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Analyse"Les citoyens israéliens méritent mieux que cela"

L’absence de ministres à plein temps gêne-t-elle le travail des portefeuilles abandonnés par les haredim ?

Après des semaines sans ministres à leur tête, cinq portefeuilles seront gérés par des députés occupés par ailleurs - et certains accusent le Premier ministre de placer la politique avant la gouvernance

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu préside une réunion spéciale du cabinet organisée dans la Cité de David, à l'extérieur de la Vieille ville de Jérusalem, le 26 mai 2025. (Crédit : Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu préside une réunion spéciale du cabinet organisée dans la Cité de David, à l'extérieur de la Vieille ville de Jérusalem, le 26 mai 2025. (Crédit : Flash90)

Lundi soir, la Knesset a ratifié des nominations, par le cabinet, du ministre du Tourisme Haim Katz et du ministre de la Justice Yariv Levin à la tête de cinq ministères qui avaient été laissés sans dirigeant quand les députés ultra-orthodoxes qui étaient à leur tête s’étaient retirés du gouvernement, cet été.

La nomination de ces deux fidèles du Likud visait à combler un vide administratif qui, selon les experts, a considérablement porté atteinte à la capacité du gouvernement à conserver un bon fonctionnement dans l’intérêt des citoyens du pays, et ce pendant des mois.

Le vote a permis de déterminer que les ministères du Travail, des Affaires religieuses et des Affaires de Jérusalem seraient désormais officiellement placés sous l’autorité de Levin, alors que Katz détient désormais le portefeuille de la Santé ainsi que celui des Affaires sociales et de la Protection sociale. Les deux députés avaient initialement été nommés à la tête des ministères à titre intérimaire – un arrangement temporaire qui a pris fin il y a plusieurs semaines.

De surcroît, un certain nombre de pouvoirs habituellement dévolus au ministre de l’Intérieur – un poste qui va rester vacant – ont été temporairement attribués au Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui fait l’objet d’une mise en examen et qui est donc dans l’incapacité de prendre en charge d’autres fonctions ministérielles que celle de chef de gouvernement.

Si les nominations de Levin et Katz réduisent de manière considérable le nombre de ministères sans ministre à plein temps à leur tête, il est difficile de dire comment les deux hommes pourront assumer efficacement les responsabilités provenant de la gestion de plusieurs portefeuilles – qui ont été laissés sans ministres depuis le mois de juillet. La désignation de fidèles qui sont déjà ministres – au détriment de la promotion de députés susceptibles de consacrer tout leur temps et toute leur attention à un ministère – semble être un signe indiquant que le gouvernement a bien l’intention de simplement garder le siège vacant jusqu’au retour prévu du ministre d’origine.

Le fait qu’Israël soit resté si longtemps sans ministre de la Santé à plein temps « est un scandale, surtout en ce moment où nous sommes confrontés à une épidémie nationale majeure de rougeole et que les défis à relever sont tellement nombreux dans l’après-guerre », indique le professeur Nadav Davidovitch, président du programme de politique sanitaire du Centre Taub, au Times of Israel.

Le ministre de la Justice, Yariv Levin, s’exprime lors d’une cérémonie en l’honneur du juge sortant de la Cour suprême, Yosef Elron, à la Cour suprême de Jérusalem, le 18 septembre 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les ministres manquent souvent d’expertise dans leur domaine de compétence – mais leur statut en tant que membres du gouvernement leur confère un rôle unique dans l’élaboration des politiques, dans la promotion des initiatives, dans la sécurisation des budgets, dans la gestion des questions interministérielles ou dans la désignation de hauts-responsables à des postes de premier plan.

« Pour protéger la santé, il faut une volonté politique, il faut un pouvoir politique, il faut un ministre fort, un ministre expérimenté, une personnalité capable d’élaborer des plans à long terme, de protéger les besoins en matière de soins et de mener la bataille pour la santé en matière de budget et de tout le reste », estime Hagai Levine, qui dirige l’Association israélienne des médecins de santé publique.

Les ministères s’étaient retrouvés sans dirigeant, au mois de juillet dernier, quand les partis Yahadout HaTorah, les factions ultra-orthodoxes, avaient quitté le gouvernement en signe de protestation contre l’incapacité de ce dernier à faire avancer l’une de leurs revendications prioritaires : un projet de loi consacré à l’exemption de service militaire des étudiants en yeshiva.

Le cabinet a d’abord voté la nomination de Levin à la tête des ministères de l’Intérieur, des Affaires religieuses et du Travail à titre intérimaire, en remplacement des députés du Shas qui les chapeautaient.

La barre des ministères des Affaires sociales et de la Santé a été confiée à Katz, qui occupait déjà le poste de ministre du Logement par intérim après la démission du chef de Yahadout HaTorah, Yitzhak Goldknopf, avant que son parti ne quitte le gouvernement.

