La Juive hollandaise qui faisait danser les officiers SS
Rechercher

La Juive hollandaise qui faisait danser les officiers SS

Roosje Glaser posait pour des photos avec des soldats nazis en Hollande occupée. Son esprit rebelle qui l'a aidée à survivre à Auschwitz est capturé dans une nouvelle biographie de son neveu

Roosje Glaser, à gauche, avec ses élèves de danse lors d'une excursion en 1942. (Paul Glaser)
Roosje Glaser, à gauche, avec ses élèves de danse lors d'une excursion en 1942. (Paul Glaser)

Même avant que les lois raciales des nazis aient fait d’elle une personne recherchée dans son Pays-Bas natal, Roosje Glaser avait une patience très limitée pour les règles.

Professeur de danse juive parfois frivole, qui aimait la musique de jazz et la compagnie des beaux hommes, Glaser a décider d’ignorer la prise de contrôle nazie de la Hollande en 1940 et l’antisémitisme meurtrier qui a suivi. Quand elle ne pouvait en faire abstraction, elle s’en moquait simplement.

Son statut de photographe amatrice au physique aryen lui a permis de circuler plus librement que les autres Juifs.

Glaser non seulement bafouait les lois nazies qui forçaient les Juifs à porter des étoiles jaunes, mais posait pour des photos avec des soldats allemands peu méfiants à côté d’affiches de café disant : « Interdit aux Juifs ».

Son mépris a finalement envoyé Glaser à Auschwitz. Mais dans le camp de la mort, ce même trait de caractère l’a aidée à survivre en tant que professeur de danse des SS jusqu’à son évasion.

L’histoire de la vie de Roosje Glaser, décédée en 2000, a été récemment retracée dans une nouvelle biographie écrite et publiée en Grande-Bretagne cette année par son neveu néerlandais.

« D’une part, il semble que, parfois, elle ne comprenait pas la gravité de sa situation », dit Paul Glaser, le fils du frère de Roosje Glaser et auteur de « Dancing with the Enemy » (Danser avec l’ennemi).

« D’autre part, elle a survécu en saisissant une série d’opportunités, ce qui montre qu’elle savait ce qu’elle faisait. »

Le premier acte de défiance de Roosje Glaser a été de rayer la lettre J de son passeport, apposée par les autorités sur les papiers des Juifs après la prise de pouvoir des nazis, dit Paul Glaser lors d’une conférence sur la biographie de sa tante à l’événement de Limmud FSU à Moscou plus tôt cette année.

Violant les lois raciales nazies, Roosje Glaser a continué de diriger son école de danse. Elle a même réalisé un petit film en 1941, dans le cadre d’un sujet destiné à montrer que l’occupation allemande n’a nullement brimé la scène culturelle d’Amsterdam. Mais son ex-mari jaloux, devenu un fervent nazi, a informé les nazis de ses racines juives.

Convoquée et marquée par les autorités, Glaser était incapable de trouver un lieu pour le bal de fin d’année de sa classe de danse de l’année 1942. Elle leur a donc remis leurs diplômes dans une grange dans la campagne. Les photos d’elle dansant avec ses élèves sont ses derniers clichés de personne libre avant sa déportation à Auschwitz.

Ignorant les convocations, elle a volé le passeport d’une autre femme et a déménagé dans une autre ville, vivant sous une fausse identité dans une pension gérée par une femme allemande mariée à un nazi néerlandais. Ensuite, un ancien amant l’a dénoncée aux autorités – cette fois contre une somme d’argent – et elle fut expulsée vers la Pologne.

Parlant couramment l’allemand et secrétaire accomplie, Glaser a décroché un poste d’assistante d’un officier allemand à Auschwitz. Mais avant cela, elle a subi des expériences médicales qui l’ont rendue stérile.

« Elle avait du charme et elle parlait aux Allemands comme si elle était l’une d’eux, comme une camarade de classe. Elle n’avait pas cette mentalité de victime », dit Paul Glaser, qui a interviewé sa tante pour le livre peu avant sa mort et a passé les 15 dernières années à rassembler des documents sur l’histoire de sa vie extraordinaire.

Utilisant ce qu’il appelle son « charme naturel », Roosje Glaser a commencé à donner à ses patrons allemands des leçons de danse, parfois avec leurs copines ou avec les gardiennes redoutées Aufsehrinnen.

« Le soir, elle donnait des cours de danse aux personnes dont le travail de jour était de la tuer, elle et son peuple », formule Glaser.

En 1944, Roosje Glaser a appris que la Croix-Rouge suédoise mettait au point un accord d’échange de ressortissants danois d’Auschwitz contre trois prisonniers de guerre allemands capturés par les forces alliées. « Alors bien sûr Roosje s’est déclarée danoise » devant les fonctionnaires du camp qui ne la connaissaient pas, pour figurer sur la liste, dit Glaser.

Au camp de réfugiés de Suède, où elle a échoué après l’échange, Roosje Glaser a commencé à donner des leçons de danse à d’autres personnes déplacées comme elle.

Se sentant trahie par la nation hollandaise, elle s’est installée en Suède jusqu’à sa mort. Elle a ignoré les demandes des fonctionnaires néerlandais de se faire recenser et rapatrier aux Pays-Bas. Glaser a lutté pour rester en Suède.

Le frère de Roosje Glaser, le père de Paul Glaser, qui a survécu à l’Holocauste dans la clandestinité, n’a jamais parlé à sa famille de sa sœur ou de ses racines juives. C’est au hasard d’une rencontre avec une personne qui s’est révélée être son cousin au second degré que Paul Glaser a appris la vérité sur sa famille et l’existence de sa tante.

« Quand j’ai confronté mon père à ce sujet, il a admis, mais m’a demandé de ne parler à personne de cette histoire parce que tôt ou tard, cela serait utilisé contre nous tous », se souvient Glaser.

C’était une réaction commune dans un pays où les nazis et leurs collaborateurs locaux ont tué 75 % de la population juive de 140 000 âmes avant la Shoah – le taux de mortalité le plus élevé de l’Europe occidentale occupée.

Roosje Glaser et son frère avaient une relation tendue. Ils se sont rencontrés à quelques reprises après l’Holocauste, mais se disputaient à chaque fois. Son frère la blâmait pour l’arrestation de leur mère à cause de son style de vie flamboyant, qui selon lui, a attiré l’attention sur le reste de la famille.

Au début, Rossje Glaser a rechigné à rencontrer Paul lorsqu’il l’a retrouvée à Stockholm, mais finalement, elle lui a raconté toute l’histoire et lui a remis un paquet de photos de la période de la guerre.

« Grâce à elle, je me sens maintenant juif, j’ai intégré ma place dans la famille juive, pour ainsi dire, » dit-il au Limmud FSU. « Et même si j’ai été élevé en chrétien, je me sens maintenant à la maison avec vous, ou en Israël. »

Dans leurs entretiens, Roosje Glaser mentionne à Paul qu’elle aimerait être incinérée et que ses cendres soient dispersées dans la mer du Nord, qu’elle voyait depuis son appartement de Stockholm.

Après sa mort, Glaser a réalisé son dernier souhait, même s’il enfreignait la loi suédoise sur l’élimination des déchets.

« Contrairement à ma tante, je suis un gars plutôt respectueux de la loi », dit-il. « Mais enfreindre les règles une dernière fois avec Roosje était trop tentant. »

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...