral bien qu’il ne soit pas reconnu par le Consistoire, la plus haute autorité religieuse juive de France.

« C’est un courant plus à l’écoute des aspirations individuelles », estime-t-elle, « et il est important pour moi que chacun puisse être accueilli sans être discriminé pour des questions de genre ou d’orientation sexuelle ».

De gauche à droite : la rabbin française Pauline Bebe, la rabbin américaine Tamara Cohn Eskenazi, et l’enseignante française Rosine Cohen et la psychanalyste française Joelle Bernheim à Troyes, lors du premier congrès de femmes rabbin, le 17 juin 2019. (Crédit : BERTRAND GUAY / AFP)

Sa décision de devenir rabbin a mûri auprès de Pauline Bebe, qui a longtemps été la seule femme rabbin en France.

« Iris est déjà une érudite, elle aime beaucoup écrire et étudier les textes », selon son ancienne professeure. « Et puis elle a une grande capacité d’écoute. Elle va beaucoup apporter au judaïsme français. »

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