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Épidémie de rougeole : Le scepticisme envers les vaccins a augmenté après la COVID

Selon un chercheur de l’université Bar-Ilan, 6,6 % des parents ayant vacciné un enfant avant la COVID y ont renoncé après, un taux suffisant pour alimenter l’épidémie actuelle

Illustration : Un bébé se faisant vacciner. (Crédit : naumoid/iStock by Getty Images)
Illustration : Un bébé se faisant vacciner. (Crédit : naumoid/iStock by Getty Images)

Alors qu’Israël traverse l’une des pires épidémies de rougeole, un chercheur de l’université Bar-Ilan estime que les conséquences de la pandémie de COVID ont ébranlé la confiance du public dans les vaccins infantiles, contribuant directement à la situation actuelle.

Ces conclusions, présentées dans une étude récente, surviennent alors que 11 enfants, pour la plupart non vaccinés, sont morts de la rougeole en Israël depuis le mois de mai. Fin octobre, selon le ministère de la Santé, 1 644 cas d’infection et 577 hospitalisations avaient été recensés.

Jusqu’à récemment, Israël avait pratiquement éliminé la rougeole. Mais l’étude montre que 6,6 % des parents israéliens ayant vacciné un enfant plus âgé avant la pandémie ont ensuite choisi de ne pas faire vacciner au moins un de leurs enfants plus jeunes nés après la COVID contre certaines maladies infantiles, notamment la rougeole, les oreillons et la rubéole (ROR), ainsi que la diphtérie, le tétanos et la coqueluche (DTC).

Ce taux est suffisamment élevé pour avoir alimenté la flambée actuelle, selon le professeur Michael Edelstein, auteur principal de l’étude. Il relève que plus d’un tiers des parents « ont déclaré une baisse de confiance dans les vaccins » à la suite de la pandémie.

La quasi-totalité de ceux ayant renoncé à vacciner leurs enfants ont cité la crainte des effets secondaires comme principale raison.

La pandémie « a clairement eu un impact sur l’attitude et le comportement des gens vis-à-vis de la vaccination », a déclaré Edelstein, expert en santé publique à la faculté de médecine Azrieli de l’université Bar-Ilan.

« Même une augmentation apparemment minime du nombre de parents qui choisissent de ne pas vacciner leurs jeunes enfants suffit à déclencher rapidement le type d’épidémie que nous observons actuellement en Israël », a-t-il expliqué.

Une affiche avertissant de la rougeole est visible sur une porte dans le quartier ultra-orthodoxe de Mea Shearim, à Jérusalem, le 31 juillet 2025. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

Publiée dans la revue scientifique Vaccine, l’étude a interrogé 2 047 parents israéliens et britanniques ayant des enfants nés avant et après la pandémie. Elle a également constaté une baisse de la confiance dans les vaccins au Royaume-Uni.

Parmi les participants israéliens, le taux de vaccination contre la rougeole est passé de 94,3 % avant la pandémie à 91,6 % après. Edelstein précise ne pas « vraiment savoir pourquoi la COVID a entraîné une baisse de confiance », l’étude n’ayant pas posé la question. Il suggère toutefois que cela pourrait être lié aux recommandations sanitaires changeantes, parfois contradictoires, émises durant la pandémie.

« Le sentiment général était que ces personnes ne semblaient pas savoir de quoi elles parlaient, et cette confusion, ce manque de clarté et cette perte de confiance se sont étendus à la vaccination de routine », a-t-il expliqué.

« Les gens ont commencé à se dire : s’ils sont si peu clairs et si incohérents sur les vaccins contre la COVID, pourquoi devrions-nous leur faire confiance pour les vaccins habituels ? C’est mon hypothèse. »

Les personnels soignants recevant une 4è dose du vaccin Moderna contre la COVID-19 à l’hôpital Sheba, le 5 janvier 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Dans les communautés où le taux de vaccination est inférieur à 95 %, la rougeole se propage plus facilement. Une légère baisse de la couverture vaccinale, laissant suffisamment de personnes vulnérables, peut compromettre l’effet protecteur de « l’immunité collective » et provoquer de nouvelles épidémies.

Edelstein indique que depuis le début de la pandémie de COVID en 2020, les taux de vaccination ont diminué dans le monde entier, y compris en Israël. Il souligne que les conclusions ne portent pas sur le vaccin contre la COVID, mais sur les vaccins de routine, notamment ceux contre la rougeole et la diphtérie.