Des nominations temporaires qui avaient pris fin au bout de trois mois – laissant plusieurs ministères sans véritable responsable, début novembre, même si Katz avait été nommé ministre permanent du Logement au mois de septembre.

Le cabinet n’a pas encore désigné le successeur de Ron Dermer, qui vient de démissionner – dans un contexte qui n’a aucun rapport avec les défections des haredim – à la tête du ministère des Affaires stratégiques.

Les mandats initiaux de Levin et Katz en tant que ministres par intérim avaient suscité de graves inquiétudes concernant leur capacité à assumer les responsabilités quotidiennes de plusieurs portefeuilles distincts en charge de problématiques de premier plan – qui allaient de la reconstruction du système de santé, mis à mal par la guerre, à la garantie que les allocations sociales parviendraient bien aux personnes touchées par le conflit militaire qui a sévi au cours des deux dernières années à Gaza.

La docteure Moran Kandelshtein-Haina, chercheuse à l’Institut israélien pour la démocratie. (Crédit : Oded Antman)

Des inquiétudes qui n’ont fait que s’intensifier avec la décision qui a été prise par le gouvernement, lundi – une décision qui garantit, en effet, que les postes resteront entre les mains de députés dont, par ailleurs, l’attention est largement tournée vers d’autres questions, et ce à moins que les partis ultra-orthodoxes ne reviennent et ne réclament leurs sièges.

« Je pense qu’il est assez évident qu’ils ne seront pas en mesure de faire leur travail », s’exclame Moran Kandelshtein-Haina, chercheuse à l’Institut israélien pour la démocratie, lors d’un entretien avec le Times of Israel. « Ils pourront peut-être gérer toutes les questions urgentes et pressantes, comme la publication de règlements ou la nomination de personnalités, mais on peut sérieusement douter du fait qu’ils seront en mesure d’accorder toute l’attention qui sera nécessaire à chaque ministère. En réalité, on peut affirmer que ce sera tout le contraire. Il n’y a aucune chance que cela se passe comme ça. »

Elle fait remarquer les informations qui ont été diffusées dans les médias israéliens, qui ont laissé entendre que le Shas continuera à contrôler officieusement ses anciens ministères par des moyens détournés.

Le vote de lundi soir a été « la nouvelle preuve d’un gouvernement malade et corrompu », confie, pour sa part, une source de l’opposition au Times of Israel. « Israël est actuellement dirigé par un gouvernement minoritaire dysfonctionnel qui porte atteinte aux citoyens du pays, tout cela dans l’objectif de faire approuver sans débat un accord pathétique avec les partis ultra-orthodoxes. Les citoyens israéliens méritent mieux que cela ».

Des députés du parti Yahadout HaTorah participent à une réunion de faction à la Knesset, le 9 juin 2025. (Chaim Goldberg/Flash90)

En tant que ministre de la Justice, Levin a été à l’origine d’une initiative très controversée qui vise à refondre totalement le système judiciaire et à affaiblir le bureau de la procureure-générale. Il est également à la tête d’une commission ministérielle qui a pour tâche de déterminer le mandat qui sera celui de la commission d’enquête gouvernementale – qui fait polémique – qui sera chargée d’examiner les échecs en lien avec le pogrom commis par le Hamas dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023.

Interrogé sur la manière dont il allait appréhender sa charge de travail accrue, le porte-parole de Levin n’a pas répondu, se contentant de déclarer au Times of Israel, dimanche, que le ministre gérerait tous les dossiers supplémentaires « jusqu’au retour du Shas au sein du gouvernement ». Après le vote, Levin a été aperçu en train de discuter en séance plénière avec Yoav Ben-Tzur, du Shas, l’ancien ministre du Travail.

Interrogé, lui aussi, sur la manière dont il allait jongler avec l’ensemble de ses responsabilités, le bureau de Katz a refusé d’apporter une réponse.

Une source proche du ministre a affirmé, s’exprimant sous couvert d’anonymat, que Katz était un ministre « très professionnel » qui « s’appuie fortement sur les équipes des ministères, qui leur fait confiance et qui leur apporte un soutien solide », ajoutant que c’était toutefois lui « qui dirige le travail, en fin de compte ».

Haim Katz (à droite), alors ministre de la Sécurité nationale, et le chef de la police Daniel Levi visitent le Mur occidental dans la vieille ville de Jérusalem, lors de la première prière du vendredi du mois sacré musulman du ramadan, le 7 mars 2025. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

La source a souligné que Katz avait précédemment occupé les fonctions de ministre des Affaires sociales et de président des commissions du Travail, des Affaires sociales et de la santé de la Knesset.

« Ce n’est pas un monde qui lui est étranger », a déclaré la source. « Il sait comment gérer son temps et répartir son attention entre ce qui est essentiel et ce qui est secondaire. Mais il y a ici des instances professionnelles qui font leur travail, et il est là pour les soutenir, les diriger et les orienter en fonction des besoins du ministère et des questions qui sont actuellement à l’ordre du jour ».

