L’antisémitisme de Wagner mis à nu au festival de Bayreuth
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L’antisémitisme de Wagner mis à nu au festival de Bayreuth

"Maîtres chanteurs de Nuremberg", qui égratigne le mythe du compositeur, a été applaudi par la critique au festival d'opéra conçu à la gloire des œuvres du compositeur pro-nazi

La chancelière allemande Angela Merkel (à droite) et son mari, Joachim Sauer, au Festspielhaus, le 25 juillet 2017 à Bayreuth, au sud de l'Allemagne, avant l'ouverture du festival annuel d'opéra de Bayreuth consacré aux œuvres de Richard Wagner (Crédit : AFP PHOTO / Christof STACHE)
La chancelière allemande Angela Merkel (à droite) et son mari, Joachim Sauer, au Festspielhaus, le 25 juillet 2017 à Bayreuth, au sud de l'Allemagne, avant l'ouverture du festival annuel d'opéra de Bayreuth consacré aux œuvres de Richard Wagner (Crédit : AFP PHOTO / Christof STACHE)

Les spectateurs du célèbre festival de Bayreuth, parmi lesquels Angela Merkel et le couple royal suédois, ont applaudi mardi soir en ouverture une production iconoclaste qui critique ouvertement l’antisémitisme de Wagner et égratigne le mythe du compositeur.

Le metteur en scène australien Barrie Kosky avait décidé avec cette production très politique d’attaquer de front le compositeur allemand (1813-1883), dont l’antisémitisme a été clairement documenté à partir de ses écrits et correspondances au XIXe siècle.

Un pari audacieux dans un festival d’opéra conçu à la gloire des œuvres de Richard Wagner et dirigé depuis les origines par ses proches et descendants, dont certains firent cause commune avec les nazis au siècle dernier.

Le compositeur Richard Wagner (Crédit : Capture d'écran YouTube)
Le compositeur Richard Wagner (Crédit : Capture d’écran YouTube)

Barrie Kosky ne prend pas de gants : sa production des « Maîtres chanteurs de Nuremberg », une comédie autour d’un concours de chant dans la ville bavaroise au XVIe siècle, se veut un appel à la vigilance face au danger continu de l’intolérance et de l’antisémitisme.

Caricature antisémite

Un des personnages, Beckmesser, greffier de la ville et membre du jury, se voit au 2e acte harcelé par la foule et recouvert d’une gigantesque tête en carton-pâte de juif orthodoxe, tout droit tirée des caricatures antisémites nazies, avec grand nez crochu et regard rempli de haine.

La mise en scène s’inspire de la vie même de Wagner. Elle s’ouvre en forme de clin d’œil caustique dans un décor représentant l’ancienne maison du compositeur à Bayreuth.

On y voit Wagner assis aux côtés de son épouse Cosima, antisémite notoire, et du compositeur juif allemand Hermann Levi, avec qui il eut une relation très ambivalente.

Grand admirateur de Wagner et de sa musique, Hermann Levi dirigea en 1882 la première de Parsifal. Mais il dût aussi à cette époque subir les pressions du compositeur qui voulait le persuader de se convertir au christianisme.

Ce que Levi ne fit jamais.

Hermann Levi (Crédit : domaine public)
Hermann Levi (Crédit : domaine public)

Barrie Kosky transforme plus tard la villa des Wagner en salle de tribunal où se déroulèrent les procès de Nuremberg contre les dignitaires nazis, dans une mise en scène truffée de références à l’importance prise par la ville de Nuremberg sous le régime d’Hitler.

Dans un entretien l’an dernier à l’AFP, le metteur en scène australien de l’Opéra comique de Berlin avait reconnu ses « sentiments ambivalents » à l’égard de Wagner, dont les œuvres ont été utilisées par les nazis plus tard à des fins de propagande.

« Je suis le premier metteur en scène juif qui monte cette œuvre à Bayreuth et, en tant que Juif, je ne peux pas, comme le font beaucoup de gens, prétendre » que cet opéra « n’a rien à voir avec l’antisémitisme, car il a bien sûr à voir avec lui », a-t-il développé dans un entretien diffusé mardi soir par la chaîne culturelle germanophone 3-Sat.

Les « haines » de Wagner

Le personnage caricaturé de Beckmesser « ne vient pas sur scène seulement en tant que Juif, mais comme une sorte de créature de Frankenstein représentant tout ce que Wagner haïssait : les Juifs, les Français, les Italiens, les critiques », dit-il.

Barrie Kosky semble avoir réussi son pari. Les critiques des médias allemands étaient positives mercredi.

« Un moment de plaisir politique et polémique », juge le quotidien Tagesspiegel. « Devait-on vraiment une fois encore se pencher sur l’antisémitisme de Wagner ? », demande le Spiegel, Barrie Kosky « y est parvenu de manière étonnamment convaincante et amusante ».

« Barrie Kosky montre les Maîtres chanteurs de Wagner comme une œuvre de propagande antisémite », souligne pour sa part le quotidien Die Welt. Nombre d’Allemands, lassés de se voir ainsi sans cesse rappeler leur sombre passé pourraient en prendre ombrage, ajoute le quotidien, qui cite toutefois de récents propos du chef de la communauté juive allemande Josef Schuster : « dans certains quartiers des grandes villes je recommande de ne pas montrer qu’on est juif ».

Le nouveau directeur de l'Opéra comique de Berlin, l'Australien Barrie Kosky, le 22 juin 2016. (Crédits : AFP / Charlotte Siemon)
Le nouveau directeur de l’Opéra comique de Berlin, l’Australien Barrie Kosky, le 22 juin 2016. (Crédits : AFP / Charlotte Siemon)
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