« La Police de Vichy » : « la mécanique » collaborationniste décryptée sur France 3
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« La Police de Vichy » : « la mécanique » collaborationniste décryptée sur France 3

Les co-auteurs ont reconstitué "la phase de l'instruction" des personnages qui dirigeaient la police de Vichy devant les juges, après la Libération

René Bousquet (avec col de fourrure, le 2e en partant de la droite) entouré par, de gauche à droite, le SS-Sturmbannführer Bernhard Griese (en manteau de cuir), le préfet régional Antoine Lemoine, le chef local de la Sipo et du SD Rolf Mühler (de) (derrière Lemoine), l'administrateur de Marseille Pierre BarraudN 6, à l'hôtel de ville de Marseille le 23 janvier 1943, pendant la rafle de Marseille (Crédit : CC BY-SA 3.0 de)
René Bousquet (avec col de fourrure, le 2e en partant de la droite) entouré par, de gauche à droite, le SS-Sturmbannführer Bernhard Griese (en manteau de cuir), le préfet régional Antoine Lemoine, le chef local de la Sipo et du SD Rolf Mühler (de) (derrière Lemoine), l'administrateur de Marseille Pierre BarraudN 6, à l'hôtel de ville de Marseille le 23 janvier 1943, pendant la rafle de Marseille (Crédit : CC BY-SA 3.0 de)

« La Police de Vichy », enquête documentaire du réalisateur David Korn-Brzoza et l’historien Laurent Joly, diffusée mercredi soir sur France 3, décrypte au moyen d’archives inédites, « la mécanique » collaborationniste qui a permis aux nazis « d’appliquer le programme de la solution finale en France ».

On connaît bien les principaux responsables du régime de Vichy (1940-1944), le maréchal Philippe Pétain et Pierre Laval, de même que René Bousquet ou Joseph Darnand. « On connaît moins Pierre Pucheu. Et presque pas Marcel Peyrouton et Adrien Marquet », déclare à l’AFP Laurent Joly.

« Le grand défi était de raconter la police de Vichy, à travers tous ces personnages qui la dirigeaient » en collaborant, ajoute de son côté David Korn-Brzoza.

Les co-auteurs ont reconstitué « la phase de l’instruction » devant leurs juges après la Libération, en s’appuyant strictement sur « le verbatim de leurs paroles retrouvées à l’intérieur des dossiers de justice », sur des images et documents d’archives rares et parfois même inédits.

« La solution finale en France »

Leur film décrypte « la mécanique » collaborationniste de la police, soit « l’instrument » qui a rendu possible l’application du « programme nazi de la solution finale en France », précise le réalisateur.

Ainsi peut-on entendre Bousquet affirmer que l’on « lui devait la sauvegarde des juifs français, et celle des 4/5èmes des juifs étrangers » ou encore Laval se dire « convaincu que les juifs étaient déportés en Pologne pour y créer un Etat juif ».

Bousquet, lui, a eu la vie sauve alors qu’il exerçait « ses fonctions à l’époque de la pire répression, d’avril 1942 à décembre 1943 », précise Laurent Joly, tandis que « son prédécesseur Pucheu et son successeur Darnand, eux, ont été fusillés ».

Le pari du dispositif de reconstitution, « était de ne rien inventer, pour comprendre la psychologie de ces chefs de la police » qui restent « dans leur logique », explique-t-il.

« Un moment fondamental et peu connu », mis en avant dans le film est celui où Adrien Marquet, premier ministre de l’Intérieur du régime collaborationniste, « accepte dès l’été 1940 le principe d’une installation d’un représentant de la Gestapo à Vichy, au mépris de la convention d’armistice », souligne-t-il.

« Et dès décembre 1940, cet officier SS exige de manière totalement illégale la livraison de deux figures politiques majeures de la République de Weimar, réfugiés en France, Rudolf Hilferding et Rudolf Breitscheid ».

Visa américain en poche, ils s’apprêtaient à partir aux Etats-Unis avec l’accord du régime de Vichy.

« Tous deux sont sacrifiés sur l’autel de la collaboration par Peyrouton, successeur de Marquet, qui veut s’attirer les bonnes grâces des Allemands », ajoute l’historien.

Cette décision, dit-il, marque « le début de cette mécanique de collaboration policière » décrite dans le film. « Tout commence comme ça : +on va livrer juste deux gars+, et puis cela va monter en puissance et, en 1942, 40.000 juifs auront été livrés ».

« La collaboration est un choix »

La préfecture de Police de Paris avait « un système de classement des étrangers qui était l’un des plus élaborés du monde », note-t-il. Le film démontre que ce savoir-faire a servi au fichage des juifs et à la rafle de plus de 13.000 juifs d’origine étrangère retenus au Vélodrome d’hiver les 16 et 17 juillet 1942 avant leur déportation.

Ce fichier dit de « contrôle », s’appuyant sur un recensement d’octobre 1941, constitué à la demande des Allemands à des fins d’arrestations, se trouve au Mémorial de la Shoah à Paris. 125.000 juifs s’étaient enregistrés dans ce fichier « curieusement inconnu jusqu’à mes recherches », fait valoir l’historien qui fait paraître « L’Etat contre les Juifs » (Grasset) le 26 septembre.

« Les fiches des personnes ciblées » pour la rafle, « n’avaient jamais été montrées » et personne « ne l’avait jamais racontée du point de vue de son organisation policière », poursuit-il.

« Les Allemands ne demandaient pas de livrer les juifs vivant dans la zone libre », insiste l’historien. « Vichy a toujours cherché à donner des gages aux Allemands », selon lui, « il y avait moyen de résister à leur pression. La politique de collaboration est un choix ».

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