Il rappelle que pendant la pandémie, les gens ont été encouragés à rester chez eux et ont été placés en quarantaine. Une fois la crise passée, les vaccinations de routine ont repris progressivement, mais les chercheurs ont voulu comprendre « l’incapacité à revenir à la situation pré-pandémique ».

Évolution des taux de vaccination avant et après la COVID

Les chercheurs ont interrogé des parents ayant eu un enfant avant la pandémie, puis un autre né après, et ont comparé les antécédents vaccinaux des deux enfants. Environ deux tiers des participants étaient en Israël et un tiers au Royaume-Uni.

Prof. Michael Edelstein, expert en santé publique à la faculté de médecine Azrieli de l’université Bar-Ilan. (Crédit : Autorisation)

Les parents étant « relativement cohérents » dans leur approche de la vaccination, Edelstein s’attendait à ce que les taux restent stables.

« Si vous croyez aux vaccins, ou si vous souhaitez que vos enfants soient vaccinés, vous êtes en général susceptible de leur administrer les mêmes vaccins que ceux reçus par leurs aînés », a-t-il expliqué.

Les chercheurs ont toutefois été surpris de constater que 5 % des parents britanniques avaient choisi de ne pas vacciner leur plus jeune enfant. En Israël, le taux atteignait 6,6 %.

« Cela peut sembler peu, mais c’est en réalité très, très important », a-t-il souligné.

Une maladie contagieuse, mais évitable

La rougeole est une maladie virale extrêmement contagieuse, se manifestant par de la fièvre, un malaise, un écoulement nasal et une éruption cutanée.

L’éruption apparaît généralement trois à cinq jours après les premiers symptômes, sous forme de taches rouges et plates d’abord visibles sur le visage, avant de s’étendre au cou, au torse, aux bras, aux jambes et aux pieds. Selon les Centres américains de contrôle des maladies (CDC), lorsque l’éruption apparaît, la fièvre peut dépasser 40 °C.

La plupart des enfants se rétablissent, mais la maladie peut entraîner des complications graves telles que pneumonie, cécité, œdème cérébral et même la mort.

L’une des raisons pour lesquelles les gens sont sceptiques à l’égard des vaccins est « que les vaccins ont été si efficaces que des maladies comme la rougeole ont quasiment disparu », observe Edelstein.

Le calendrier vaccinal systématique recommandé par le ministère israélien de la Santé prévoit deux doses : une à l’âge d’un an, et une seconde en première année d’école primaire.

Le virus de la rougeole. (Crédit : Cynthia Goldsmith, Centres pour le contrôle et la prévention des maladies via AP)

En raison de l’épidémie actuelle, le ministère a toutefois décidé d’avancer l’administration de la deuxième dose dans les zones les plus touchées.

De manière générale, explique Edelstein, les vaccins « fonctionnent bien en Israël parce que tout le monde y a accès » et qu’ils sont faciles à obtenir.

« La couverture est bonne », dit-il. « Il y a des cliniques dans presque tous les petits moshavim et kibboutzim. Obtenir un rendez-vous est relativement simple. Il existe aussi de bons systèmes de données permettant à votre prestataire de soins de savoir qui est vacciné. Le ministère de la Santé dispose lui aussi de ces informations. Les gens reçoivent des rappels. Et c’est gratuit. »

Parmi les différents secteurs de la société israélienne, la population la mieux vaccinée est la population arabe, où, selon Edelstein, il existe moins de débats autour des vaccins et où la vaccination constitue une « norme sociale ».

« La population arabe est moins bien lotie selon d’autres indicateurs de santé, comme l’espérance de vie ou certaines maladies chroniques, mais elle affiche d’excellents taux de vaccination », souligne Edelstein, qui a également publié des travaux sur la couverture vaccinale parmi la population arabe israélienne.

Une femme druze dans l’hôpital de Galilée le 22 décembre 2024. (Crédit : Diana Bletter/Times of Israel)

Il ajoute que cela s’explique en partie par le fait que « le système de santé est l’un des seuls domaines où les Arabes estiment ne pas être victimes de discrimination et se sentent à l’aise, notamment parce que de nombreux professionnels de santé sont eux-mêmes arabes ».

