Jason Greenblatt : Israéliens et Palestiniens ne sont pas prêts pour la paix
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Interview

Jason Greenblatt : Israéliens et Palestiniens ne sont pas prêts pour la paix

L'ex-envoyé de Trump au Moyen-Orient parle de ses efforts pour élaborer le plan de paix Trump et de ses interactions avec le monde arabe en tant que Juif orthodoxe

Jason Greenblatt, (à gauche), envoyé spécial du président américain, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, dans les bureaux du Premier ministre à Jérusalem, le 12 juillet 2017. (Crédit : Haim Tzach/GPO)
Jason Greenblatt, (à gauche), envoyé spécial du président américain, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, dans les bureaux du Premier ministre à Jérusalem, le 12 juillet 2017. (Crédit : Haim Tzach/GPO)

TEANECK, New Jersey (JTA) – Dimanche soir, Jason Greenblatt, l’ancien négociateur du président américain Donald Trump au Moyen-Orient, a fait son premier discours public depuis qu’il a quitté la Maison Blanche.

Celui qui a travaillé comme avocat de Trump pendant deux décennies avant de rejoindre son administration a pris la parole à la Congrégation Keter Torah à Teaneck, New Jersey, la synagogue orthodoxe moderne dont il est membre. L’événement a été organisé par le Northern New Jersey Holocaust Memorial & Education Center pour collecter des fonds pour un nouveau mémorial de la Shoah dans la commune, qui compte une population juive importante.

Arborant une kippa noire et des pins des drapeaux américain et israélien, M. Greenblatt a prononcé un long discours dans lequel il a raconté comment ses parents, nés en Hongrie, ont survécu à la Shoah et comment leur histoire l’a marqué.

Alors que sa femme et quatre de ses six enfants étaient présents dans l’auditoire, il a également dénoncé la récente montée en flèche des attaques antisémites, tout en mettant en garde contre le fait de pointer du doigt quelqu’un en particulier pour cette augmentation.

La Jewish Telegraphic Agency s’est entretenue avec Greenblatt après l’événement. Voici la conversation, qui a été remaniée pour des raisons de longueur et de clarté.

Jason Greenblatt après avoir pris la parole à la Congregation Keter Torah à Teaneck, N.J., le 12 janvier 2020. (Josefin Dolsten/JTA)

JTA : À quoi ressemble votre vie depuis que vous avez quitté la Maison Blanche ?

Jason Greenblatt : Je suis très heureux. Je prends le petit-déjeuner avec ma femme tous les matins. J’ai beaucoup de réunions très intéressantes. Mais je passe surtout du temps avec ma famille, j’essaie de rattraper trois ans de retard et j’essaie vraiment de redevenir un père et un mari.

Quels sont vos plans de carrière à présent ?

Je ne sais pas encore. Je fais un peu de conseil. Je veux explorer les opportunités et les domaines dans lesquels je suis le plus compétent. Mais j’aimerais garder un pied dans la région. J’aimerais y participer dans la mesure du possible et appuyer la Maison Blanche dans la mesure où elle continue de travailler sur ce dossier.

Les gens réalisent qu’Israël et ses voisins ont des relations d’affaires aujourd’hui contrairement à ce qui était le cas il y a trois, cinq ou sept ans. Et des gens aimeraient s’impliquer dans ce domaine, alors beaucoup me contactent [et me demandent] : « Comment puis-je faire des affaires en Arabie Saoudite, aux Émirats, au Qatar ? Que faut-il et comment approfondir les liens entre Israël et la région et les faire progresser ? »

Le ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel al-Jubeir, (à droite), avec Jason Greenblatt, le représentant spécial du président américain, pendant le sommet de la Ligue arabe, en Jordanie, le 29 mars 2017. (Crédit : Khalil Mazraawi/AFP)

Dans votre discours, vous avez parlé de l’accueil que vous avez reçu dans le monde arabe en tant que Juif pratiquant. Cela vous a-t-il surpris ?