Pas de ministre, pas de politique, pas d’argent

La situation qui a été constatée au cours de ces dernières semaines – alors qu’aucun membre du gouvernement n’était aux commandes des différents ministères – a été encore plus préoccupante que l’absence d’un titulaire du portefeuille ministériel, note Kandelshtein-Haina.

Cette absence a entravé le travail du gouvernement de plusieurs manières – qu’il s’agisse d’intervenir dans le déroulé des discussions interministérielles, de retarder l’adoption de projets de loi ou d’empêcher la formulation de politiques, explique-t-elle.

Si les ministères ont continué à fonctionner au niveau administratif, « le rôle des chefs politiques est de définir la politique générale » et, sans ministre, « personne ne peut définir une politique et une orientation claires et personne ne peut faire avancer de nouvelles initiatives », déplore Kandelshtein-Haina, qui évoque « un problème majeur ».

Illustration : Le directeur général du ministère de la Santé, Moshe Bar Siman Tov (à droite), et le ministre de la Santé, Uriel Buso, s’entretenant lors d’une réunion annonçant les recommandations du panier santé 2024, le 22 février 2024. (Crédit : Ministère de la Santé)

De surcroît, la nomination de responsables – comme cela a été le cas du chef du Conseil de sécurité alimentaire – a été retardée et la commission des Lois n’a pas été en mesure d’approuver certaines législations en l’absence des ministres concernés, poursuit Kandelshtein-Haina. Les ministères sans ministre ne sont pas non plus en capacité de formuler des règlements, conformément aux pouvoirs qui leur sont conférés par les lois qui ont pu être adoptées par le parlement.

« On peut donc parfois évoquer des solutions mais je pense qu’il y a tout de même encore des conséquences néfastes dans la réalité quotidienne de tous ces ministères dans ce genre de situation », dit l’experte.

Ces vides ont amené le gouvernement – y compris Netanyahu – à s’attribuer des pouvoirs qui sont habituellement accordés aux ministres.

La semaine dernière, le cabinet a voté le transfert, au Premier ministre, de toute autorité sur plusieurs problématiques qui sont réservées, à l’ordinaire, aux ministres de l’Intérieur et du Travail, tout en s’octroyant le pouvoir de choisir les membres de la commission publique qui sera chargée d’élargir les subventions versées aux services de santé pour l’année 2026.

Les ministres jouent également un rôle de veille important, s’assurant que les programmes de leurs ministères seront financés et que les fonds nécessaires pour répondre aux besoins des citoyens dans leur domaine de compétence seront alloués – une tâche qui peut comprendre d’utiliser des leviers politiques puissants dont ne disposent pas les bureaucrates. Pour des portefeuilles comme l’Éducation, la Protection sociale ou la Santé, l’absence d’un ministre investi peut porter gravement atteinte à la budgétisation de ces services.

Alors que le ministre des Finances Bezalel Smotrich présente actuellement le budget de l’État pour l’année 2026, « personne ne travaille, au niveau politique, sur la manière de promouvoir une meilleure santé pour les Israéliens, ce qui fait clairement défaut dans le programme financier », fait remarquer Levine, qui dirige également le groupe de pression White Coats – Healthcare Professionals for Democracy.

« En ce qui concerne le budget prévu, il n’y a pas de pouvoir politique susceptible de garantir que les besoins en matière de santé seront satisfaits. La santé des Israéliens après la guerre nécessite un plan national de rétablissement des blessures mentales et physiques liées à la guerre », ajoute-t-il.

Il qualifie de « plaisanterie » le fait qu’il n’y ait pas de ministre à plein temps dédié à cette question.

« Il n’y a personne de vraiment responsable », note-t-il.

Le professeur Hagai Levine, un des leaders des Blouses blanches – Professionnels de santé pour la démocratie et chef de l’Association israélienne des médecins de santé publique, lors de la « Conférence de demain », Centre de conférence de Haïfa, nord d’Israël, le 6 septembre 2024. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Malgré les critiques, certains signes indiquent que le travail continue d’être effectué par les remplaçants.
Le mois dernier, le gouvernement a ainsi approuvé la proposition qui a été faite par Katz d’augmenter le financement des services de santé mentale de 541 millions de shekels, dans le cadre d’une initiative prise par le ministère de la Santé en faveur de l’amélioration du système de santé psychique au sein de l’État juif.

Mais pour Davidovitch, « ne pas avoir de ministre ou de ministre par intérim » est une « honte » – et le signe potentiel que le gouvernement ne considère pas la santé ou les autres problématiques prises en charge par les ministères dorénavant chapeautés par Levin et Katz comme une priorité.

« Nous avons besoin du budget, mais plus important encore, nous avons besoin de l’attention et de la priorité accordées par le gouvernement », s’exclame-t-il.

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