14 zones touchées par l’épidémie de rougeole

L’incidence de la rougeole semble corrélée aux taux de vaccination. Le secteur démographique le moins vacciné en Israël est celui des ultra-orthodoxes, et nombre des zones actuellement définies comme touchées par l’épidémie comptent une importante population ultra-orthodoxe.

Les zones concernées sont Jérusalem, Beit Shemesh, Bnei Brak, Harish, Modiin Illit, Nof HaGalil, Kiryat Gat, Ashdod, Safed, Netivot, Haïfa, Tibériade, le conseil régional de Mateh Binyamin et l’implantation de Tekoa.

Edelstein explique que malgré une bonne couverture vaccinale dans d’autres régions du pays, la population ultra-orthodoxe « a connu une croissance rapide et importante, et les services de santé ont du mal à suivre ».

Des enfants ultra-orthodoxes, dans leur salle de classe, dans le quartier de Mea Shearim, à Jérusalem, le 4 septembre 2024. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

« Il n’y a pas assez de cliniques ouvertes à des horaires pratiques », poursuit-il. « Elles ne sont souvent ouvertes que le matin. Dans cette population, la mère est généralement le principal soutien de famille et doit s’occuper des enfants. Il lui est donc difficile de prendre un jour de congé pour les faire vacciner, car elle risque de perdre une journée de revenus. »

Si l’accès constitue un obstacle majeur, Edelstein note également une réticence croissante et précise qu’il ne souhaite pas « décharger complètement les parents de leur responsabilité, car il s’agit d’une question complexe et multiforme. Je pense que la vérité se situe quelque part entre les deux. »

Les communautés dites alternatives, notamment celles vivant selon des « modes de vie plus alternatifs », présentent, elles aussi, des taux de vaccination très faibles en Israël.

Smadar Sayag, habitante de Shavei Zion, en Galilée occidentale, fait partie de ceux qui ont choisi d’éviter les vaccins.

« Je crois en la médecine naturelle », explique-t-elle. « Je crois en la santé de mes enfants. Je crois que notre corps est fort, qu’il sait faire face et qu’il n’a pas besoin de vaccins. »

De gauche à droite, Smadar Sayag avec ses enfants, Oni, Naya et Neri. (Crédit : Autorisation)

Mais elle ajoute que l’épidémie actuelle pourrait la conduire à reconsidérer sa position.

« Je comprends qu’il y a une épidémie de rougeole, et cela me rend nerveuse », dit-elle. « S’il y a une épidémie dans ma région, je donnerai peut-être de la vitamine A ou un traitement homéopathique à mes enfants. Je suis également ouverte à d’autres solutions et je pourrais décider de faire autrement, voire de les faire vacciner. »

Renforcer l’engagement communautaire

« L’étude montre comment la pandémie de COVID a contribué à une perte de confiance dans les vaccins infantiles de routine », explique le Dr Ben Kasstan-Dabush, professeur adjoint en santé mondiale et développement à la London School of Hygiene & Tropical Medicine.

Dr Ben Kasstan-Dabush, professeur adjoint en santé mondiale et développement à la London School of Hygiene & Tropical Medicine. (Crédit : Autorisation)

Le Dr Kasstan-Dabush n’a pas participé à l’étude. Comme le Dr Edelstein, il indique au Times of Israel qu’Israël et le Royaume-Uni « ont déjà connu d’importantes épidémies de rougeole cette année… et une baisse des taux de vaccination qui ne fait qu’accroître ce risque ».

« Il ajoute que les équipes de santé publique des deux pays doivent tirer les enseignements de ces conclusions en renforçant l’engagement communautaire et en veillant à ce que les professionnels de santé, à tous les niveaux du système, soient formés et soutenus afin que chaque interaction avec les parents ait un impact réel. »

Edelstein précise que l’objectif de l’étude était de « tirer la sonnette d’alarme ».

Il se concentre désormais sur la création d’outils destinés aux décideurs et aux ministères de la Santé du monde entier afin d’évaluer différentes stratégies et interventions pour améliorer la couverture vaccinale.

« La vérité, c’est qu’il y a une urgence liée à l’épidémie actuelle, et des problèmes à long terme liés à la baisse de la couverture vaccinale », souligne-t-il. « Si ces problèmes ne sont pas résolus sur le long terme, ces épidémies continueront de réapparaître à intervalles réguliers. »

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