Je ne crois pas avoir été surpris, mais j’ai appris à chaque visite combien nous nous ressemblons plus que nous ne sommes éloignés et combien ils sont plus disposés à faire preuve d’ouverture d’esprit et à accepter. Et cela ne veut pas dire que nous allons soudainement créer la paix – c’est beaucoup plus compliqué – mais sur le plan individuel, les interactions ont été étonnantes. Palestiniens, Saoudiens, Émiratis – peu importe.

Êtes-vous optimiste quant à la paix entre Israël et les Palestiniens ?

Je pense qu’ils ont beaucoup de problèmes très difficiles à résoudre. Je ne sais pas si les deux parties vont s’entendre sur ces questions délicates. Je ne pense pas que quiconque puisse en être sûr. Ce sont des questions complexes sur lesquelles les deux parties sont extraordinairement divisées, et même au sein des deux sociétés, alors je ne pense pas que quiconque puisse s’asseoir ici et dire que la paix peut être obtenue. Mais je pense qu’il serait dommage que nous ne continuions pas à essayer résolument.

Jason Greenblatt, envoyé du président des États-Unis pour le processus de paix (à gauche), rencontre le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas au bureau du président dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 14 mars 2017. (Crédit : AP Photo/Majdi Mohammed)

Pensez-vous avoir rapproché les Israéliens et les Palestiniens de cet objectif ?

Je pense qu’on s’est rapproché de la création d’un plan que les deux parties devraient prendre au sérieux. Et s’ils y consacrent du temps et se parlent vraiment, ils pourraient faire des progrès. Le feront-ils ? Cela reste à voir.

Pourquoi le plan de paix n’a pas encore été publié ? Sera-t-il publié avant la troisième élection d’Israël cette année ?

Je ne suis pas à la Maison Blanche, donc je ne sais pas. Et si je le savais, je ne pourrais pas vous le dire de toute façon. Mais je pense qu’ils sont en train d’analyser les deux dernières élections et de prendre une décision. Est-ce que le rendre public avant les élections, ou après les élections, avant le gouvernement, servira le plan de paix ? Je ne sais pas quels sont les résultats de cette analyse.

Quels sont votre plus grande fierté et votre plus grand regret de la période où vous étiez à la Maison Blanche ?

Mon plus grand regret est de ne pas avoir été là pour le lancement [du plan de paix]. C’est une grosse peine, mais j’ai une femme et des enfants, et j’ai donc dû partir.

La plus grande fierté ? Je dirais sans doute le fait d’avoir participé à la décision concernant la reconnaissance de Jérusalem, l’ambassade, le Golan, sans doute le fait d’avoir parlé au Conseil de sécurité des Nations unies d’une manière qui aurait dû l’être depuis des années.

Nikki Haley s’exprime durant une réunion du Conseil de sécurité sur la situation israélo-palestinienne avec les négociateurs Jared Kushner (à gauche) et Jason Greenblatt,,(à droite), derrière elle, le 20 février 2018 à l’ONU. (Crédit : AP/Mary Altaffer)

Votre opinion sur la probabilité de la paix a-t-elle changé ?

Je suis devenu plus optimiste en raison des interactions avec les Palestiniens et les Israéliens ordinaires, en particulier du côté palestinien. Les gens ordinaires que j’ai rencontrés et les Arabes ordinaires et les dirigeants arabes – pas l’Autorité palestinienne, certainement pas le Hamas – m’ont donné beaucoup plus d’espoir que lorsque j’ai pris mes fonctions.

Quelles sont vos préoccupations à l’approche des élections de 2020, en particulier en ce qui concerne Israël ou les questions juives ?

Je pense qu’il est difficile de répondre à cette question tant que nous n’aurons pas vu qui est le candidat du côté démocrate. Il reste encore beaucoup de candidats sur le terrain. Certains d’entre eux ne seraient probablement pas très utiles à Israël, d’autres, je n’en suis pas sûr.

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